Interdiction des réseaux sociaux pour les moins de 15 ans : bientôt la fin de l’anonymat en ligne ?


Explications sur la nouvelle offensive macroniste contre les libertés numériques


Un ado tient un smartphone dans ses mains : bientôt la levée de l'anonymat l'empêchera d'aller sur les réseaux sociaux.

La France sera-t-elle le premier pays d’Europe à empêcher tout anonymat sur les réseaux sociaux ? C’est en tout cas la voie qui est empruntée ces derniers jours, avec le vote d’une loi visant à «interdire les réseaux sociaux aux moins de 15 ans» votée par les députés d’extrême droite, les macronistes et leurs alliés du PS.

Commençons par démonter le prétexte : avec cette loi, Macron prétend vouloir «protéger la santé mentale des adolescents». Son recours systématique au mensonge n’est plus à démontrer : le gouvernement sacrifie la jeunesse depuis des années. Destruction de l’Éducation Nationale, réduction dramatique de l’accès aux soins psychologiques, mesures de confinement qui ont créé une épidémie de troubles anxieux chez les plus jeunes, précarisation du travail, répression des fêtes et des moments de détente, encadrement militarisé et retour du service militaire… Macron et ses amis n’offrent à la jeunesse qu’un futur sans avenir, sans joie, sans épanouissement, sans perspective. Lorsqu’il prétend vouloir aider les jeunes avec cette loi, c’est évidemment avec des mauvaises intentions.

L’autre argument justifiant ce contrôle du net est la lutte contre la pédocriminalité. Or, nous avons vu toute l’année dernière un Premier Ministre, François Bayrou, qui a littéralement couvert pendant des années un gigantesque scandale d’agressions d’enfants dans un établissement privé de sa propre ville. Plus globalement, les autorités françaises ne font rien pour traiter le phénomène massif et gravissime de pédocriminalité, notamment dans les écoles privées et les services d’Aide sociales à l’enfance gérés par l’État, malgré les alarmes répétées de militant·es comme Lyes Louffok. La pédocriminalité bénéficie par ailleurs d’une impunité massive et d’une absence d’enquêtes sérieuses de la part de la justice. Viser en premier les réseaux sociaux n’a rien d’innocent.

Le 27 janvier, en urgence, une Assemblée Nationale quasiment vide a donc validé la possibilité pour le gouvernement et l’Union Européenne d’exiger une vérification d’identité pour chaque création de compte sur tous les réseaux sociaux. Officiellement, pour vérifier que les utilisateurs et utilisatrices ont plus de 15 ans. Mais en fait, cette vérification touchera tout le monde, quel que soit l’âge.

Comment s’appliquera cette loi concrètement ? Le gouvernement veut imposer une application de vérification d’âge, adossée à la carte d’identité et intégrée à France Identité. Il s’agit du système imposé l’été dernier pour les sites pornographiques : il faut prouver son identité en ligne, en s’appuyant sur les données contenues dans la puce de la nouvelle carte d’identité.

Cette appli serait déjà en phase de test et sera, en cas d’adoption définitive de la loi, proposée gratuitement aux plateformes pour organiser l’interdiction des réseaux sociaux aux moins de 15 ans. En clair, tout est déjà prêt, le fichage est déjà en marche, il ne manquait plus qu’une loi pour généraliser l’outil.

Cela signifie que tous les internautes devront prouver leur identité à un système numérique opaque qui contrôlera tout ce qui est posté, et avec en prime des risques importants de fuites de données. Car nous l’avons vu, les services informatiques de l’État français sont totalement incompétents et ont déjà subi de nombreux piratages massifs au sein de plusieurs services publics. Il y a quelques semaines seulement, un groupe de hackers affirmait avoir volé les données personnelles de près de 4 millions d’allocataires de la CAF.

Cette mesure serait une attaque de plus contre la liberté d’expression en France. Nous avons vu ces dernières années de nombreuses arrestations et poursuites pour des messages de soutien à la Palestine, des publications hostiles au président ou à la police postés sur les réseaux sociaux. Cela renforcerait encore considérablement les possibilités de surveiller et réprimer les publications contestataires. Mais il reste encore des obstacles.

D’abord, le texte doit aller au Sénat et revenir à l’Assemblée pour être définitivement validé puis appliqué. On peut espérer qu’entre-temps, un vrai débat émerge sur ce sujet. Surtout, la Commission Européenne doit elle aussi valider la mesure. Mais celle-ci vient de déclarer qu’elle donnerait son feu vert à la France, et même que la vérification de l’âge sera prochainement obligatoire dans toute l’Union Européenne.

Tout s’accélère donc, et notre pays sert de vaisseau amiral des politiques liberticides en Europe.

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