Ne nous laissons pas voler le récit d’une réussite historique


Le 17 octobre a été l’une des plus grandes et belles mobilisations de ces 30 dernières années


Les chiffres de la mobilisation du 17 octobre : un succès historique pour un mouvement auto-organisé, quoi qu'en disent les médias d'extrême droite

Depuis trois jours, nous subissons l’une des plus grandes offensives médiatiques jamais vues. Une mobilisation populaire, historique, héroïque, initiée par la jeunesse et soutenue par la grande majorité de la population, est présentée comme un phénomène marginal et effrayant, qui proviendrait que de «l’ultra-gauche radicale» et de «pillards».

Dès qu’on sort de France, les médias étrangers soulignent tous le caractère inédit de la situation actuelle, et des témoignages de soutien au mouvement social français se font entendre dans le monde entier. Mais ici, nous sommes intoxiqués par une poignée de milliardaires. Il est vital d’empêcher ce récit de s’imposer, car nous pouvons être fiers, et nous devons l’être.

Victoire numérique

Sur le plan numérique, le 17 octobre a été l’une des plus grandes mobilisations depuis au moins 30 ans. La CGT, qui n’a ni organisé ni appelé à cette date, comptabilisait 800.000 manifestant·es samedi soir, un chiffre clairement sous-évalué, d’autant qu’il était quasiment impossible de dénombrer autant de cortèges aussi spontanés, à chaud. Mais en regardant ville par ville dans la presse, et en recoupant les témoignages ces deux derniers jours, voici ce que nous trouvons : au moins 150.000 personnes à Paris, bien qu’un bilan précis soit impossible tant les groupes allaient et venaient. Même la police estime qu’il y avait 110.000 participant·es, soit un niveau digne des plus grandes manifestations dans la capitale.

Il y avait aussi, selon le syndicat, 80.000 manifestant·es à Toulouse, 50.000 à Nantes, 35.000 à Strasbourg, 30.000 à Rennes, Lille et Bordeaux, 40.000 à Lyon, 15.000 à Brest… Dans les villes moyennes aussi, c’était la foule des grands jours : plus de 5.000 à Metz et Quimper, 3.000 à La Roche sur Yon, 5.000 à Saint-Nazaire, 2.000 à Toulon, et des centaines de rendez-vous jusque dans des villages. Un mouvement profond, étendu, gigantesque. Dans une ville comme Nantes, la foule était comparable aux plus grandes manifestations contre la réforme des retraites, alors que les syndicats estimaient que 2 millions de personnes défilaient en France. Le cortège était autant voire plus massif qu’en Mai 68. Partant de ce constat de terrain, à Contre Attaque, nous sommes certain·es qu’il y avait plus d’un million de manifestant·es au minimum.

Un appel auto-organisé

Mais le caractère unique du 17 octobre n’est pas tant le nombre de manifestant·es que leur auto-organisation : sans appels de partis ni syndicats, sans structure formelle ou institutionnelle, sans moyens ni soutiens officiels, et en subissant une médiatisation hostile. Du jamais vu.

Pour se rendre compte de l’importance de cette date dans l’histoire, prenons les chiffres du ministère de l’Intérieur, qui sont sous-évalués mais ont le mérite de pouvoir être comparés dans le temps. Le 17 octobre, il y avait 550.000 dans les rues selon la police. Pour l’acte 1 des Gilets jaunes, le plus massif en novembre 2018, le ministère comptait 280.000 personnes. Il y avait donc, selon les autorités elles-mêmes, deux fois plus de monde samedi que pour le début du plus grand soulèvement populaire de ces 10 dernières années.

Comparons avec les grandes mobilisations syndicales. En 2016, lors de l’apogée du mouvement contre la Loi Travail, qui a mis en grande difficulté le gouvernement Hollande, le ministère dénombrait 390·000 protestataires à l’apogée du mouvement, le 31 mars. En 2010, l’immense mouvement contre le recul de l’âge de la retraite, déjà sous Sarkozy, mobilisait 1,23 million de personnes selon les autorités. C’était pourtant considéré comme historique. Le 23 mars 2023, au maximum du grand mouvement contre la réforme des retraites, le Ministère annonçait 1,28 million de personnes. C’était considéré comme «la plus grande manifestation depuis 1968», et tous les syndicats et organisations de gauche appelaient à y participer, alors que Macron venait de faire passer le 49.3. En 2006, le mouvement contre le CPE du gouvernement Chirac : 1 million de manifestant·es au plus fort, et le gouvernement avait reculé et retiré sa loi.

Autre mouvement mythique, celui de 1995, des grèves énormes contre le gouvernement Juppé qui avaient gagné et détruit la carrière du Premier ministre. Nombre de manifestant·es ? Un million selon le ministère de l’Intérieur. Le 17 octobre s’inscrit dans les 10 dates les plus mobilisatrices de l’histoire récente, entre les Gilets jaunes et les records syndicaux.

Un mouvement qui rêve d’un avenir meilleur

Mais les chiffres ne sont pas le plus importants. Ce qui marque, c’est la qualité des mobilisations du 17 octobre. Loin des processions ennuyeuses et encadrées des syndicats, c’était une explosion de jeunesse, de créativité, de rage et de joie. Plus impressionnant encore, cette masse descendait dans la rue malgré la répression et les menaces, alors même que le mouvement lycéen avait déjà subi 8.000 arrestations. Là encore, c’est sans précédent : un tel niveau de répression n’a pas entamé le niveau d’engagement.

Alors disons-le partout autour de nous, pour contrecarrer le discours ambiant qui tente de minimiser la situation : oui, le 17 octobre est une date historique, le peuple était dans la rue, et c’est peut-être, espérons-le, le début d’un processus révolutionnaire.

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