Une mineure de 17 ans enlevée et violée l’an dernier. Alors que les fascistes affirmaient qu’il s’agissait d’un étranger sous OQTF bénéficiant d’une protection médiatique, on vient d’apprendre que le coupable est en fait un policier multirécidiviste

Le 31 janvier 2025, la presse évoque le calvaire d’une adolescente de 17 ans à Nersac, près d’Angoulême. Un agresseur cagoulé l’a enlevée à son arrêt de bus, puis violée dans un bois. Certains médias sont circonspects devant le silence total des autorités, qui ne communiquent pas sur l’affaire. Il n’en faut pas plus pour que la fachosphère s’excite : c’est sûr, le coupable est forcément un étranger. Le compte Fdesouche, fond de cuve à pisse fasciste, s’enflamme et parle d’une affaire «sous embargo médiatique, les autorités refusent de communiquer». Dans le monde parallèle de l’extrême droite, les médias comme Cnews ou BFM auraient dissimulé des faits criminels, alors que c’est littéralement leur fond de commerce.
Les racistes s’en donnent à cœur joie en commentaires : «2 possibilités, un OQTF multirécidiviste ou un gauchiste proche des élus de gauche». C’est bien connu, la police protège les étrangers et les gauchistes, s’ils les matraquent, c’est pour leur bien ? «Encore un francocide comme le dénoncent Z et Sarah Knafo pour Reconquête», «si les médias n’en parlent pas, ça veut dire qu’il s’agit encore d’un OQTF». C’est une inversion totale du réel : dès qu’un crime est commis par une personne sous OQTF – pour rappel, dire «un OQTF» pour désigner une personne ne veut absolument rien dire – les médias jettent au contraire toutes ses informations personnelles en pâture, quand ils ne diffusent pas carrément des informations complètement fausses.
À l’inverse, les crimes racistes et islamophobes sont systématiquement passés sous silence médiatique. Ainsi, quel média a parlé de la chasse à l’homme raciste dans la Creuse en août dernier ? Du meurtre d’Hichem en juin dernier, un coiffeur tunisien, par son voisin raciste ? Du meurtre de Djamel en août 2024, dont la justice refuse toujours de reconnaître le caractère raciste, alors que le tueur lui faisait subir un harcèlement raciste depuis des mois ? Du meurtre d’Ismaël Aali en janvier de cette année ? Du «suicide» de Myriam Sakhri, gendarme d’origine algérienne, qui subissait un harcèlement raciste et dont une trajectoire de balles laissait supposer un tir par une autre personne ? Toutes ces agressions racistes sont en pleine explosion ces dernières années. Mais les autorités et la presse n’en parlent pas, ou en font des brèves dépolitisées.
La vie des personnes racisées ou musulmanes n’a pour eux tout simplement aucune valeur. Mais que se profile à l’horizon une opportunité d’instrumentaliser des violences sexuelles, et la machine se met en branle. En octobre 2024, Philippine, 21 ans, est retrouvée violée et assassinée. Il s’avère que le criminel avait non seulement déjà été condamné pour viol, mais qu’il est ressortissant marocain. Les médias, à l’unisson, ont mis en lumière l’affaire plus que tous les autres cas de féminicides des derniers mois, imposant l’idée mensongère que les viols seraient majoritairement commis par des étrangers. En 2025, 164 femmes ont été tuées en raison de leur genre. Mais seuls les meurtres commis par des étrangers intéressent les médias.
Des groupes néofascistes ont même récupéré le décès de Philippine pour organiser des manifestations dans plusieurs villes de France. Eric Zemmour est monté au créneau pour soutenir les manifestations alors qu’il est lui même accusé de viols et d’agressions sexuelles par 8 femmes. Ses livres sont de véritables déchainements misogynes, dans lesquelles il dit clairement qu’il considère les femmes comme inférieures.
On trouve aussi, derrière les mobilisations pour Philippine, le groupuscule Nemesis qui se proclame «féministe identitaire» et arpente les plateaux télé pour affirmer que le problème principal des femmes serait l’immigration. En novembre 2021, on retrouvait Nemesis avec des groupes fascistes armés qui attaquaient une manifestation féministe à Paris. Ce collectif, proche de Génération identitaire, milite avec Adrien Lasalle, militant d’extrême droite lyonnais, arrêté pour avoir poignardé deux hommes en juillet 2022 et mis en cause pour viol. Le 24 septembre 2021, une étudiante de «l’école» privée d’extrême droite créée par Marion Maréchal Le Pen, l’ISSEP, avait porté plainte contre lui. La plaignante indiquait qu’il l’aurait agressée chez elle et avait ensuite dénoncé le «harcèlement moral» de l’ISSEP pour la faire taire.
Vous l’aurez compris : l’extrême-droite ne sera jamais du côté des femmes. Les violences dont elles sont l’objet de manière systémique ne les intéressent que s’il y a matière à servir leur agenda raciste. La preuve : aucune réaction suite à l’annonce du profil du violeur de l’adolescente, qui est loin de leur fantasme.
Il a fallu un an pour que, enfin, le nom de l’agresseur d’Angoulême soit connu : il s’agit d’un policier, appréhendé mardi après l’agression d’une femme de 60 ans. L’individu de 45 ans a également reconnu cinq autres agressions contre des femmes âgées de 18 à 61 ans. Aujourd’hui policier-instructeur, il a passé des années à la Brigade Anti Criminalité (BAC).
L’embargo médiatique se comprend tout à coup : les autorités voulaient simplement protéger l’un des leurs. Comme toujours, les alertes ne manquaient pas : «Il était devenu incontrôlable, la hantise, c’était qu’il finisse par se servir de son arme» raconte un de ses collègues. Que faisait-il en liberté s’il était reconnu comme dangereux ? Plusieurs alertes avaient été lancées en raison de son caractère agressif envers les jeunes et les manifestant·es. Ainsi, le viol de l’adolescente aurait pu être évité si les policiers violents n’étaient pas systématiquement protégés par leur direction. Que l’État et la police soient reconnus complices de ce crime.
Le 19 juin dernier, Disclose en partenariat avec L’œil du 20h de France 2 révélait le résultat d’un an d’enquête des journalistes Leïla Miñano, Sarah Benichou et Sophie Boutboul sur les violences sexuelles commises par les forces de l’ordre. Résultat : elles avaient recensé au moins 429 victimes, et 215 agresseurs. «Flic, violeur, assassin», le slogan entendu en manifestation n’a jamais été aussi justifié.
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