La lutte paie : en Espagne, le gouvernement contraint par la rue de suspendre les expulsions locatives jusqu’en 2030

La lutte paie : en Espagne, le gouvernement contraint par la rue de suspendre les expulsions locatives jusqu'en 2030

On ne le répète jamais assez : l’histoire des luttes sociales est une question de rapports de force. Le dernier exemple retentissant ? L’Espagne, où le Gouvernement de Pedro Sánchez, sous la pression de la rue, a été contraint d’annoncer un décret qui sera voté le 2 octobre afin de suspendre les expulsions locatives jusqu’en 2030. Une victoire d’étape arrachée par le mouvement pour le droit au logement, qui prend de l’ampleur ces derniers jours.

Il y a une semaine, Maricarmen Abascal, 87 ans, handicapée à 50 %, était expulsée manu militari par des dizaines de policiers de son logement situé à Madrid, dans le quartier de Retiro. Elle y vivait depuis 70 ans. Les images de cette personne âgée sortie par la force sur une civière avaient fait le tour du monde et révolté les Espagnols.

Les expulsions de locataires sont nombreuses dans la péninsule ibérique, où des fonds d’investissement sans scrupules rachètent des immeubles résidentiels et font exploser artificiellement les prix des loyers. Dans le cas de Maricarmen, la facture avait été brutalement multipliée par 5. Une ignominie qui a déclenché un mouvement massif pour le droit au logement et contre les spéculateurs.

Au soir de l’expulsion de Maricarmen, au moins 10.000 personnes manifestaient spontanément dans les rues de la capitale espagnole pour sommer le Gouvernement de légiférer pour la protection des locataires contre les fonds vautours d’investissement immobilier.

en Espagne, le gouvernement contraint par la rue de suspendre les expulsions locatives jusqu'en 2030

Ce week-end des 26 et 27 septembre, ils étaient encore plus nombreux à descendre dans les rues de Madrid et des autres grandes métropoles du pays, comme Barcelone ou Malaga, pour exiger des pouvoirs publics une réponse à la crise du logement. Autre élément intéressant, les protestataires ont investi à Madrid la Puerta del Sol et établi un campement sur la place, lieu touristique mais surtout emblème des luttes sociales en Espagne. En mai 2011, en pleine crise économique, le Mouvement des Indignés avait donné lieu à une occupation de la place pendant un long mois, afin de lutter contre les mesures d’austérité engagées par le Gouvernement.

Face à la pression de la rue, le Premier Ministre espagnol a annoncé en urgence qu’il ferait adopter un décret, pour tenter de contenir la colère avec des concessions : gel des expulsions locatives jusqu’en 2030, interdiction de tout rachat de résidence par les fonds vautours jusqu’en 2028, baux locatifs arrivant à expiration immédiatement renouvelés pour éviter l’inflation des prix, encadrement et nouvelles restrictions visant les locations de courte durée type Airbnb… Un bon début, mais largement insuffisant pour protéger sur le long terme les personnes précaires contre l’appétit vorace des fonds immobiliers.

Le visage de Maricarmen est devenu la figure d’un mouvement d’ampleur contre les spéculateurs qui détruisent les vies de milliers d’Espagnols. Si les syndicats et collectifs de locataires saluent les légères avancées obtenues par le mouvement, les militants comptent maintenir la pression sur le Parti socialiste au pouvoir. Cette « victoire populaire » n’est qu’une victoire d’étape et l’occupation des places semble partie pour durer. Ce mercredi 30 septembre 2026 marque le cinquième jour consécutif du campement de la Puerta del Sol. Les manifestants réclament que de véritables réformes structurelles soient engagées pour mettre fin au règne des profiteurs de la crise du logement. Autre bonne nouvelle et tout un symbole : Maricarmen pourra regagner son logement à sa sortie d’hôpital. La lutte paie !

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