Gilets Jaunes tabassé·es dans un Burger King : 7 ans après les faits, des CRS au tribunal


Neuf policiers sont jugés pour violences aggravées et encourent jusqu’à 7 ans de prison et 100.000 euros d’amende


Dans un Burger King de Paris, des Gilets Jaunes tabassés par des CRS.

Les images avaient fait le tour du monde, démontrant la férocité de la répression subie par les Gilets Jaunes. Le 1er décembre 2018, pendant l’acte III du mouvement, une bande de CRS entrait dans une enseigne Burger King au cœur de Paris, après avoir inondé la rue de lacrymogènes, et avaient passé à tabac pendant de longues minutes les personnes qui s’y étaient réfugiées. Une scène de violence gratuite et d’une brutalité inouïe, envers des personnes désarmées et pour certaines en train de vomir, levant les mains en l’air à l’arrivée des policiers.

La stratégie de défense des flics mis en cause, dans le cadre de leur procès pour violences aggravées, est comme souvent dans des affaires de violences policières particulièrement ignoble. Prétextant un climat de «guérilla urbaine», les fonctionnaires parlent de coups «nécessaires et proportionnés» se risquant cependant à évoquer «un manque de lucidité». Un euphémisme quand on se penche sur la réalité de l’enquête : un manifestant, au sol, a reçu 27 coups de matraque par plusieurs fonctionnaires.

Dans une enquête complètement sabotée par la hiérarchie – les policiers mis en cause ont même reçu, après les faits, des évaluations élogieuses, des lettres de félicitations et des promotions – les justifications des CRS apparaissent complètement hallucinantes. «C’est étrange que cet individu qui est frappé ne se lève pas pour sortir. Il a une technique zadiste et il attendait les coups, la résistance passive. (…) On crie sans arrêt ‘dégagez, dégagez, debout, dégagez’. Les manifestants restent au sol».

Au premier jour du procès qui démarrait ce lundi, 7 ans après les faits donc, les prévenus ont eu la bonne idée de se rendre à l’audience en tenue de maintien de l’ordre, et non en civils. Face à l’indignation des parties civiles, qui dénoncent «une stratégie de communication», le président de la chambre les a immédiatement rappelés à l’ordre, avant de les renvoyer se changer aux vestiaires. Les neuf policiers peuvent même bénéficier tranquillement du soutien d’environ 50 de leurs collègues venus les soutenir. Une attitude de meute qui en dit long sur l’omerta générale dans les rangs de la police française.

Pour Arié Alimi, avocat de deux des victimes, le mouvement des Gilets Jaunes a entériné une bascule dans le paradigme du maintien de l’ordre. Cette affaire, «dossier phare» de la répression policière du mouvement «marque un retournement de la communication sur les violences policières et illustre la brutalisation du maintien de l’ordre». Si cette impunité caractéristique de l’après 2018 a été rendue possible, c’est en grande partie du fait de la stratégie de déshumanisation mise en place par les ministres de l’intérieur successifs, qui assimilent en permanence manifestant·es et terroristes en puissance.

Cette inversion de l’origine de la violence, en plus de dissimuler la vraie violence sociale des réformes néolibérales, s’articule avec l’absence totale de réponse judiciaire, le délai des procédures et la mauvaise foi manifeste de l’IGPN et consorts. Le président du tribunal, perspicace, évoque «un mauvais signal» au sujet des 7 années écoulées entre les faits reprochés et le jugement. Au moins 23 Gilets Jaunes ont été éborgné·es par des gardiens de la paix à l’hiver 2018.

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