Trappes : l’indifférence du gouvernement pour les victimes du racisme


Le clan Macron plus ému pour des dégradations ou un magazine d’extrême droite que pour la vie de personnes noires et arabes victimes de terrorisme


Le clan Macron plus ému pour des dégradations ou un magazine d'extrême droite que pour la vie de personnes noires et arabes victimes de terrorisme

Elle s’appelle Ramatou, elle n’a que 11 ans. La fillette rentrait de la piscine à Trappes le 23 octobre lorsqu’elle a été fauchée par 8 balles, tirées en rafale par une arme de guerre. Elle fait partie des victimes de l’attentat raciste qui a tué Pengo Bossio Wangi et gravement blessé par balles 7 autres personnes. L’une d’entre elles, Ahmed, a dû se faire retirer un rein, la rate, ainsi qu’une partie du foie. Le terroriste, un militant du RN nourri par la propagande de la télévision, a tiré 128 munitions, ciblant volontairement toutes les personnes non-blanches, y compris des tout petits.

Même en matière de terrorisme, tirer sur des enfants est ce qui se fait de pire. C’est l’épouvante maximale. C’est un acte qui, normalement, choque un pays entier pour des années, provoque un électrochoc dans la société et des décisions politiques lourdes. Et ce carnage aurait pu être pire, car le tueur a organisé des fusillades en plusieurs points – son arme semble, heureusement, s’être enrayée. Mais Kévin Tessier, le terroriste, a choisi de pousser le curseur de l’horreur à son maximum en visant une fillette.

Depuis, non seulement tout continue comme avant, les médias continuent de propager les mêmes propos racistes et anxiogènes, la même propagande policière, à inviter les mêmes politiciens d’extrême droite, mais aucun membre du gouvernement ne s’est déplacé à l’hommage aux victimes. Le choix de n’envoyer aucun représentant à une marche organisée après un acte terroriste est sans doute une première dans l’histoire de la Cinquième République.

On est en droit de se demander si c’est la distance géographique ou la distance émotionnelle qui a fait obstacle à la venue des ministres. En guise de premier élément de réponse, on note qu’après le 7 octobre 2023, plusieurs ministres et représentants de la classe politique ont su parcourir plus de 3000 kilomètres pour aller en Israël, pays colonisateur, rendre hommage aux victimes du massacre et témoigner leur «soutien inconditionnel» à Netanyahou, qui lançait le lendemain un génocide à Gaza. Pour ce qui est de Trappes, une trentaine de kilomètres sépare la ville de Paris. Ces gens sont moins touchés par l’assassinat d’un français noir sur leur propre sol que par le décès de colons en Israël.

Par ailleurs, le Gouvernement sait réagir très rapidement et faire preuve d’une grande empathie dans d’autres situations :

  • Le 1er mai 2020 : Macron appelle pendant 45 minutes le chroniqueur d’extrême droite Éric Zemmour, auteur de multiples discours racistes et condamné pour «provocation à la haine raciale», afin de le «soutenir». Ce jour-là, un homme avait crié sur le pétainiste dans une rue de Paris, Macron semble avoir trouvé cela suffisamment grave pour lui téléphoner et le cajoler.
  • En octobre 2021, le magazine d’extrême droite Valeurs Actuelles est condamné pour un article raciste, représentant la députée noire Danièle Obono en esclave enchaînée. Édouard Philippe contacte personnellement la rédaction pour la soutenir : «Qu’est-ce que vous prenez cher, wow […] j’ai envie de dire ‘liberté de la presse’. Et puis ce qui est sûr, c’est que je n’aime pas les meutes, je n’aime pas les lynchages». La condamnation en justice d’une publication négrophobe est donc considérée comme un «lynchage», mais pas la publication elle-même. Édouard Philippe n’a pas eu un mot de compassion pour les victimes du racisme à Trappes. Dès 2019, Macron invitait dans son avion privé le magazine d’extrême droite et lui offrait une interview «exclusive», en tenant des propos réactionnaires.
  • En 2025, le ministre de la justice Darmanin est très ému pour Marine Le Pen après sa condamnation pour avoir détourné des millions d’euros. Il déclare qu’il «serait profondément choquant que Marine Le Pen soit jugée inéligible et, ainsi, ne puisse pas se présenter devant le suffrage des Français». Darmanin pousse alors pour qu’un procès en appel ait lieu le plus vite possible, en violation flagrante de la séparation des pouvoirs. Une demande obtenue, puisque Marine Le Pen pourra se présenter en 2027.
  • En février 2026, la macroniste Prisca Thévenot s’agite frénétiquement pour soutenir le néo-nazi Quentin Deranque. Sur les chaînes de télévision, elle l’appelle «Quentin», par son prénom, comme si c’était un de ses proches. Elle assène que «la mort de Quentin n’est pas un fait divers mais un fait politique qui s’enracine dans la poussée des extrêmes» et cogne sans retenue sur LFI qu’elle accuse d’être responsable. À aucun moment elle n’a mis en cause le RN ni les chaînes comme Cnews concernant l’attentat de Trappes.
  • Plus globalement, ministres, préfets et autres dirigeants adorent se déplacer pour le moindre fait divers, la moindre dégradation. Les décideurs se rendent régulièrement dans des commissariats après des manifestations pour soutenir les policiers «blessés», ou sur les lieux de dégradions après des émeutes. Mais ils n’ont pas trouvé le temps d’aller à Trappes.

«La République ne choisit pas ses morts» déclarait le Premier ministre à l’Assemblée il y a quelques jours, mettant sur le même plan la mort de Quentin Deranque et celle de Pengo Bossio Wangi, en guise d’ultime crachat sur la dépouille de la victime. Et pourtant si, la République choisi ses victimes. L’exécution de personnes noires et arabes vaut moins que des dégâts matériels ou que des morts à plusieurs milliers de kilomètres de la France. Et le terrorisme, quand il est d’extrême droite et qu’il vise les habitants non-blancs d’une commune populaire, ne suscite guère d’émotion au sommet de l’État.

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