Chronique de la violence des riches

Nous sommes en 2022 et en France les épisodes de sécheresse apparaissent de plus en plus tôt. Dès ce mois de mai, plusieurs départements sont déjà en alerte sécheresse. Et la situation ne va pas s’améliorer : le dérèglement climatique provoque des pluies diluviennes dans certaines régions du monde et un assèchement ailleurs. L’eau est un enjeu majeur des prochaines années, une part croissante de la population mondiale est confrontée à la soif. On estime que d’ici 2030, 700 millions de personnes pourraient être déplacées du fait d’une pénurie d’eau.
Nous n’en sommes pas là en France, mais des limitations de la consommation d’eau sont régulièrement décidées par les pouvoirs publics, pour éviter d’assécher nos nappes phréatiques. Dans ce contexte, le préfet de Savoie a pris un arrêté pour faire face à la sécheresse, qui couvrait du 15 avril au 6 mai 2022. Dans cet arrêté, le préfet prévoyait qu’en cas «d’alerte renforcée» il était autorisé d’arroser les golfs, en diminuant la consommation, alors que l’interdiction est totale pour les jardins potagers. Cette décision est le symbole de la toute puissance des riches, qui ne comptent pas modifier leurs habitudes ni toucher à leurs privilèges, même face au désastre climatique. Avec l’assentiment des autorités.
Le golf, loisir onéreux, pratiqué par les élites, est l’un des sports les plus polluants au monde. Et probablement le plus consommateur en eau. Un golf haut de gamme de 18 trous peut avoir une consommation moyenne de 5000 mètres cube d’eau par jour, ce qui correspond à la production nécessaire aux besoins d’une collectivité de 12000 habitants. Au niveau mondial on estime que 9,5 milliards de litre d’eau sont utilisés chaque jour pour arroser les pelouses des golfs : presque autant que ce que boit l’ensemble de l’humanité ! Pour qu’une poignée de bourgeois mettent leurs petites balles dans des trous.
Le golf est aussi destructeur des sols. Les parcours doivent présenter un gazon impeccable, sans aspérité, sans vie : les mauvaises herbes, les fleurs, petites bêtes et mottes doivent disparaître. Une étude estime que 18 kilos de pesticides sont utilisés par hectare et par an pour le golf. L’agriculture productiviste en utilise en moyenne 2,5 kg par hectare et par an. Et c’est déjà trop.
Polluant, ultra-gourmand en eau et réservé aux nantis, le golf est pourtant privilégié par un préfet par rapport aux jardins potagers, qui produisent des fruits et légumes pour les particuliers. Derrière cet arrêté c’est une vision du monde : les riches ne reculeront devant rien pour préserver leurs privilèges et leur petit plaisir, même en cas de fin du monde. Après eux, le déluge.
Source : voir l’Annexe de cet arrêté préfectoral
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