Le Parti Socialiste déraille (ENCORE)


Didier Lallement, ancien préfet de police de Paris et bourreau des Gilets Jaunes, est convié à la soirée de lancement d’un think tank socialiste sur le thème… de la violence contre les corps


À gauche Olivier Faure, patron du PS. À droite Didier Lallement, préfet fasciste et saigneur des Gilets Jaunes.

Dans la Grèce antique, le terme «Noûs», avec un accent circonflexe, désigne l’intelligence, l’esprit, l’intellect. C’est aussi le nom trouvé par les communicants du Parti Socialiste pour lancer leur nouveau «think tank», un «groupe de réflexion» ou «réservoir d’idées» en français. Cette structure doit permettre un «renouveau doctrinal» du parti moribond. Il y aura bientôt plus de «think tanks» que d’électeurs au PS, puisque le parti avait déjà créé la «Fondation Jean Jaurès », qui porte bien mal son nom puisqu’elle a juste contribué à droitiser le parti et tout le débat politique, ou Terra Nova, aligné sur le néolibéralisme.

Pour la soirée de lancement de «Noûs» ce lundi 8 juin, censée « permettre la convergence des idées de gauche», la direction du parti a invité Didier Lallement. Ce personnage au visage malingre et à la casquette surdimensionnée a laissé de douloureux souvenirs : c’est l’ancien préfet de Paris sanguinaire, célèbre pour la violence avec laquelle il a écrasé les Gilets Jaunes. Il a été convié à prendre la parole dans le cadre d’une soirée intitulée «Nos vies empêchées : la violence contre les corps, les esprits, la démocratie». La table ronde est baptisée : «Raison ou violence d’État ?».

Une véritable provocation. Quand il était en fonction, l’ancien préfet n’a jamais cessé de durcir la répression et de militariser la police, de briser les corps avec des pratiques et un discours d’une extrême brutalité.

Préfet de police de Paris de mars 2019 à juillet 2022, Didier Lallement a fait de la violence son fond de commerce en matière de maintien de l’ordre. Nommé en plein mouvement des Gilets Jaunes pour durcir le niveau de répression, ses directives sont directement responsables de dizaines de corps mutilés, d’avenir arrachés et de vies brisées. Il a notamment généralisé le recours aux nasses, ces pratiques policières qui consistent à enserrer des manifestations entières dans d’étroits dispositifs policiers, ou aux assauts de policiers à moto, les mal nommés «BRAV». La LDH dénonçait dés 2020 les nasses comme de «graves atteintes aux libertés publiques».

Didier Lallement a aussi donné l’ordre aux policiers «d’aller au contact» lors de charges extrêmement brutales, ce qui a largement contribué à instaurer un climat de terreur dans les rassemblements. Fait rarissime dans le cercle discret des hauts fonctionnaires de police, ses méthodes avaient même été dénoncées directement par des gradés de la gendarmerie, dans des notes révélées par Médiapart. Ils dénonçaient des ordres «contraires à la législation» et «aux conséquences politiques potentiellement néfastes».

Avant d’être préfet de Paris, Lallement a été directeur de l’administration pénitentiaire. En charge des prisons, il avait créé une unité militarisée destinée à mater les enfermés : les ERIS – Équipes Régionales d’Intervention et de Sécurité. Ces forces d’élite, formées par le GIGN, sont équipées de fusils d’assaut mais aussi de l’arsenal du maintien de l’ordre, pour tirer sur les détenus en cas de mutinerie dans les zones grises de la République. Lallement a également été préfet de Bordeaux. À l’époque, le maire de la ville de droite, Alain Juppé, avait appelé un de ses amis ancien ministre et lui demande : «Dis donc, il paraît qu’on m’envoie un nazi ?» À Bordeaux, Didier Lallement lance à l’un de ses commissaires : «Vous allez finir sur un croc de boucher» lors d’une réunion. Il déclarait aussi au journal Le Monde «je suis fana-mili» : il a fait graver l’insigne de la Légion Étrangère sur sa moto, et pose avec la tenue et l’insigne des BRAV devant les médias. Entre autres déclarations, il avait aboyé à une passante aux couleurs des Gilets jaunes, le 16 novembre 2019 : «Nous ne sommes pas dans le même camp». Un parfum de guerre civile.

