Le prisonnier Kanak de 31 ans est décédé en Bourgogne, à 17.000 kilomètres de ses proches faute de «suivi médical»

Frédéric Grochain, militant indépendantiste Kanak, avait été emprisonné après les soulèvements populaires de juin 2024 en Kanaky. Comme 80 autres personnes, il avait été déporté dans une prison en métropole, loin des siens. Il n’avait pas vu sa famille depuis 2 ans. Dans un dernier élan d’irrespect à sa mémoire, l’État français n’a même pas daigné en informer ses proches, qui ont appris sa mort par hasard le 9 février, soit 3 jours après son décès.
Après les insurrections de 2024, en réaction au «dégel du corps électoral» qui aurait placé les Kanak en minorité sur leurs propres terres, plus de 1700 personnes avait été arrêtées. Parmi elles, 80 détenus, dont le leader indépendantiste Christian Tein, ont été emmenés de force dans des prisons sur le continent européen, à des milliers de kilomètres de leur archipel. Ces déportations sont caractéristiques de la répression coloniale, qui sépare les familles et arrache les détenus à leur territoire, causant de sévères dommage psychologiques qui s’apparentent à un traitement inhumain. La déportation fait en effet courir de graves risques d’isolement aux détenus emprisonnés à l’autre bout du monde.
Frédéric Grochain aurait pu rentrer chez lui au second semestre 2027, d’après son avocate. Les résultats de l’autopsie parviennent à la conclusion d’une mort naturelle, faute d’un «suivi médical» adapté. Des dizaines de militants Kanak sont encore en détention en France métropolitaine et risquent de graves séquelles psychologiques. Cette politique de déportation s’inscrit dans un continuum colonial plus large, celle de la domination française d’un archipel à l’autre bout du monde.
La colonisation française de la Kanaky, une anomalie de l’histoire
La colonisation française de la Kanaky remonte au 24 septembre 1853, date à laquelle la France prenait officiellement «possession» de la Nouvelle-Calédonie, un archipel isolé du Pacifique, habité par les Kanak, descendants d’un peuple présent depuis 3.000 ans.
Ce territoire a été «découvert» il y a 250 ans par l’explorateur britannique James Cook, qui lui donne le nom de Nouvelle-Calédonie. L’endroit n’éveille pas beaucoup d’intérêt à l’époque, à part pour quelques explorateurs et missionnaires. Mais au milieu du 19ème siècle, dans un contexte de défiance et de concurrence coloniale avec l’empire britannique, l’intérêt de la France pour l’archipel grandit et elle l’annexe il y a 171 ans donc.
Cette colonisation, extrêmement violente, fait partie de ces absurdités de l’histoire. Imaginez un territoire où, à chaque mouvement de contestation, l’État déploie un arsenal répressif impensable sur le continent européen. Imaginez une colonie de peuplement où les habitants originaires sont dépossédés de leurs terres, privés d’accès aux études et au savoir, et progressivement mis en minorité, afin de ne plus pouvoir décider de leur sort, même dans le cadre d’élections. Théorisé dés les années 1970 par Pierre Mesmer, alors Premier Ministre, ce «grand remplacement» a été imaginé pour empêcher toute résistance locale, en encourageant l’immigration massive d’une population blanche en Kanaky, où les habitants seraient progressivement placés en infériorité démographique.
Pendant des décennies, les Kanak subissent des bouleversements majeurs dans leurs structures sociales et culturelles, mais ne cessent jamais d’exprimer leur résistance, que ce soit dans l’endurance à faire perdurer un système traditionnel et un patrimoine culturel millénaire, l’habileté à s’organiser politiquement, et la détermination lors des diverses révoltes et affrontements qui ont secoué le territoire depuis son «annexion» à la France.
Mais chaque soulèvement est cruellement réprimé, loin des regards, dans des conditions plus dures que dans l’Hexagone. En 2024, au moins 11 Kanak sont tombés sous les balles de la gendarmerie ou des colons lors de la révolte. Le décès de Frédéric Grochain s’inscrit dans cet héritage colonial de négation du droit d’un peuple à l’autodétermination.
Le communiqué du FLNKS est à retrouver ici
Notre interview avec Christian Tein après sa libération des geôles françaises
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