
Mars 2023 : c’était il y a presque trois ans, cela aurait dû être un scandale d’Etat qui aurait provoqué un débat national sur la violence d’extrême droite et son impunité. Mais il n’en a rien été. La quasi-totalité de la population française n’a probablement jamais entendu parler de cet attentat : des néo-nazis qui ont tenté de bruler vif, dans son sommeil, le maire d’une commune de Loire-Atlantique. Et l’absence totale de réaction de l’Etat qui a poussé cet élu, terrifié, à démissionner.
Une énième violence d’extrême droite hors des radars médiatiques
Mars 2023, Saint-Brévin, paisible station balnéaire sur la côte Atlantique, à 50 kilomètres de Nantes. Un centre d’accueil pour les réfugié.es, déjà présent sur la commune, doit y être agrandi. Mais c’est compter sans l’extrême droite la plus radicale, qui veut faire de Saint-Brévin une zone de guerre. Des manifestations racistes y sont organisées, des tracts mensongers distribués, des menaces anonymes sont envoyées à la mairie. L’ambiance dans cette petite commune devient lugubre.
Une nuit, des néo-nazis tentent de brûler vif dans son sommeil le maire de la commune, qui soutient le projet d’agrandissement du centre. Les véhicules de Yannick Morez, collés à sa maison, sont incendiés, la façade s’enflamme. Heureusement, des personnes sonnent chez lui, alertant l’élu qui dormait. Il sort pour tenter d’éteindre le feu avec son extincteur, en vain. S’il n’avait pas été réveillé, il aurait probablement été immolé. Si vous n’avez pas entendu parler de cet attentat d’extrême droite, c’est normal : les médias l’ont passé sous silence.
Ce maire n’est pourtant pas un «antifa», ni même un élu de la France Insoumise. C’est un maire de centre-droit, d’une commune rurale, à qui le « français moyen » peut s’identifier. Les médias nationaux ont fait le choix de ne pas mettre en avant ce crime gravissime, alors qu’ils sont en boucle sur la prétendue ultra violence de l’extrême-gauche.
En effet, à l’époque, nous sommes en plein mouvement contre la réforme des retraites, qui a volé des années de vies aux travailleurs et travailleuses au profit des plus riches. La télé nous rabâche alors que les protestataires sont ultra violents. Pourtant, ce n’est pas la gauche qui tente de tuer un élu. Pire, personne ne demande des comptes aux responsables d’extrême droite. Et contrairement à l’affaire lyonnaise, personne ne pose pas des bombes au siège du RN pour se venger.
Imaginons une seule seconde que des antifascistes aient incendié la maison d’un élu RN : un torrent médiatique aurait déferlé, le gouvernement aurait hurlé à la mort, une enquête antiterroriste aurait été lancée, tous les responsables politiques auraient été sommé de réagir, on aurait appelé à dissoudre la France Insoumise. A Saint-Brévin : rien. Un silence assourdissant.
Une terreur qui continue dans l’impunité
A tel point que ce maire confiait que sa famille vivait dans la peur, suite à plusieurs lettres d’intimidation reçues directement à son domicile. Et cela durait depuis des années. Le 4 octobre 2016 déjà, quatre coups de feu avaient été tirés sur la façade du centre de vacances de Saint-Brévin, prévu à l’époque pour héberger le centre d’accueil existant. Un attentat armé d’extrême droite, déjà. Passé sous silence, déjà. Sans aucune arrestation, déjà. Pas plus que pour les lettres de menaces et le harcèlement organisé par des réseaux d’extrême droite qui ne se cachaient même pas et revendiquent leurs actions sur internet.
Abandonné de tous, n’ayant pas reçu le moindre message de soutien du gouvernement, n’ayant pas la moindre protection policière malgré des demandes adressées à la préfecture de Loire-Atlantique, et continuant à recevoir des menaces, le maire de St Brévin finit par démissionner le 10 mai 2023.
Il déménage même de la commune, et dénonce dans la presse locale l’abandon des autorités. Après sa démission, les macronistes tentent de se rattraper en affirmant qu’ils ont «aidé» ce maire. Et le préfet de Loire-Atlantique prétend que l’élu a été «protégé». Dans Ouest-France, Yannick Morez dément formellement. Il explique que même après l’incendie de sa maison, il n’a bénéficié d’aucune protection, et qu’après avoir demandé de l’aide au préfet, une «évaluation des risques» a été annoncée, sans aucune suite. Cela aurait du être un scandale d’Etat, mais là encore, c’est le silence qui s’est imposé. Trois ans après, personne n’a été arrêté pour l’incendie.
Un abandon ahurissant
En 2022, un projet similaire de CADA en cours d’implantation à Callac, dans les Côtes d’Armor, avait été abandonné sous la pression fasciste. Des groupes peu nombreux mais très organisés avaient multiplié les menaces de mort, les alertes à la bombe, les intimidations de journalistes et les agressions dans la petite commune, poussant les autorités locales à annuler le projet. Là bas non plus, aucun fasciste n’a jamais été inquiété. En Bretagne, l’extrême droite est faible numériquement, mais elle est structurée, très violente, et elle bénéficie d’un soutien évident des forces répressives.
Début février, Jack Lang, mouillé jusqu’au cou dans la fange des Epstein files (673 mentions à ce jour), était pourtant mis sous protection policière immédiate après des menaces proférées à son encontre. Pour le pétainiste Eric Zemmour, alors qu’il était «chroniqueur» raciste au Figaro et à la télévision, le gouvernement socialiste lui avait offert deux policiers à plein temps pour assurer sa sécurité après les attentats de 2015. Lors de la campagne présidentielle, ce sont carrément «six officiers de sécurité du ministère de l’Intérieur [qui] suivent ses faits et gestes lors de chacun de ses déplacements publics». L’État français trouve facilement des moyens «humains et financiers» pour la sécurité personnelle d’un fasciste condamné à de multiples reprises et d’un politicard véreux ami des pédocriminels.
Cette histoire doit nous rappeler que la scène que nous vivons actuellement est une véritable bascule. L’extrême droite agresse et tue presque quotidiennement. Dans les rédactions, tout le monde le sait, mais personne n’en parle, parce que la dédiabolisation du RN est achevée et sert les intérêts de nos gouvernants : dire la vérité sur l’extrême droite risquerait de l’exclure du «champ républicain». Or, ils ont besoin de la faire exister politiquement. Pour pouvoir ensuite créer l’opposition factice entre macronisme (ou assimilé) et fascisme lors des élections.
La mort d’un militant néo-nazi dans une embuscade qu’il a lui même organisée n’est construite comme un événement politique majeur et non un simple fait divers que parce qu’elle sert l’agenda de tout le spectre politique, du Parti Socialiste et des écologistes jusqu’à l’extrême droite la plus dure.
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