Le corps de Steve «très probablement» retrouvé dans la Loire


Un jeune nantais mort pour avoir dansé ?


La question lancinante est dans toutes les têtes, sur tous les murs, dans tous les rassemblements depuis plus d’un mois : «Où est Steve ?». Où est le jeune nantais, animateur, adoré par tous ceux qui le connaissaient ? Où est Steve, depuis la terrible soirée du 21 juin ?

Le soir de la fête de la musique, alors qu’une soirée techno était organisée, comme tous les ans, au bord de la Loire, la police nantaise avait lancé une charge d’une violence inouïe. Sans aucune raison légitime, un déluge de grenades, de coups de matraques et de balles en caoutchouc s’était abattu sur les centaines de jeunes qui dansaient. Par sa violence, la police a jeté 14 personnes dans l’eau noire et tourbillonnante du fleuve. Steve n’était jamais remonté. Les autres sont des miraculés.

À Nantes, tout le monde a un ami, un petit frère, une sœur ou un enfant qui était présent, sur ce quai, ce soir là. Des centaines de familles pourraient être en deuil aujourd’hui.

Même si le pire était redouté, personne ne parvenait vraiment à l’imaginer. Personne ne soupçonnait qu’on puisse mourir à 24 ans, pour avoir fait la fête un 21 juin. Depuis un mois, les rassemblements répètent sans cesse, dans le recueillement et la dignité, cette seule et même question : «Où est Steve».

Ce lundi 29 juillet, un corps a été retrouvé dans la Loire. Au bord de l’île de Nantes. Devant la grande grue jaune. À quelques centaines de mètres seulement de la charge policière du 21 juin. Notre équipe a vu sur place les gyrophares, les rubalises, les journalistes. Un juge d’instruction. Et puis, plus rien. C’est dans la presse que les informations sont distillées.

«Après les premières constatations, il s’agit bien du corps de l’animateur scolaire de 24 ans, porté disparu depuis la Fête de la musique, le 21 juin dernier», publie le site de RTL, en donnant des détails macabres.

«Selon nos informations, après les premières constatations, il s’agit bien du corps de l’animateur scolaire de 24 ans, porté disparu depuis la Fête de la musique, le 21 juin dernier» écrit Ouest-France.

Voici les mots tendres que publiait Anne Claire, une collègue de Steve, après sa disparition :

«Steve nous manque. À l’école tous les enfants l’adorent. Oui aujourd’hui c’est très dur pour ces petits gamins. Comment leur expliquer l’incompréhensible ? Le mien m’a dit ce matin qu’avec son super pouvoir il allait le faire revenir pour le revoir vivant. Puis il a réfléchi… Et m’a dit «je crois qu’il est mort» et ne comprend pas. Pour lui la police est là pour protéger. Un autre ce matin devant la grille de l’école : «c’est Steve d’habitude qui est là» «Pourquoi maman ? Pourquoi ?» Silence, le gamin baisse la tête. Nous retenons nos larmes. Steve a fait du théâtre. Bonne humeur, plus que serviable, adorable. On a joué devant les anciens, dans des maisons de retraite. Bref, le profil type du monstre casseur quoi… La dernière fois qu’on a joué ensemble, il interprétait un gendarme. Ironie du sort. Mon petit pote.»

Une autopsie sera pratiquée demain matin.

Si la tragédie est confirmée, ce serait le troisième décès provoqué par la police à Nantes en moins de 2 ans. Après Aboubakar, jeune homme abattu au Breil le 3 juillet 2018 par un CRS, et Abou, père de famille tué lors d’une interpellation en novembre 2017.

Un bilan indicible. Et impuni.

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