
Imaginez que Pôle emploi vous reproche «d’avoir transmis des candidatures ne correspondant plus aux standards adoptés par les entreprises», qu’il vous sanctionne pour «insuffisance d’actions en vue de retrouver un emploi», évoquant une soi disant «absence de caractère sérieux des démarches» pour retrouver un travail tout en admettant que vous avez fournis de «très nombreuses candidatures» pour retrouver le dit emploi. Ubuesque et délirant, non ?
C’est ce qui est arrivé à Patrick. Contrôlé sur ses recherches d’emploi, ce chômeur a été radié entre septembre et octobre dernier pour avoir postulé à des «offres» par courrier. C’est-à-dire pour avoir envoyé ses candidatures en format papier par la Poste. Son allocation chômage a été immédiatement suspendue. Un mois sans revenu car considéré comme trop hasbeen en start-up nation. Pas assez moderne, à l’ère du tout numérique et de la dématérialisation. Une aubaine au moment où Emmanuel Macron souhaite accélérer la radiation des privés d’emploi. 250.000 contrôles de la recherche d’emploi sont programmés dans les 6 prochains mois, une augmentation de 25% par rapport à la moyenne habituelle. Une chasse aux chômeurs organisée.
Pourtant le quadragénaire s’était plié aux multiples «exigences de l’opérateur» depuis de nombreuses années, à toutes les mesures qui permettent aux agents de pôle emploi d’exercer une pression constante sur les chômeurs et les chômeuses sous peine de sanction. Rendez-vous avec un conseiller, atelier, recherche active, etc… Mais ce qui se joue en réalité à travers l’existence de ces univers numérisés, dématérialisés, c’est bien le prolongement de la guerre sociale. Une guerre menée contre les classes populaires car elles ne maîtrisent pas l’outil informatique ou parce que celles-ci n’ont pas d’accès internet. La dématérialisation comme facteur aggravant d’inégalités sociales. La fameuse fracture numérique.
La course à la numérisation est aussi un formidable outil dans les sociétés de contrôle. Des d’espaces numérisées pour mieux quadriller et mieux surveiller. Une production de données incessante, traitée par des logiciels. Afin de contrôler chaque aspérité, chaque interstice de nos vies. L’association «La quadrature du net» tire la sonnette d’alarme. Les administrations françaises sont aujourd’hui «fortement encouragées à mettre en place des algorithmes assignant à chacun-e un »score de risque », tel que celui utilisé aujourd’hui par les CAF pour sélectionner les personnes à contrôler». Tout dématérialiser pour «mieux traiter» les données partout, tout le temps. Pour punir ensuite.
«Le renforcement de contrôle social via la collecte toujours plus fine de données personnelles» se met en place. Comme dans le secteur privé, les datas deviennent pour les États autant d’informations mises à disposition des politiques autoritaires et libérales. Difficile d’échapper à ce quadrillage constant et à ce pouvoir diffus. De résister quand chaque acte de la vie quotidienne devient quantifiable et traçable. Logique de contrôle et guerre aux pauvres, espaces dématérialisés, pass sanitaire/vaccinal, identité numérique, reconnaissance faciale sont autant d’instruments de gestion biopolitiques du pouvoir. Mis à disposition des dominants, ils peuvent selon notre degré de docilité et d’utilité sociale, nous «récompenser» ou bien décider de nous mettre au banc de la société pendant un temps, ou pour toujours.
Un monde totalisant et orwellien.
Une source : https://www.capital.fr/votre-carriere/radie-de-pole-emploi-pour-avoir-postule-par-courrier-1424102
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