🚩 Grève et manifestations du 19 janvier : on fait le point


Quelques informations à la veille d’une grande journée de grève qui s’annonce massive et donnera le ton du mouvement social qui commence.


⚫ Provocations du pouvoir

Alors que l’écrasante majorité de la population rejette son projet impopulaire, Macron postillonne déjà dans les médias que «la mobilisation ne reflétera pas l’état d’esprit réel des Français». Rappelons que 93% des actifs se déclarent opposés à cette réforme.

Macron ajoute que «les Français ne veulent pas tout renverser» et qu’il «ne croit pas à la victoire de l’irresponsabilité». Il insulte et minimise par avance l’opposition massive qui lui fait face. C’est une autre forme de «qu’ils viennent me chercher», déclarée en 2018. Macron, c’est le rapport de force permanent, il ne comprend que lorsqu’on crie plus fort que lui. Il va falloir mettre la barre très haut.

En parallèle, les chiens de garde médiatiques défilent sur les plateaux pour dire à quel point la grève est irresponsable et inutile, et que la réforme de Macron est justifiée. Ces interventions pro-Macron sont inversement proportionnelles à l’état d’esprit de l’opinion publique.

Le président a par ailleurs appelé à «dénoncer les tentatives de blocage du pays». Est-ce un appel à la délation de syndicalistes et de manifestants ? Esprit Vichy ?

Enfin, Macron ne sera pas en France mais en Espagne ce jeudi. Une façon de survoler la contestation, il faudra le ramener sur terre.

⚫ Une grève massive

Le cheminot syndicaliste Anasse Kazib explique sur Twitter : «Les chiffres de grévistes à la SNCF sont monstrueux, plus de 80% de conducteurs en grève sur tout le territoire, 50% chez les commerciaux et à l’aiguillage des trains». Le pays sera fortement ralenti ce 19 janvier, avec 1 TGV sur 3 ou sur 5 en circulation selon les axes, 1 TER sur 10 en moyenne en circulation.

70% des enseignants des écoles maternelles et primaires en grève, c’est énorme. Dans certains secteurs, la grève est plus suivie qu’à l’automne 2019, précédent très gros mouvement pour les retraites. Les centrales syndicales attendent plus d’un million de manifestant-es dans les rues. Et le nombre de manifestations prévues est hors du commun, il y aura même des cortèges sur Belle-île ou sur l’île de Groix.

Philippe Martinez suggère dans une interview «d’aller voir les belles propriétés et châteaux des milliardaires» : «Ça serait bien qu’on leur coupe l’électricité pour qu’ils puissent se mettre dans la peau […] des millions de foyers en précarité énergétique». Reste à voir si cela sera suivi d’effet.

⚫ Répression

10.000 policiers et gendarmes seront mobilisés demain dont 3.500 à Paris. Un très fort dispositif qui devient habituel dans notre État policier ces dernières années. Les autorités vont tout faire pour jouer la provocation et dissuader un maximum de monde de continuer à prendre la rue.

D’ailleurs, les médias du pouvoir diffusent les storytelling des services de renseignement. BFM TV répète depuis deux jours que des centaines de Gilets Jaunes et de radicaux dangereux sont attendus à Paris, et que des affrontements sont à craindre dans des villes comme Nantes, Rennes ou Lyon. Même le vieux chanteur de droite Michel Sardou était invité ce mercredi soir sur la chaîne pour dire : «Ce qui me fait le plus peur ce sont les black blocs». On peut difficilement faire plus caricatural comme mise en scène pour justifier à l’avance une éventuelle répression.

⚫ Quelques conseils

Pour certain-es, ce sera une première grève. Dans plusieurs secteurs, il est difficile de se déclarer gréviste. Comment faire ? Quels sont les droits ? Une avocate en droit du travail explique tout ici.

Si la journée de jeudi s’annonce massive, elle ne suffira pas. Il faut déjà imaginer la suite, à travers un maximum d’Assemblées Générales, par exemple directement après la manifestation, ou sur vos lieux de travail. Si la base pousse les directions syndicales, il est possible d’aller vers une grève reconductible, seule à même de faire plier l’ennemi. Les AG sont aussi l’occasion de discuter politique, de s’organiser, d’imaginer des actions…

En manifestation, restons solidaires dans notre pluralité. Choisissez le cortège avec l’ambiance qui vous convient, essayer d’être accompagné.e d’un binôme, et luttez ! En cas de mouvement de foule ou de gaz, restez calme. C’est souvent dans les moment de panique et d’isolement qu’il arrive des bricoles.

Si par malheur vous êtes arrêté-e, pensez à bien demander un avocat, si possible ayez un nom en tête. En amont, préparez des garanties de représentation et donnez-les à un proche : justificatif de domicile, contrat de travail, etc, qui permettront de vous aider à sortir des griffes de la justice en cas de procès. En garde à vue : rien à déclarer, tout ce que vous direz sera retenu contre vous ou contre d’autres manifestant-es.

⚫ Et pour Nantes ?

Pour les nantais et nantaises, rejoignez le cortège anticapitaliste avant le départ ! Pour le retrouver, suivez les banderoles colorées, créatives et révoltées …