Si le sujet des violences gynécologiques ou de certaines pathologies comme l’endométriose commencent timidement à être évoqué dans le débat public, la question de la santé des femmes et des pathologies spécifiques dont elles souffrent reste encore largement ignorée.

Il faut tout d’abord constater une sous-représentation démesurée des femmes dans la recherche clinique. En effet, celles-ci ne composent en moyenne qu’entre 20 à 40% des sujets testés dans la très grande majorité des études et essais cliniques sur les médicaments. L’impact de ces recherches androcentrées est pourtant particulièrement dangereux sur la prévention, la prise en charge et le traitement de maladies pour les femmes.
Pour ne prendre qu’un exemple, les maladies cardio-vasculaires touchent 51% de femmes alors qu’elles ne sont présentes que dans 30% des études cliniques en moyenne. Les symptômes des infarctus sont pourtant très différents chez les femmes, ce qui conduit à des erreurs de diagnostics qui peuvent leur être fatales.
L’exemple de l’endométriose
De nombreuses pathologies ne touchant que les femmes ont été longtemps ignorées par la recherche, comme par les professionnel-les de santé. Le cas de l’endométriose est frappant, alors que cette pathologie est décrite pour la première fois dès 1860 ! On compte aujourd’hui encore, en moyenne, 10 années pour diagnostiquer l‘endométriose chez les femmes alors que cette maladie touche 1 femme sur 10 et que de simples examens peuvent la mettre en évidence (échographie, IRM, cœlioscopie). Une fois l’endométriose diagnostiquée, les solutions thérapeutiques sont rares et mal connues des médecins eux-mêmes… qui se limitent bien souvent à certaines pilules contraceptives (qui bloquent les cycles menstruels) et des traitements antidouleurs insuffisants pour traiter l’ensemble des symptômes de cette pathologie.
Si l’Assemblée Nationale adopte fièrement, en janvier 2022, une proposition reconnaissant l’endométriose comme une Affection Longue Durée (ALD), de nombreuses femmes restent toujours dans l’attente de traitements qui puissent soulager leurs douleurs et de propositions concrètes face aux difficultés que cette pathologie peut causer sur leurs activités quotidiennes.
La simple idée d’un congé menstruel en cas de règles douloureuses a pourtant été adoptée dans de nombreux pays asiatiques depuis longtemps. Ainsi le Japon a ouvert la voie dès 1947 en permettant aux femmes de prendre quelques jours de congé en cas de fortes douleurs, suivi par l’Indonésie, Taïwan ou encore la Zambie. En Europe, seule l’Italie a évoqué cette question… pour abandonner le projet en 2017.
Le cas du Papillomavirus
Certaines pathologies n’épargnent personne, mais ne sont particulièrement dangereuses que pour les femmes. C’est le cas du virus HPV (virus responsable de 99% des cancers du col de l’utérus). Un vaccin a pourtant été élaboré et mis en circulation à partir de 2007. Mais en France, contrairement à d’autres pays, celui-ci n’a été recommandé qu’aux femmes. Il a fallu attendre l’année 2019 en France pour que ce vaccin soit recommandé aux hommes. Sans grand succès : 45% des femmes sont aujourd’hui vaccinées, alors qu’à peine 6% des hommes le sont. Le virus continue donc de se répandre, notamment par le biais des hommes porteurs du virus, qui l’ignorent dans la majorité des cas car ils ne font l’objet de dépistage que de façon exceptionnelle, puisqu’ils ne développent pas de symptômes.
Beaucoup d’autres pays ont pourtant recommandé le vaccin aux hommes comme aux femmes dès 2011. Ainsi la vaccination générale mixte a permis de faire presque disparaître la circulation du virus en Australie. Un article ne suffirait pas à évoquer toutes les problématiques liées à l’ignorance et au mépris de la santé et du corps des femmes.
Les préjugés et discriminations sexistes n’épargnent pas le corps médical. Les personnes LGBTQI+ subissent encore davantage les conséquences désastreuses. Les violences gynécologiques sont monnaie courante, tout comme les propos déplacés et discriminatoires auxquelles les personnes sexisées et non-genrées font bien souvent face dans le milieu médical, comme ailleurs. Et si un homme sur dix se tordaient de douleurs une semaine par mois ou plus, est ce que le sujet ne serait pas devenu LA priorité numéro 1 de la recherche médicale ? Et si 99% des causes de cancer des organes génitaux masculin était dus au papillomavirus, le vaccin n’aurait-il pas été rendu obligatoire pour toute la population ?
Et si on commençait à s’intéresser à la santé des femmes ?
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