Des paysans en renfort des lycéens

Des paysans de la Confédération Paysanne, venus en tracteurs, ravitaillent les blocus lycéens.

Des tracteurs venus aider des blocages lycéens, des petits déjeuners offerts dans la rue : ce sont les images fortes de la mobilisation du 6 octobre. Deux jours plus tôt, la Confédération Paysanne, le syndicat de gauche du monde agricole, avait appelé à apporter un soutien concret au mouvement de la jeunesse.

Parmi les initiatives : à Bordeaux, des agriculteurs étaient auprès des lycéens mardi matin, et ont offert aux élèves du lycée Montaigne le petit-déjeuner. Un des paysans expliquait au journal Sud-Ouest, entre deux verres de jus et quelques tartines de confiture : «C’est important pour nous de montrer notre solidarité en tant que mouvement agricole. Au vu de la répression policière ces derniers temps, à la fois au sein du mouvement agricole et au sein du mouvement lycéen. On a besoin qu’il y ait une convergence des luttes».

En Ardèche, des tracteurs étaient présents devant le lycée Boissy d’Anglas d’Annonay dès l’aube. Une photo montre une remorque remplie de jeunes devant l’établissement. À Reims, des paysans solidaires ont distribué des soupes chaudes et des légumes aux lycéens qui manifestaient. Dans les Deux-Sèvres, la Confédération Paysanne soutenait le blocage d’un lycée rural et ravitaillait les jeunes en produits bios et locaux. Dans l’Allier la Confédération Paysanne était présente aux côtés du cortège lycéen.

Ces premières initiatives montrent la puissance de la résistance qui monte, et un embryon de société débarrassée du capitalisme. Sans intermédiaire, sans échange d’argent, les luttes sont nourries directement par ceux et celles qui cultivent la terre et produisent ce que l’on mange.

L’union entre la jeunesse en lutte, les agriculteurs et le monde du travail est le pire cauchemar d’un régime, car elle peut le faire tomber et mener une révolution. La présence de tracteurs est aussi un élément très important pour faire face à la répression.

Nous l’avons vu ces dernières années : les tracteurs paysans ont été décisifs dans la bataille contre l’aéroport de Notre-Dame-des-Landes, agissant comme un mur de protection, autour des cabanes sur la ZAD contre les assauts militaires, et déferlant par centaines au cœur de Nantes ou bloquant le périphérique. À Nantes ou Rennes, des tracteurs étaient aussi présents au printemps 2023 contre la réforme des retraites, et résistaient au cœur des lacrymogènes. Face à ces grosses machines et à la force symboliques qu’elles incarnent, les policiers font moins les fiers.

Lord d’une manifestation en février 2023 à Nantes, les CRS avait arrêté deux paysans sur un tracteur en plein cortège. Réaction immédiate : une file de tracteurs avait débarqué devant le commissariat central et obtenu leur libération. En 2016, des tracteurs étaient venus à l’université pour aider le blocage étudiant et amener des provisions.

En 1968, c’est l’union paysans-étudiants-travailleurs qui avait emmené le mouvement encore plus loin. À Nantes, les grévistes avaient été ravitaillés en nourriture directement par les paysans de Loire-Atlantique, permettant aux ouvriers de tenir dans la durée. Simultanément, des étudiants étaient allés à la campagne aider à ramasser des pommes de terre et à travailler les champs. C’est toute une contre-société solidaire qui était en train de se former.

Imaginons un soulèvement généralisé, où les secteurs en lutte s’entraident, s’autogèrent, et seraient capables de fonctionner en autonomie. Chacun amenant son savoir-faire, ses idées, son aide matérielle. C’est la recette d’une insurrection réussie.

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