L’extrême-droite est la pire ennemie des minorités sexuelles et de genre

«Il y avait une dizaine de policiers mais aucun n’a réagi. Ils ont laissé partir nos agresseurs et n’ont pas essayé de les rattraper. Pire, ils ont ri et se sont moqués de nous».
L’une des marottes de l’extrême droite est d’affirmer que les personnes de confession musulmane, et par extension la France Insoumise « islamisée », seraient toutes LGBTphobes, et que ce serait l’une des raisons pour lesquelles elles n’auraient pas leur place dans notre société. Le député RN Laurent Jacobelli a d’ailleurs été sanctionné à l’Assemblée nationale pour avoir déclaré « Les Frères musulmans veulent lapider les homosexuels, et bien, si vous voulez lapider les homosexuels, votez LFI ». L’extrême droite serait-elle le rempart pour protéger les personnes LGBT ? Regardons cela de plus près.
On apprenait sur France Info le 17 février que la ville d’Amiens dans la Somme connaissait une explosion de la violence à l’encontre des personnes LGBT. Rien que sur ces deux derniers mois, au moins 20 agressions ont été recensées. Deux de ces personnes, Luciole et Abyce, témoignent de la dernière agression dont elles ont été victimes avec leur camarade chargé de les protéger. En effet, elles expliquent qu’en tant que personnes transgenres et drag Queen, elles n’ont plus d’autres choix que de sortir accompagnées pour assurer leur protection.
Alors qu’elles marchaient dans la rue le soir, elles se font insulter par un groupe d’une dizaine de nervis d’extrême droite. « L’un d’eux me demande ce qui se passe dans ma culotte. Et j’ai décidé de répondre parce que ce soir-là, je m’étais fait insulter plusieurs fois déjà et je voulais m’imposer. Je lui ai répondu par une question : ‘est-ce que vous me demandez ça parce que vous voulez coucher avec moi ?’ Ça ne lui plaît pas, le ton monte. Un des garçons s’approche de moi et me met un coup de pied dans le ventre. Ça me fait tomber par terre » explique Luciole. Tristan, l’accompagnateur, se fait alors rouer de coups, à 5 sur lui comme le montre la vidéo filmée par Luciole. Il finit à l’hôpital, le nez cassé. Cette vidéo fera-t-elle le tour des plateaux télé pour dénoncer la violence de l’extrême droite ? Libération en fera-t-il sa Une ? François Hollande, Raphaël Glucksman ou Marine Tondelier prendront-ils la parole sur ce sujet ?
Lorsque la police débarque, elle laisse faire. « Il y avait une dizaine de policiers mais aucun n’a réagi. Ils ont laissé partir nos agresseurs et n’ont pas essayé de les rattraper. Pire, ils ont ri et se sont moqués de nous. Quand je leur ai demandé ce qui les faisait rire, ils ont répondu : ‘On ne peut plus rigoler si vous vous faites frapper ?' » explique Luciole. Elle ne portera pas plainte, « la violence est partout, tout le temps pour nous, elle est banalisée. Et la réaction de la police le démontre. Je n’ai plus confiance en eux » ajoute-t-elle.
Renaud Mignon-Stephen, président de l’association Somme Z’en Fièr.es.s, explique que « pour la communauté Queer, les commissariats sont encore des endroits non safe ». En effet, la bande de militants d’extrême droite qui compose en grande partie la police n’est pas là pour protéger mais pour imposer l’ordre racial et capitaliste. Dans cet ordre, la communauté queer n’a pas sa place. La réponse de la Ville d’Amiens pour lutter contre ces agressions ? Des passages plus fréquents de la police municipale. Cette même police qui rit avec les agresseurs ? Ce n’est qu’ajouter de la violence à la violence.
La Délégation interministérielle à la lutte contre le racisme, l’antisémitisme et la haine anti-LGBT indiquait que les agressions envers les personnes LGBT ont augmenté de 129% entre 2016 et 2022. Un chiffre encore largement sous-estimé, car seules 20% des victimes d’agressions physiques portent plainte, et seules 5% des victimes d’injure. « Cette hostilité aux personnes LGBT est très marquée politiquement, très à droite » explique Tristan Haute, enseignant chercheur en sciences politiques à l’Université de Lille. « C’est un contexte global qui leur est favorable. Ils attaquent des personnes qui incarnent la gauche et tout ce qu’ils rejettent, comme une dérogation à la norme identitaire qu’ils souhaitent : ne pas être blanc, ne pas être hétérosexuel… » Vraiment ? Donc ce ne serait pas les dangereux islamistes qui harcèlent, agressent, insultent, frappent, tuent les personnes LGBT ? À Amiens, la communauté queer organisait une manifestation début février pour protester contre ces agressions et l’inaction des pouvoirs publics.
Au même moment à Lille, différents bars ainsi qu’un centre LGBT ont été caillassés et recouverts de symboles fascistes. « Le pouvoir leur a laissé la voie libre pour exprimer leurs idées nauséabondes » explique Renaud Mignon-Stephen. En effet, le gouvernement termine sa mue fasciste. En affirmant que la violence d’extrême gauche équivaudrait à celle de l’extrême-droite, non seulement le gouvernement et ses vassaux que sont le PS ou les écologistes mentent. Mais ils sont aussi directement responsables de la banalisation de la violence à l’encontre de tous ceux qui n’ont pas la bonne couleur de peau, ou la bonne orientation sexuelle, ou le genre assigné à sa naissance par la société. L’heure viendra où ils devront en rendre compte.
La LGBTphobie n’est pas que l’apanage des groupuscules néonazis, elle infuse également parmi la bourgeoisie radicalisée. Ainsi, reprenant la plus pure rhétorique conspirationniste des antisémites du début du siècle, c’est la candidate à la Mairie de Paris Rachida Dati qui, on l’apprenait dans Le Nouvel Obs, aurait déclaré qu’une « conspiration gay », un « club des homosexuels » tenterait de lui faire perdre les municipales. On pourrait répondre que si tu perds, Rachida, c’est parce que tu es nullissime, et que tu es une criminelle accusée de corruption, de trafic d’influence, de recel d’abus de pouvoir, etc.
Ainsi, en ces temps de fascisation extrême où l’on tente de faire croire que les violences sont le fait de « l’extrême gauche », rappelons que les antifascistes ne se battent que contre les fascistes. Les fascistes, eux, se battent contre les LGBT, les Noirs, les Arabes, les Musulmans, les femmes, les Juifs, les Rom… Face à cela, une seule solution : l’auto-organisation.
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