Engrais : catastrophe écologique et bombe potentielle aux portes des villes


Beyrouth sur Loire ? Des stocks énormes de nitrate d’ammonium près de Saint-Nazaire. Incendie toxique à Nantes en 1987.


En 1909, le chimiste allemand Fritz Haber parvient à combiner l’azote de l’air avec de l’hydrogène en effectuant la synthèse de l’ammoniac (NH3). Cette nouvelle formule est une rupture historique, elle révolutionne l’agriculture en permettant de doubler, voire de tripler les rendements. Pour beaucoup, l’invention des engrais azotés a permis de nourrir la population de la planète, qui a été multipliée par 6 en un siècle.

Avec l’apparition des engrais azotés, quelques sacs de produits chimiques permettent d’apporter tout l’azote nécessaire aux plantes et d’améliorer le rendement. Plus besoin de charrier des tonnes de fumier ou de compost. Plus besoin de laisser «reposer» la terre. Dans l’après-guerre, c’est une «Révolution verte». L’utilisation massive et mondiale de ces engrais permet une explosion des rendements. C’est l’apparition de l’agriculture intensive et spécialisée : avec des grandes exploitations uniquement végétales d’un côté, et des élevages intensifs géants de l’autre. Aujourd’hui, on trouve de vastes plaines céréalières dans certaines régions et des fermes des milles vaches de l’autre.

Mais des effets très néfastes apparaissent. À moyen terme, les terres s’appauvrissent, les sols sont pollués. Les champs s’érodent et ne respirent plus, la terre s’acidifie. Ces engrais sont aussi à l’origine de l’hécatombe des poissons dans les cours d’eau et de l’apparition des algues vertes. C’est un cercle vicieux : il faut de plus en plus d’engrais azotés pour produite autant. Par ailleurs, ces engrais sont un danger pour la santé et sont responsables de l’émission de particules fines toxiques au moment des épandages. On peut aussi se demander pourquoi produire autant ? Il y a assez de production pour la population. Mais la plupart des cultures servent au fourrage, pour engraisser des animaux qui sont ensuite consommés.

Quel rapport avec Beyrouth ? Ce sont ces engrais qui ont dévasté la ville : du nitrate d’ammonium. Depuis l’après-guerre, il y a une série de catastrophes provoquées par le Nitrate d’ammonium ou à d’autres stocks d’engrais. Une explosion terrible à Brest en 1947, un autre à Toulouse en 2001, en Chine en 2015, au Texas en 2013. La plus importante a eu lieu en 1921 en Allemagne : 4000 tonnes d’un mélange de nitrate et de sulfate d’ammonium explose dans des circonstances mal identifiées. 561 personnes sont tuées, une ville est détruite.

Localement, l’estuaire de la Loire est un site particulièrement risqué. Tout près de Saint-Nazaire l’usine Yara a l’autorisation de stocker 112.000 tonnes de nitrate d’ammonium. 43 fois la quantité qui a dévasté Beyrouth ! Et le nitrate d’ammonium n’est pas que stocké, il transite également en navire sur la Loire. Il y a jusqu’à 600.000 tonnes d’ammonitrate fabriqué chaque année à Montoir par l’usine Yara. Ailleurs en France, il y a également 20.000 tonnes de nitrates d’ammonium à proximité de Bordeaux et des entrepôts dans la plupart des ports et des zones agricoles. Le 29 octobre 1987, à Nantes même, un incendie démarre dans un dépôt d’engrais sur les quais de Loire. Un nuage toxique se dégage. 37.900 personnes sont évacuées de l’ouest de l’agglomération nantaise. Heureusement, l’incendie est vite maîtrisé, faute de quoi les conséquences auraient été inimaginables. Probablement tout l’ouest de l’agglomération soufflé.


Le corollaire de l’agriculture industrialisée et hyper productive, c’est la présence de véritables bombes composées d’engrais aux portes des villes. Le capitalisme est irresponsable.


Quelques sources :

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