Dans le cadre de l’agression raciste du producteur de musique Michel Zecler, sauvagement tabassé par quatre fonctionnaires de police à Paris en 2020, Lallement avait fait prendre en charge par l’État les frais de justice des policiers jugés, alors que rien ne l’y obligeait. Libre de tout remords, le haut fonctionnaire à la retraite, à l’occasion de la sortie de son livre en 2023, allait jusqu’à estimer que les forces de l’ordre seront amenées à ouvrir le feu contre des manifestations. «Cela risque d’arriver un jour» déclarait-il, comme pour préparer l’opinion et concluait : «On entrera dans une autre dimension». Une dimension qu’il a méthodiquement orchestrée. Didier Lallement est une incarnation de la fascisation, qui a été récompensé en octobre 2022 en étant nommé par Macron «secrétaire général de la mer». Pourtant, bien qu’il aime le bleu marine, cet homme n’a aucune compétence en matière d’océans.

À présent, même certains militants socialistes s’opposent ouvertement à l’invitation de l’ancien préfet, qualifiée de «grave erreur», alors que deux invités se sont désistés. Pourtant, ce choix est cohérent avec l’histoire du PS. D’abord parce que Didier Lallement vient lui-même d’un courant socialiste : le chevénementisme. Il ne faut pas oublier que la gauche a souvent fourni à l’État français les fonctionnaire les plus zélés et les plus violents.

Ensuite parce que le PS est à l’avant-poste des violences d’État. Le 19 mai 2021, lors de la dernière campagne présidentielle, Olivier Faure manifestait pour soutenir la police aux côtés de l’extrême droite, avec le syndicat policier Alliance, devant le Parlement. Le leader du Parti Socialiste déclarait alors que «la police doit avoir un droit de regard sur la justice», ainsi que sur les peines. Autrement dit, mettre fin à la séparation des pouvoirs, fondement des principes démocratiques depuis plus de deux siècles. Une prise de position qui situe désormais le sympathique et modéré Olivier Faure plus à droite que les positions d’un Jean-Marie Le Pen du début des années 2000.

En 2015, Olivier Faure estimait que les mesures «anti-terroristes» de Manuel Valls étaient un «choix de l’efficacité». En 2018, il parlait d’une «colonisation à l’envers» dans certains quartiers, pour désigner l’immigration. Le PS, lorsqu’il était au pouvoir avec Hollande, a mis en œuvre la plus grande accélération autoritaire de l’histoire récente : généralisation des LBD, assassinat de l’écologiste Rémi Fraisse, assauts d’une ampleur inédits contre la ZAD de Notre-Dame-des-Landes, État d’urgence, utilisation de l’antiterrorisme contre les manifestants… Macron n’est qu’un héritier d’Hollande dans ce domaine.

C’est donc assez logiquement que le PS assume d’inviter le saigneur des Gilets jaunes, au nom de la «confrontation idéologique». À l’hiver 2018-2019, la confrontation – réelle, celle-ci – menée par la police avait conduit vingt-trois Gilets jaunes à se faire éborgner par des gardiens de la paix. 2500 autres avaient été blessé·es, dont 353 à la tête. Zineb Redouane avait perdu la vie.

SOUTENEZ CONTRE ATTAQUE

Depuis 2012, nous vous offrons une information de qualité, libre et gratuite. Pour continuer ce travail essentiel nous avons besoin de votre aide : chaque euro compte !

Tous les 15 jours recevez nos dernières actualités et bien plus directement sur votre adresse mail en vous inscrivant à la newsletter de Contre Attaque.