Les liaisons entre Epstein et Israël : état des lieux

Jeffrey Epstein et Jean-Luc Brunel, son complice français, avec des vêtements de l'armée israélienne.

Depuis plusieurs jours maintenant, les grands médias français qui se sont illustrés par leur silence sur l’affaire Epstein, et qui refusent désormais d’enquêter sur la branche française du réseau pédocriminel, allument un contre-feu. Ils répètent que ce réseau serait lié à la Russie, sans avancer d’élément concret. Les éditorialistes prononcent même «Epstine», pour russifier son nom, à la manière de Elstine ou de Poutine.

Pourtant, parmi les nombreux documents publiés par le ministère de la justice étasunien, on voit le riche pédocriminel parader avec un sweat floqué du logo de l’armée israélienne. Une autre photo au sein de cette somme de documents montre Jean-Luc Brunel, le rabatteur français de Jeffrey Epstein, lui aussi accusé de multiples viols, et lui aussi retrouvé «suicidé» en prison, portant une casquette «Israël Army». De simples photos parmi de nombreuses autres, pourrait-on dire. Mais imaginons que les têtes d’un gigantesque réseau criminel ayant infiltré les plus hautes sphères dirigeantes mondiales aient posé avec des vêtements aux couleurs de l’armée russe ou du FSB, ou de n’importe quelle autre puissance militaire : cela ferait évidemment la Une des médias.

Espion du Mossad ?

Pour autant, ces photos restent anecdotiques au regard de nombreux autres éléments liant Epstein à Israël. Le grand journal The Times rappelle qu’un «rapport du FBI, émanant du bureau de Los Angeles et daté d’octobre 2020, indique que la source du bureau était convaincue qu’Epstein était un agent du Mossad infiltré», c’est-à-dire des services secrets israéliens.

Selon ce rapport, le financier pédocriminel aurait été «formé comme espion» pour le Mossad, et «avait des liens avec les services de renseignement américains et alliés par l’intermédiaire de son avocat personnel de longue date, Alan Dershowitz». Il explique aussi que «Jared Kushner, gendre du président Trump, et son frère, Josh, financier, étaient tous deux les élèves» de Dershowitz, qui donnait des cours de droit. On ne sait pas si cette hypothèse du FBI est avérée, mais il est certain que tout ce petit monde a bien côtoyé Epstein, et soutient férocement Israël.

Alan Dershowitz est un personnage central de l’affaire Epstein : c’est cet avocat qui a fait libérer le pédocriminel lors de sa première inculpation. Il est lui-même accusé de viols de mineurs et avait publié, en 1997, une tribune dans le Los Angeles Times en faveur de l’abaissement de l’âge du consentement sexuel à 15 ans. C’est aussi un ardent militant pro-Trump et pro-Israël. En 2024, il avait annoncé la création d’une équipe juridique pour défendre l’État israélien devant les tribunaux internationaux, en cas de poursuites pour génocide et crimes contre l’humanité. Il comptait plaider que la Cour pénale internationale n’est pas compétente concernant l’action d’Israël à Gaza, mais aussi que ces actions «ne sont pas contraires au droit humanitaire».

L’historien anglais Andrew Lownie, auteur du livre «La Chute de la maison d’York», estime lui aussi que Jeffrey Epstein était un agent d’influence rémunéré par plusieurs services secrets étrangers, notamment le Mossad.

Autre indice : la compagne et complice d’Epstein, Ghislaine Maxwell, cheville indispensable du réseau, était la fille d’un riche homme d’affaire de la presse anglaise : Robert Maxwell. Ce dernier entretenait lui aussi des liens extrêmement forts avec Israël, avait aidé la logistique militaire de l’État colonial, et était fortement soupçonné d’être un espion international du Mossad. Il a été retrouvé mort noyé en 1991. Les auteurs Gordon Thomas et Martin Dillon estiment que Robert Maxwell, alors très endetté, avait menacé de révéler ses liens avec l’agence israélienne pour obtenir une forte somme, juste avant sa mort…

Soutien financier du colonialisme

Des documents publiés par le ministère de la Justice montrent qu’Epstein envoyait des fonds pour soutenir l’armée israélienne et l’expansion des colonies en Palestine.

Parmi les dons, on trouve le 3 mars 2005 un envoi de 25.000 dollars à Friends of the Israel Defense Forces, une organisation basée aux USA qui soutient l’armée israélienne et ses infrastructures militaires. Il a aussi donné 15.000 dollars au Jewish National Fund, dont l’objectif est l’acquisition de terres palestiniennes pour des colonies illégales en Palestine occupée. On trouve également un financement de 35.000 dollars vers des programmes éducatifs liés à Israël, un don à une fondation qui mène des campagnes pro-Israël sur les campus universitaires aux USA et dans de nombreux pays occidentaux… Et cette liste ne date que de 2006, les éventuels financements ultérieurs ne sont pas connus.

