Le mouvement Free Party converge avec la jeunesse


Teufs revendicatives, chars pirates et actions pour dénoncer la répression… Les teufeurs et teufeuses s’organisent pour soutenir la mobilisation contre la vie chère


En haut une free party s'installe sur le campus de Rennes 2.
En bas un camion de teuf brûle lors de la manifestation nantaise du 24 octobre.

Malgré le report des Tekno Parades, le peuple de la fête libre se mobilise et fait corps avec la Gen Z. En mettant à disposition du mouvement social son savoir-faire, ses capacités logistiques et son art de la piraterie, la free nous rappelle que notre camp, c’est avant tout celui de la joie et de la fête, et qu’une manif déprimante n’est rien d’autre qu’une manif ratée. Tour d’horizon non exhaustif de ces nouvelles formes de mobilisation, quelques mois après l’adoption de la loi RIPOST.

Le char de son pirate

Vous l’aviez déjà rencontré lors de la Tekno Parade ou des Manifestives de l’été dernier : le mur de son roulant a désormais toute sa place en manif. Fini les vieilles chansons syndicales répétitives et les karaokés gênants, place aux gros caissons. Déclinable au format brouette, camion, tracteur, remorque, tondeuse, voire directement dans un sac à dos, il a toujours le charme de l’artisanal et peut même nous surprendre.

Exemple à Nantes, samedi dernier, où un char de son dépourvu de moteur fonctionnel était directement poussé par les manifestant·es. Après une belle balade en plein dans le périmètre d’interdiction de manifester, le camion est brûlé pour éviter d’être saisi, matériel de son compris.

La teuf revendicative

Depuis l’adoption de la loi Ripost, et malgré la répression policière démesurée, de plus en plus de teufs pirates ont lieu dans des endroits symboliques. Samedi 24 octobre au soir, une teuf en soutien au mouvement social a par exemple été organisée à Rennes. Un message circulant sur les groupes de teufeurs appelait à rejoindre une «Opération de Résistance Sonore, en soutien au soulèvement populaire». Dès 22h, ce sont quelques centaines de personnes qui se sont ainsi rassemblées à la fac de Rennes 2 pour danser devant un mur de son, au cœur même de l’esplanade du complexe universitaire.

Faire la teuf à Rennes 2, c’est toute une symbolique. Il y a encore deux semaines, une partie de la faculté était occupée par les étudiant·es et les lycéen·nes mobilisé·es. Malgré l’expulsion de la fac par les CRS, l’occupation avait été l’occasion de rappeler qu’une fac est un espace vivant et politique, et la free party qui a eu lieu samedi s’inscrivait dans le même état d’esprit. Les organisateur·ices, interrogé·es par Contre Attaque, expliquent avoir pensé l’événement «pour permettre aux gens de souffler, montrer qu’il est encore possible de faire la fête, malgré une répression grandissante. […] Ça coulait de source de faire l’événement à Rennes 2, surtout pour exprimer à quel point la convergence des luttes est importante pour nous, c’est une main tendue aux étudiants et aux lycéens».

Un continuum répressif

Rennes, comme toute la Bretagne, dispose d’un lourd passif en matière de répression policière des free parties. Sans même parler des nombreuses fêtes noyées dans les gaz lacrymogènes et les coups de matraque cette année, la nouvelle préfète Emmanuelle Dubée, par ailleurs ancienne préfète des Deux-Sèvres pendant le carnage de Sainte-Soline, a signé un arrêté préfectoral interdisant les teufs jusqu’au 1er janvier 2027. Autre exemple : lors de la Manifestive rennaise de 2026, en marge de laquelle une action symbolique a été violemment réprimée, des membres de la BAC avaient ouvert le crâne d’un teufeur, lui occasionnant dix points de suture.

N’oublions pas que les grenades qui mutilent les lycéen·nes sont les mêmes que celles qui arrachent les mains des teufeur·ses. La répression sanglante du gouvernement à l’égard de la fête libre comme des mobilisations lycéennes cherche à éteindre le même désir de révolte et la même colère face à un monde qui ne tolère ni la joie ni le débordement.


Continuons à multiplier les modes de mobilisation, à apprendre les un·es des autres et à converger systématiquement quand nos libertés collectives sont attaquées.


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