Ouverture des procès de deux hommes politiques accusés de violences sexistes et sexuelles

Ce mois de janvier 2026 démarrent les procès de deux agresseurs sexuels au sein du sénat : Joël Guerriau, et Sébastien G. Ainsi, malgré la prétendue volonté de Macron de faire de la lutte pour les droits des femmes la «grande cause du quinquennat», les agresseurs continuent de squatter les bancs du Parlement et de recevoir leurs grasses rémunérations pour payer d’éventuels procès.
Photos de fesses
Le 13 janvier démarrait le procès de Sébastien G. Été 2023, deux collaborateurs des Républicains découvrent un disque dur dont ils ignorent la provenance, dans la salle commune des LR. Sur ce disque dur, des photographies de femmes prises à leur insu. Les photos se concentrent quasiment exclusivement sur leurs fesses. Ils y découvrent notamment des photos d’une sénatrice, elle aussi LR : Christine Lavarde. En décembre 2024, cette dernière dépose plainte pour pour atteinte à l’intimité par fixation d’image.
Derrière ces images, Sébastien G., conseiller chez Les Républicains depuis 2008. L’homme est depuis placé sous contrôle judiciaire. Il a été licencié par le groupe parlementaire, qui clame haut et fort son indignation et son ignorance des agissements de leur conseiller. Tout du moins, c’est la position officielle. Car en coulisses, le discours est tout autre. En effet, une sénatrice UDI affirme de son côté qu’il n’y a là aucune surprise, compte tenu de la «réputation» de Sébastien G. En outre, la direction de LR a tout fait pour étouffer au maximum l’affaire : «D’un point de vue officiel, on n’a obtenu aucune information» explique une parlementaire au Parisien. «On sent que ça a été géré en interne, que le groupe politique se protège de potentielles attaques».
Aucune information n’a été communiquée par le groupe. Aucune cellule d’écoute pour les victimes potentielles. C’est le règne de l’omerta. D’ailleurs, il n’existe à l’heure actuelle aucune formation en gestion des violences sexistes et sexuelles au Parlement. «Le Sénat, pour des questions de réputation, tend à garder les problèmes sous cloche» explique un parlementaire au Parisien. Quitte à abandonner les victimes face à leurs agresseurs. Le boys club du Parlement a de beaux jours devant lui.
Soumission chimique
Le 26 janvier, c’est le procès de Joël Guerriau qui commencera. Il est accusé d’avoir administré à une personne, à son insu, une substance de nature à altérer son discernement ou le contrôle de ses actes pour commettre un viol ou une agression sexuelle. Une infraction extrêmement grave punie de cinq ans de prison et 75.000 euros d’amende. La victime, Sandrine Josso, une députée invitée chez le sénateur, s’était sentie mal après avoir pris un verre.
Des prélèvements dans son organisme ont révélé la présence d’ecstasy. Drogue qui a été trouvée au domicile de Guerriau lors de la perquisition. Le sénateur a également été testé positif aux stupéfiants, «des traces d’amphétamines, d’opiacées, de cannabis, de cocaïne, de méthadone et de MDMA ont été trouvées dans le sang du parlementaire». Un sacré cocktail pour un représentant de la bourgeoisie réac’. Il nie bien entendu, et affirme «ce sera pour moi le moment de pouvoir m’exprimer» lors de son procès. L’agresseur avait démissionné en octobre dernier, mais affirmant qu’il n’y avait aucun lien avec l’affaire et qu’il ne faisait que respecter son «engagement pris de ne pas rester plus de deux ans».
Les violences sexistes et sexuelles en politique sont légion, et ce quelque soit le bord politique. Si beaucoup de ces affaires sont étouffées, certaines arrivent néanmoins au grand jour, grâce à la bataille que mènent les victimes. On se souvient de Damien Abad, ancien ministre de Macron, accusé de viols et de tentatives de viols, avec soumission chimique notamment, par trois femmes. Il avait finalement été contraint de démissionner devant la pression populaire. En février 2022, Laurent Bigorgne, un proche ami de Macron, était arrêté pour avoir drogué une de ses collègues à son insu dans l’objectif d’obtenir un rapport sexuel.
