Le bâtisseur démolisseur

Photomontage montrant le Mont Saint Michel transformé en Mr. Bricolage à son sommet : Une idée de génie qu'aurait pu avoir Macron, le bâtisseur démolisseur.

À la veille de la journée de grève du 6 juin, Macron s’est rendu au Mont Saint-Michel pour livrer un discours confus et nationaliste. Il s’est enflammé à propos de cet îlot surmonté d’une abbaye : «En mille ans, sa silhouette est devenue un emblème de l’universalisme français. Son abbaye, le symbole de ce que nous sommes : un peuple de bâtisseurs». Le président s’est aussi répandu sur «l’esprit français» et un «peuple conquérant».

Un beau 0/20 en histoire. Macron récite un discours fantasmé de la France et son passé. Jusqu’au 10ème siècle, le Mont Saint-Michel appartenait au duché de Bretagne. «La France» n’existait alors pas encore en tant que Nation. De quel «peuple» parle donc Macron ? Des gaulois ? Des latins ? Des peuples germaniques dits «barbares», ces Francs, qui se sont installés lors de l’effondrement de l’Empire romain ? Des vikings qui ont attaqué la région et ainsi provoqué l’installation d’un village de réfugiés sur cet îlot, créant par la suite cette construction mondialement connue ? Ce peuple de paysans normands révoltés qui ont tenté de brûler le Mont Saint Michel au 12ème siècle ? Des différentes vagues migratoires qui n’ont jamais cessé d’aller et venir sur le territoire aujourd’hui nommé France ?

De quel «universalisme» parle Macron ? D’un universalisme religieux et chrétien ? De l’universalisme philosophique, qui est un concept popularisé à partir du siècle des Lumières et de la Révolution française, donc il y a moins de trois siècles ? Le «peuple» français serait «conquérant» par nature ? De quelles «conquêtes» s’agit-il ? Bref, Macron rallume de vieux discours identitaires qui n’ont aucune véracité historique. Son propos n’est qu’une rafale de clins d’œil à l’extrême droite.

La même semaine on apprend qu’à Carnac, dans le Morbihan, une partie des menhirs posés là depuis le néolithique a été détruite pour construire un magasin de bricolage. Un site à haute valeur archéologique, dont les significations mystérieuses ne sont toujours pas élucidées, et qui n’a pas bougé depuis au moins 7000 ans. Lorsqu’il s’agit d’installer partout les mêmes immondes enseignes consuméristes, l’histoire passe au second plan. Les antiques «bâtisseurs» passent à la trappe. À présent, toutes les entrées de villes sont hideuses, constellées des mêmes magasins interchangeables, des mêmes aires métropolitaines sans âmes. Et le phénomène s’étend maintenant bien au delà des grandes agglomérations.

Cette affaire peut sembler anecdotique mais elle révèle un profond mépris pour l’histoire de la part de la caste dirigeante. Elle s’inscrit dans des politiques de destruction continuelle du savoir, de privatisation des universités, de diminution des crédits pour la recherche historique et archéologique, d’absence de recrutements dans de nombreux domaines peu rentables économiquement, comme l’histoire de l’art ou l’anthropologie…

Pour Macron et ses amis, l’histoire n’est utilisée que pour produire un récit fantasmé et réactionnaire – réhabilitation de Pétain, glorification de Napoléon, fantasme sur «un peuple» millénaire. Mais elle s’efface devant les intérêts capitalistes de notre époque.

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