La guerre ça sert à faire des profits : l’industrie française en déclin se relance en produisant des armes

L’entreprise Renault, fleuron du secteur automobile français, s’apprête à lancer la production de drones de combat. Des «munitions téléopérées à longue portée» selon la novlangue militaire. Autrement dit, des usines civiles vont se reconvertir en fabriques d’armes de guerre. Ce sont les sites du Mans et de Cléon, près de Rouen, qui sont concernés.
C’est la Direction Générale de l’Armement, grande institution au sein du Ministère des Armées qui supervise la production et le commerce des armes françaises, qui a lancé le projet, financé sur fonds publics. Si les premiers drones donnent satisfaction, un milliard d’euros de l’État seront débloqués pour produire des centaines de drones durant les 10 prochaines années.
Le prototype d’engin tueur tricolore porte pour nom de code «Chorus», et il est présenté comme multi-usages : il peut tuer à distance sans avoir besoin de pilote, mais il peut aussi assurer des missions de surveillance, s’inspirant du modèle Shahed fabriqué par l’Iran. Le drone est la nouvelle arme qui domine les champs de bataille : sur le front ukrainien, près de 80% des pertes humaines sont causées par ces engins guidés par des «opérateurs» qui se trouvent bien à l’abri à l’arrière. Le drone incarne la lâcheté technologique à son apogée : il permet de tuer sans prendre de risque, de voir sans être vu, de prendre la vie sans combattre. Bref, une mise à mort sans risque pour les militaires. Et avec un avantage économique important : il représente «un coût beaucoup moins élevé qu’un missile classique» expliquent ses promoteurs. Ce drone français mesurera environ 10 mètres de long et pourra atteindre la vitesse de 400 kilomètres par heure.
Plus édifiant encore : ses concepteurs ont imaginé ce drone en utilisant les «recettes automobiles pour réduire les coûts et l’optimiser, que ce soit en utilisant des matières issues des véhicules et du rivetage autoperçant (un mode d’assemblage courant sur les chaînes automobiles)». C’est littéralement la transformation telle quelle d’une usine civile de véhicules vers l’industrie de guerre, pour aller le plus vite possible. Les chaines de production commenceront à tourner dès le printemps 2026, et feront travailler entre 100 et 200 salariés dans un premier temps.
Une première annonce avait été faite en juin 2025 par le gouvernement. À l’époque, le syndicat Force Ouvrière de Renault avait protesté : «Beaucoup de salariés nous ont interpellés, ils ont signé pour fabriquer des voitures et pas des armes». Cela n’a pas dissuadé le projet. De fait, l’armement massif et l’économie de guerre sont un moyen de générer du profit et de sauver une industrie déclinante en Europe, tout en promettant des « créations d’emplois », sur le dos des victimes des guerres. Car le phénomène est international. En Allemagne, depuis juin 2023, 900 ouvriers ont été transférés de l’entreprise automobile Continental vers le géant de l’armement Rheinmettal, chargé de produire notamment de grandes quantités d’obus. En Belgique, des usines vont être converties à la production militaire. L’ancien site d’une usine Caterpillar va accueillir la fabrication d’armement.
En cas de crise, les grands capitalistes se refont une santé économique grâce à la guerre. Peugeot, Renault et Citroën ont réalisé de grands profits pendant la Première guerre mondiale. En 1914, lorsque le conflit éclate, la firme Renault se lance à plein régime dans la production de munitions, d’avions militaires et de tout nouveaux chars de combat. Cette entreprise avait apporté un soutien décisif à la boucherie mécanique et atroce qu’a été la guerre des tranchées.
À la fin du conflit en 1918, Renault était devenu le premier fabricant privé de France, et à reconverti ses usines militaires vers la production de voitures. Son patron, Louis Renault, s’est ensuite rapproché de l’extrême droite et a collaboré avec les fascistes. L’histoire semble décidément bégayer.
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