L’opération aura lieu du mois de février à celui d’avril, et porte le nom d’Orion, l’acronyme d’«Opération de grande envergure pour des armées Résilientes, Interopérables, Orientées vers le combat de haute intensité et Novatrices». Tout un programme.

C’est un immense entraînement à la guerre, en conditions réelles au milieu de la population. Un déploiement militaire massif, dans les villes et les campagnes françaises, pour habituer les habitant·es à voir des soldats se déplacer et tirer dans l’espace public. Pour préparer les esprits. Il est présenté comme «le plus important exercice militaire mené par les armées françaises depuis la fin de la guerre froide».
Les brillants stratèges de l’armée ont même créé un petit scénario pour que leurs soldats se mettent en condition : une guerre fictive contre un pays de l’est nommé Mercure. Une «nation expansionniste qui cherche à déstabiliser son voisin, Arnland», c’est-à-dire la France. Un officier explique qu’il s’agit d’un «scénario d’exercice de l’Otan». L’état major a imaginé une carte de l’Europe avec les pays ennemis, alliés, ou neutres, et les «zones disputées», dans cet exercice grandeur nature. Mais ce n’est pas un simple jeu de piste : Orion «incarne cette montée en puissance de la guerre invisible à l’affrontement de haute intensité» explique la presse. Il a pour «objectif de préparer les armées aux situations les plus complexes, dans des environnements hybrides contestés». Les officiers parlent aussi «d’envoyer un message». À qui ?
Ainsi, pendant 2 mois à partir de la mi-février, des milliers de soldats français mais aussi venus de 14 pays européens, asiatiques et américains, seront déployés en armes en France, parmi nous. Et notamment près de Nantes. Des «opérations amphibies et aéroportées» sont annoncées dans la région de Saint-Nazaire, pendant 21 jours, avec plus de 10.000 soldats. Des marins, des parachutistes, 350 véhicules, 20 avions de guerre et 400 drones sont prévus. Un pognon de dingue, alors que la France subit un plan d’austérité aussi violent qu’injuste. C’est donc un exercice conjoint du militarisme français et de l’OTAN chez nous, pour accoutumer les esprits. Que faire ?
La population de Saint-Nazaire, ville presque entièrement rasée pendant la seconde guerre mondiale, occupée par les nazis jusqu’en mai 1945, durablement traumatisée, verra-t-elle d’un bon œil ces milliers de soldats sur son sol ? La ville sera-t-elle bouclée et confinée pour permettre aux uniformes de s’entraîner ? On ne le sait pas encore.
Quoiqu’il en soit, l’armée sature tous les espaces. En plus d’une guérilla marketing dans les médias, sur les réseaux sociaux, dans la presse et sur les panneaux de publicité, elle organise depuis trois ans, à l’échelle de villes entières, des spectacles grandeur nature. Car l’opération qui aura lieu à Saint-Nazaire n’est pas la première.
Vendredi 27 juin 2025, à Carcassonne. 800 militaires et une centaine de véhicules blindés jouaient à la guerre dans les rues de la cité médiévale. Les militaires s’entraînaient au milieu des passants en condition réelle, tirant à blanc, comme dans une guerre urbaine. «C’est vraiment une manœuvre de combat, de guerre, dans un scénario de haute intensité, et il est important, je pense, que les Français se rendent compte que leur armée est prête» expliquait un colonel qui ajoutait : «C’est le type de conflit que l’on commence à rencontrer à Gaza, en Ukraine ou au Soudan». Voilà l’horizon qui nous est proposé. La presse osait parler d’un exercice «rassurant», alors même que des photos montraient une mère et sa fille terrifiées au milieu de soldats en position de tir.
En mars 2023, 7.000 militaires mettaient en scène une bataille dans la ville de Cahors. Les soldats en équipement complet devaient attaquer des positions, sauter en parachute sur des cibles, tenir les ponts de la ville avec des mitrailleuses… Au milieu de la population. Une opération présentée comme «inédite depuis trois décennies», qui avait pour but assumer de frapper les esprits. Un conditionnement par le spectacle du bruit des bottes.
Ces exercices sont une provocation de plus, mais surtout une étape supplémentaire vers la marche à la guerre. Ne nous y habituons pas.
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