Les origines de la fortune d’Epstein

Le pédocriminel n’était pas un génie de la finance ni un «self made man». Il doit sa fortune à deux hommes. D’abord Leslie Wexner, homme d’affaires milliardaire, Républicain proche de Bush et lié au crime organisé. Cet homme lui a versé des torrents d’argent. Pour quelle raison ? Mystère, c’est un cas unique dans la finance moderne. Toujours est-il qu’une des victimes du réseau Epstein parle d’un viol dans la propriété de Wexner.

Le deuxième mécène d’Epstein se nomme Steven Hoffenberg. C’est un grand financier, condamné à 20 ans de prison pour une gigantesque affaire de fraude bancaire du même type que l’affaire Madoff. Il est considéré comme le mentor du pédocriminel et a été retrouvé mort chez lui en 2022. Enfin, Epstein a obtenu un poste dans la finance grâce à Alan Greenberg : une ascension professionnelle fulgurante et inexplicable sans avoir aucune expérience.

Leslie Wexner et son réseau, celui qui a permis à Epstein de devenir riche et d’avoir un immense carnet d’adresse dès la fin des années 1980, est membre du «Mega Group», un club de milliardaires organisés pour faire du lobbying en faveur d’Israël aux USA. L’ont-ils fait monter pour servir d’intermédiaire ?

Liens avec Ehud Barak

Jeffrey Epstein entretenait des liens personnels forts avec des figures israéliennes de premier plan, et en particulier l’ancien Premier Ministre israélien Ehud Barak. Cet homme a dirigé l’État d’Israël pendant près de 25 ans, en exerçant successivement les rôles de chef de l’armée, Ministre de l’Intérieur, des affaires étrangères, ou de chef du gouvernement. Il était au cœur de l’appareil policier et militaire sioniste.

Selon les documents déclassifiés, les rencontres entre Epstein et Barak étaient fréquentes, avec des séjours en commun sur son île mais aussi des prêts d’argent. Epstein aurait d’ailleurs facilité des accords de sécurité impliquant Israël avec la Mongolie. Il aurait joué un rôle dans la négociation des accords d’Abraham entre Israël et les Émirats arabes unis pendant le premier mandat Trump, ou plus directement des deals entre Israël et la Côte d’Ivoire. Il semblait avoir un rôle d’intermédiaire diplomatique en faveur de l’État colonial.

Epstein a aussi prodigué des conseils financier au dirigeant israélien, par exemple, il lui disait il y a des années de «s’intéresser à Palantir», gigantesque monstre technologique de surveillance et de défense, qui aide notamment Israël à commettre le génocide en cours, et qui est devenu un véritable empire.

Suprémacisme blanc

Les interactions entre Epstein et Barak ne sont pas uniquement professionnelles, ils partagent aussi des considérations racistes à propos d’Israël et de sa population. Dans un enregistrement audio contenu dans les fonds mis en ligne par la justice étasunienne, les deux hommes parlent d’importer un million de jeunes femmes russes «minces et jolies», en «contrôlant la qualité» et en étant «sélectifs» pour blanchir la population israélienne. Barak dit qu’il est préférable de convertir ces femmes russes au judaïsme plutôt que d’accueillir les juifs et juives des pays arabes.

En toile de fond, on trouve ici un double racisme : celui interne à Israël, où une hiérarchie raciale existe entre les juifs d’Europe de l’Est et ceux venus d’Afrique du Nord et de pays Arabes à la peau moins claire, ou pire, vis-à-vis de la minorité juive éthiopienne, noire de peau, qui subit de graves discriminations.

On trouve aussi, évidemment, un racisme anti-palestinien : dans l’imaginaire colonial, il faudrait pouvoir séparer nettement les israéliens des palestiniens sur le plan ethnique et, surtout, avoir un «ascendant démographique» comme le dit l’ancien dirigeant israélien. Israël est obsédé par les questions de natalité et l’augmentation de la population palestinienne, ce qui explique d’ailleurs en partie le génocide à Gaza.

Tout cela démontre que le sionisme méprise la diaspora et l’histoire du judaïsme, et qu’il s’agit d’abord d’une idéologie coloniale et raciste. Rien d’étonnant, dès lors, de constater les liens d’Epstein avec Trump et ceux d’Israël avec tous les réseaux néofascistes mondiaux.

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