25 Décembre 1914 : la trêve de Noël


“Faites un foot, pas la guerre”


Été 1914 : les grandes puissances du vieux continent se déclarent la guerre. Les empires s’affrontent. C’est la mobilisation générale, la conscription. Des millions de français, d’allemands, de britanniques, de russes… sont appelés sous les drapeaux. Côté français, plus de 8 millions de soldats et marins seront mobilisés de 1914 à 1918, dont 7% d’indigènes des colonies. Ce sont de jeunes hommes âgés de 20 à 40 ans pour la plupart, que les nations arrachent à leur foyer.

Les bourgeoisies européennes vont sacrifier les masses populaires et engager les armées dans une guerre totale pour défendre leurs intérêts impérialistes. Les soldats bretons sont souvent envoyés en première ligne aux côtés des tirailleurs sénégalais, car les officiers remarquent leur bravoure et leur envie d’aller “à la guerre”. En réalité ces soldats ne comprennent pas ce qu’il leur arrive, ne parlent souvent même pas français et réclament de rentrer “Ar Gêr”, “à la maison” en langue bretonne.

On sort de la révolution industrielle, les moyens et les techniques de production ont radicalement changé. Les industriels vont donc produire un conflit militaire mondial d’une intensité encore inconnue, armer massivement les nations et entraîner l’Europe puis le monde dans l’horreur. De nouvelles armes font leur apparition avec les véhicules blindés et l’utilisation des bombes chimiques. Une ligne de front de plusieurs centaines de kilomètres est érigée par les belligérants dans l’Est de la France et en Belgique.

Les soldats de chaque camp creusent des tranchées, les fortifient. Elles sont séparées par un “no man’s land” quasi infranchissable, un enfer de terre battue et de barbelés exposé aux déluges d’obus et aux balles des mitrailleuses. L’hiver arrive, et les hommes vivent dans conditions effroyables. Dans la boue, ils côtoient les rats et les cadavres en décomposition. L’odeur de la mort et de la poudre est partout. Les épidémies et les maladies circulent. “On croit mourir pour la patrie ; on meurt pour des industriels” dira Anatole France dans les colonnes de l’Humanité en 1922.

Ce 24 décembre 1914, le désespoir est total. Les différentes forces en présence sont choquées par la violence mécanique et destructrice du conflit. La barbarie de la guerre industrielle est devenue le lot quotidien de milliers de jeunes gens. Pourtant, c’est de ce chaos que va refluer un oraison d’humanité l’espace de Noël. Un cessez-le-feu non officiel est décrété autour de la ville d’Ypres en Belgique. Ceci n’est pas vraiment une révolte ou une mutinerie, mais les soldats décident de faire une pause dans la guerre, contre l’avis de leurs généraux.

Des chants émergent du côté allemand et des sapins de Noël sont placés le long des tranchées. Les soldats allemands sortent lentement, et s’avancent au milieu du “No man’s land”, invitant les troupes du Royaume-Uni à les rejoindre. Les deux camps se rencontrent, on désobéit aux ordres des officiers qui ordonnent de reprendre les combats, on fraternise.

Près de 100.000 hommes belges, français, britanniques et allemands s’échangent des cadeaux improvisés, des clopes et des cigares. Ils jouent au foot ici où là. Les soldats décident qu’il n’y aura pas de tuerie, en tout cas pas ce jour de Noël 1914 sur cette partie du front. Après tout, la grande majorité des soldats sont issues des classes ouvrières de leurs pays respectifs. Se rendent-ils compte, dans ce court instant de trêve, que ce sont des travailleurs qui s’entretuent pour le compte de quelques chefs tyranniques et bourgeois exploiteurs. Certainement. Quelques photos immortaliseront cette paix éphémère entre les peuples de 1914. Elles feront la Une de nombreux journaux de l’époque.

Pour disperser les groupes de soldats qui fraternisent les jours suivants, les États-major des armées font tirer l’artillerie. La première guerre mondiale durera 4 ans et sera une véritable boucherie. Elle fera plusieurs dizaines de millions de victimes. Ce conflit armé mondialisé nourrira, le ressentiment, les nationalismes et les fascismes européens des années 30 pour ouvrir un nouveau cycle barbare : les massacres de masse et les camps d’extermination.

Contre les délires belliqueux des gouvernements et des États-Nations, construisons une internationale anti-militariste et anti-autoritaire. Refusons la guerre entre les peuples ! Faisons la guerre aux palais !


“La guerre, c’est le massacre de gens qui ne se connaissent pas, au profit de gens qui se connaissent et ne se massacrent pas” disait Paul Valery.


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Une réflexion au sujet de « 25 Décembre 1914 : la trêve de Noël »

  1. Bonjour Contre Attaque, joyeux Noël et merci pour votre travail. Les Multinationales et les parasites d’actionnaires ont déclaré la guerre à notre classe sociale et au monde du vivant en générale. Le totalitarisme, le
    facsisme et le militarisme de des 195 États nations leurs servent de protection et l’ensemble des gouvernements, leurs chefs tyraniques ainsi que les médias à mots puants ne sont que leurs carpettes. Cette économie mortuaire ne tient qu’avec les flux logistiques et les voix de communications. Les multinationales et les parasites d’actionnaires font du profit avec l’industrie mortuaire, bloquons tout.

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