En 2017, une femme mettait en cause Darmanin pour un viol commis en 2009 dans une chambre d’hôtel alors qu’elle était chargée de mission au service des affaires juridiques de l’UMP, parti auquel appartenait Gérald Darmanin. Elle l’accuse de l’avoir contrainte à un rapport sexuel en échange d’une lettre à transmettre à la Chancellerie pour nettoyer son casier judiciaire d’une condamnation de 2004. Une relation sexuelle non consentie et sous contrainte donc, et un abus de pouvoir certain.
Rappelons qu’une autre plainte avait été déposée à l’encontre de Gérald Darmanin pour des faits d’abus de faiblesse, pour avoir contraint une habitante de Tourcoing à des relation sexuelles en échange de l’obtention d’un emploi et d’une logement en 2015. Déposée en février 2018, la plainte a été classée sans suite dès le mois de mai 2018. Malgré cela, il est aujourd’hui toujours ministre de la justice.
Si l’on remonte le temps, on peut également citer Nicolas Hulot, accusé de viols et agressions sexuelles par six femmes entre 1989 et 2001, l’une d’elles était même mineure. En 2016, c’est l’affaire Denis Baupin qui secoue l’Assemblée nationale : 14 femmes, dont Sandrine Rousseau, l’accusent d’agression sexuelle. L’affaire est classée sans suite pour cause de prescription. L’agresseur avait ensuite perdu son procès en diffamation contre ses accusatrices. Carrière brisée ? Non bien sûr, il devient lobbyiste dans une société de «transition écologiste», et tente même un retour en politique raté comme grand électeur pour les élections sénatoriales par le groupe Paris en commun (PS) au conseil municipal de Paris.
En 2019, Pierre Cabaré, député de Haute-Garonne mais également vice-président de la délégation aux droits des femmes et à l’égalité des chances de l’Assemblée nationale, est accusé de harcèlement sexuel, harcèlement moral et agression sexuelle. Stéphane Trompille, député de l’Ain, condamné en mai 2020 par le conseil de prud’hommes de Bourg-en-Bresse, pour harcèlement sexuel. Il avait pu rester dans les rangs de LREM à condition de «se mettre en retrait». Le président des Jeunes Républicains Aurane Reihanian est accusé d’agression sexuelle par deux jeunes femmes en 2020, poulain affiché de Laurent Wauquiez puis rallié à Bruno Retailleau. Yves Blein, député du Rhône, visé par une plainte pour harcèlement sexuel.
Tous les citer serait long et fastidieux, et surtout ne révélerait que la partie émergée de l’iceberg. «Pour une femme qui parle publiquement, on imagine le nombre de violences qui restent silencieuses» rappelle Mathilde Viot, cofondatrice de #Metoo politique et de l’Observatoire des violences sexistes et sexuelles en politique, dans une entrevue au média Basta ! en 2024. En 2019 déjà, l’enquête de Chair collaboratrice, collectif qui regroupe des témoignages de collaboratrices d’hommes politiques, révèle qu’une collaboratrice sur deux rapportait avoir été victime de blagues sexistes, une sur trois d’injures sexistes ou d’attitudes insistantes et gênantes, et une sur cinq d’agressions sexuelles.
En février 2022, l’Observatoire des violences sexistes et sexuelles est crée. Il permet notamment de recueillir les témoignages des victimes de Damien Abad. Mathilde Viot explique «ce que j’ai tiré de mon expérience à l’Assemblée nationale, comme collaboratrice parlementaire, et en voyant les partis recruter des gens, c’est que sont recrutés les mecs les plus agressifs possibles […] On valorise la capacité à dominer».
Comment s’étonner, dès lors, que les hommes politiques soient particulièrement enclins à exercer cette domination sur leurs collaboratrices ? D’autant plus qu’ils savent qu’ils bénéficieront de l’impunité totale et de l’omerta de rigueur, et cela même s’il y a eu condamnation pénale : «Il n’y a pas de sanctions, pas de «carrières brisées». Ça n’existe pas. On a l’impression que tout le monde s’en fout». Et tant pis si, à cause de ça, les femmes ne peuvent pas militer dans des partis politiques sans craindre pour leur sécurité.
Nous sommes gouvernés par une caste d’agresseurs. Comment s’étonner que rien ne soit mis en place pour protéger les femmes ?
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