Rosa Luxemburg : révolutionnaire anti-guerre, assassinée le 15 janvier 1919


«À bas la guerre ! À bas le gouvernement !»
«Devons-nous nous laisser entraîner lamentablement dans une guerre ? Jamais !»
«Ceux qui ne bougent pas ne remarquent pas leurs chaînes»


«À bas la guerre ! À bas le gouvernement !»
«Devons-nous nous laisser entraîner lamentablement dans une guerre ? Jamais !»
«Ceux qui ne bougent pas ne remarquent pas leurs chaînes»

Ces citations de Rosa Luxemburg au-dessus de son portrait

En Allemagne, la fin de la Première Guerre mondiale est révolutionnaire. Des soulèvements ouvriers ont lieu partout. La République est proclamée, des «conseils» d’ouvriers et de soldats se créent pour organiser la révolution. Le SPD – équivalent du Parti Socialiste – trahit tous ses idéaux et organise une répression féroce du soulèvement.

Berlin vit un moment insurrectionnel entre le 5 et le 15 janvier 1919 : le soulèvement «spartakiste», du nom de Spartacus, esclave de l’époque romaine qui avait défié l’Empire. Lors de cette semaine sanglante, le gouvernement socialiste s’appuie sur des milices d’extrême droite, les «corps francs», pour organiser la répression. Le 15 janvier 1919, Rosa Luxemburg et son conjoint Karl Liebknecht sont assassinés et jetés dans un fleuve. Cette exécution sommaire sonne la mort de la révolution et le début du processus qui mènera au nazisme.

Rosa Luxemburg fut une personne hors du commun, d’une détermination sans borne. Juive polonaise, elle subit l’antisémitisme virulent de la fin du XIXème siècle. Femme, elle fait face au sexisme, y compris dans le mouvement social. Elle allie l’intellect et la pratique : Rosa soutient une thèse d’économie et participe aux luttes de son temps. Elle va haranguer les foules lors de grèves ouvrières. Surtout, elle est l’une des rares en Allemagne à s’opposer vivement à la guerre de 14-18.

«À bas la guerre ! À bas le gouvernement !» scande Rosa le 1er mai 1916, alors que l’Allemagne est engagée dans un conflit sanglant. Cette terrible guerre des tranchées, qui n’était qu’un massacre entre puissances impériales pour la domination des marchés et colonies, mais pour laquelle des millions de prolétaires ont été envoyés à la boucherie. Dès le début du conflit, Rosa Luxembourg se livre à une critique frontale du militarisme. Elle dénonce la trahison du SPD qui participe à l’Union sacrée et vote les crédits de guerre. C’est par antimilitarisme qu’elle fonde la ligue spartakiste avec son compagnon Karl Liebknecht, une ligue résolument internationaliste et révolutionnaire, appelant à l’unité des travailleurs européens pour faire tomber les gouvernants fauteurs de guerre et les patrons.

Dans son livre «L’accumulation capitaliste», Rosa met en lumière le lien entre surproduction capitaliste, impérialisme et course à l’armement. «Le militarisme assure, d’une part, l’entretien des organes de la domination capitaliste, l’armée permanente, et, d’autre part, il fournit au capital un champ d’accumulation privilégié» écrivait-elle. Des mots toujours d’actualité un siècle plus tard : aujourd’hui, la course à la guerre sert à la fois à stimuler une économie en crise et à piller des ressources, tout en augmentant l’autoritarisme au sein des pays occidentaux.

Les campagnes anti-guerre de Rosa lui valent d’être condamnée et enfermée à plusieurs reprises, sans que cela n’arrête l’infatigable théoricienne. En 1915, elle rédigeait en prison un texte sous pseudonyme, connu sous le nom de brochure de Junius, dans laquelle elle dénonçait le désastre qu’est la guerre. C’est la naissance du célèbre slogan : «socialisme ou barbarie». En 1917, elle regarde avec méfiance l’autoritarisme de la révolution bolchevique en Russie. Et dès la fin de la guerre des tranchées, elle se lance à corps perdu dans la révolution allemande.

Dans son dernier article, paru le 14 janvier 1919, Rosa titre «L’ordre règne à Berlin». Un ordre imposé avec une extrême violence par ses anciens camarades du SPD. D’une certaine manière, l’assassinat de Rosa Luxemburg rappelle celui de Jean Jaurès, autre homme de gauche opposé à la guerre, assassiné par un nationaliste le 31 juillet 1914.

L’écrasement de la révolte Spartakiste, c’est l’effondrement d’un espoir révolutionnaire en Allemagne. Alors que des millions d’allemands ont été tués pendant la guerre, la mort de Rosa Luxemburg et par conséquent, de toute perspective d’un changement réel, provoquent un grand vide, dont bénéficie l’extrême droite. Les «corps francs» continueront de semer la terreur. Certains rejoindront Hitler, d’autres créeront des groupes ultra-nationalistes pratiquant la lutte armée. Là encore, l’histoire bégaie : les gouvernement «centristes» comme celui de Macron s’appuient sur une police surarmée et fascisée pour imposer leurs politiques impopulaires, et s’apprêtent à livrer les clés du pouvoir à l’extrême droite.

La République allemande, née du massacre de la révolution, restera fragile, instable, et s’effondrera avec la montée du nazisme. La répression de la révolte sociale et la complicité de gouvernements libéraux avec l’extrême droite mènent toujours au pire. «Socialisme ou barbarie», Rosa avait tout compris, car après elle, ce sera la barbarie en Allemagne.

Rosa laisse de nombreuses analyses et une vie de luttes contre l’injustice. «Avant qu’une révolution arrive, elle est perçue comme impossible ; après cela, elle est considéré comme inévitable» écrivait-elle ou encore : «La chose la plus révolutionnaire que l’on puisse faire est de proclamer haut et fort ce qui se passe». Même lors de ses séjours en prison, elle gardait une foi inébranlable et cultivait la joie de vivre : «Dans le domaine social comme dans la vie privée, il faut tout prendre avec calme, générosité, et un petit sourire aux lèvres». Elle écrivait aussi que « la vie chante aussi dans le sable qui crisse sous les pas lents et lourds de la sentinelle, quand on sait l’entendre », ou encore : «Il faut travailler et faire ce que l’on peut, et pour le reste, tout prendre avec légèreté et bonne humeur. On ne se rend pas la vie meilleure en étant amer». Toujours aussi juste, étant donné la morosité du milieu militant.

Le 13 juin 1919, une foule immense suit, dans les rues de Berlin, la dépouille d’une femme repêchée quelques jours plus tôt et identifiée comme celle de Rosa Luxemburg. Le recueillement populaire se mue en manifestation de masse. 127 ans plus tard, les nuages de la guerre menacent à nouveau le monde et le message de Rosa continue de nous éclairer.

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