? Nantes : des jeunes placés en garde-à-vue pour avoir fouillé dans les poubelles d’un supermarché


Chronique du capitalisme ordinaire au sud de Nantes, dans la nuit du mardi 25 au mercredi 26 octobre. Trois jeunes hommes âgés de 22 à 27 ans sont interpellés, emmenés au poste et placés en garde à vue pour «vol».


En réalité ils ont été arrêtés alors qu’ils faisaient de la «récup» : à côté d’un supermarché, c’est-à-dire qu’ils allaient récupérer dans la poubelle de la nourriture déjà jetée pour se nourrir. Selon la presse locale, ils ont été repérés alors qu’ils allaient rentrer dans une «grande benne» pour se servir des «déchets de toutes sortes non triés.»

Les trois jeunes arrêtés sont décrits comme étant «en grande précarité» et avaient des difficultés pour se nourrir. Cela n’a pas empêché la direction du magasin d’aller déposer plainte au commissariat, alors que rien n’a été volé ni même récupéré ! Le préjudice est nul pour la firme. Les trois personnes sont sorties après une nuit en cellule.

Tout est scandaleux dans cette petite histoire, malheureusement banale :

➡️ La précarité généralisée

Un nombre grandissant de personnes galèrent pour se nourrir. En France, l’un des pays les plus riches du monde, 65% des étudiants et étudiantes sautent régulièrement un repas par semaine faute de moyens financiers. 7% des étudiant.e.s ont déclaré se restreindre sur la quantité et la qualité de leur alimentation. Un quart ne peut pas acheter de fruits, près de deux sur trois ni viande ni poisson. 11% renoncent aux légumes. Les files d’attente pour les distributions de nourriture n’ont jamais été aussi longues depuis la guerre. En septembre dernier à Nantes, une association a distribué Place Bretagne 10 tonnes de denrées gratuites, provoquant une file jamais vue de plusieurs centaines de mètres.

➡️ La criminalisation de la récup’

10 millions de tonnes (10 milliards de kilos!) de nourriture sont gaspillées chaque année en France. 18% de la production alimentaire destinée à la consommation humaine est jetée. Un cinquième de toute la nourriture produite finit à la poubelle ! On estime que l’équivalent de 50 millions de poulets, 1,5 million de porcs et 100.000 bovins de boucherie sont tués sans jamais être consommés en France chaque année et finissent jetés. Dans ce gaspillage incommensurable, 14% l’est par le secteur de la distribution. Pire, les supermarchés mettent désormais des grilles ou des cadenas sur leurs poubelles, jettent du détergent sur les produits pour empêcher les gens de les récupérer. Alors que la lutte anti-gaspillage devrait être obligatoire !

➡️ Le passant digne de Vichy

Le temps des délateurs et des collabos n’est pas fini. Dans cette affaire, une personne a vu des jeunes essayer de grimper dans une benne à ordure et son premier réflexe n’a pas été de les aider mais d’appeler la police ! Aucune leçon de l’histoire n’a été tirée. Certains humains restent abjects, déjà prêts pour le retour du fascisme. Il ne l’emportera pas au paradis, c’est sa mentalité d’ordure qui est à jeter.

➡️ La police qui les arrête, les emmène et poste et les met en cellule

On nous répète que Nantes serait une ville où règnent le crime et l’insécurité, que la police serait débordée. Pourtant cette nuit-là, une patrouille de police a été envoyée très rapidement contre trois jeunes qui faisaient juste de la récup’, la décision a été prise de les placer en cellule, des magistrats sont intervenus. Des moyens délirants pour empêcher des gens de se nourrir.

➡️ Le supermarché qui porte plainte le lendemain

Non seulement ces firmes font des profits colossaux en vendant trop cher des biens vitaux, non seulement ces mêmes enseignes empêchent les plus précaires de récupérer les invendus, mais en plus la direction de ce supermarché a pris la peine de porter plainte ! Pour information, il s’agit du Super U situé rue Joliot Curie, au sud de Nantes, derrière le cimetière Saint-Jacques et l’hôpital Saint-Jacques. N’hésitez pas à le boycotter.


Source : https://www.ouest-france.fr/pays-de-la-loire/nantes-44000/pres-de-nantes-interpelles-alors-qu-ils-venaient-se-servir-dans-la-benne-d-un-supermarche

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