Insolite : Le Figaro modifie ses articles de manière orwellienne et Médiapart s’en prend à Contre Attaque


Alors que la normalisation du néo-nazisme vient de franchir des caps historiques, le parti des médias attaque LFI avec une violence sans précédent


L'article du Figaro avant et après modification, et l'extrait de Médiapart qui tape sur Contre Attaque, qui ferait des insinuations complotistes. Le parti des médias en guerre contre Mélenchon et assimilés.

L’instrumentalisation de l’antisémitisme n’a jamais été aussi flagrante, décomplexée, obscène. Le 19 février, la candidate de LR à Marseille reprend à son compte la devise de Pétain, «travail, famille, patrie». Aucune condamnation à l’encontre de ce parti de droite. Deux jours plus tard, des saluts nazis sont filmés dans une procession d’extrême droite à Lyon. Aucune polémique et, pire, les médias présentent le défilé comme «familial et bon enfant». Quelques jours plus tôt, l’intégralité des députés français avaient rendu hommage à un authentique néo-nazi. Au même moment, Aurore Bergé qualifiait LFI «d’anti-France», reprenant là encore une expression pétainiste. Il y a un an, un autre salut nazi retransmis dans le monde entier, celui d’Elon Musk, pour célébrer l’arrivée au pouvoir de Trump était banalisé dans les médias français. Avant cela, Macron rendait hommage à Pétain, qualifié de «grand soldat», et Gérald Darmanin tenait des propos antisémites dans un livre évoquant le rapport de Napoléon aux juifs français. Nathalie Loiseau, figure macroniste qui tweete compulsivement contre Mélenchon, a commencé son militantisme au GUD, syndicat fasciste et antisémite.

On pourrait continuer ainsi indéfiniment. De la même manière que les puissants ne condamnent la «violence» que lorsqu’elle vient de la gauche, ils semblent voir de l’antisémitisme partout, sauf là où il est vraiment.

Il n’y a plus un mois, plus une semaine, plus un jour sans une nouvelle campagne calomnieuse contre la France Insoumise. Couvertures de magasines traitant le parti de «fasciste» ou de «danger pour la République». Procès en radicalité, en violence ou en antisémitisme. Meute de chiens enragés sur les plateaux de télévision aboyant en vase clos. Énième livre mensonger publié par un éditeur sous contrôle de Bolloré. On peut reconnaître une victoire à Mélenchon : d’avoir réuni l’ensemble du parti médiatique, celui de la bourgeoisie économique et de tout le spectre politique contre lui.

Hier sénateur socialiste ennuyeux, il s’est imposé comme le centre de la vie publique française, comme une véritable obsession irrationnelle. Jamais, sans doute, un homme politique n’avait connu pareille diabolisation. Pas même Jean-Marie Le Pen, authentique fasciste, tortionnaire et antisémite maladif, lui qui avait fondé un parti avec des Waffen-SS et des pétainistes.

Ironie de l’histoire, c’est François Mitterrand, quand il était président, qui a organisé la promotion médiatique de Le Pen. Au début des années 1980, le dirigeant socialiste avait demandé personnellement à la chaîne Antenne 2 de donner la parole au candidat fasciste, que personne ne connaissait à l’époque. Son objectif était de faire monter le FN afin de «diviser» la droite. En 1981, le Front National comptait moins de 300 adhérents et recueillait 0,18% des suffrages. En 1988, Jean-Marie Le Pen faisait 14,38% des voix. Le PS est doublement responsable de la montée du FN : en abandonnant les classes populaires et en générant une médiatisation artificielle du parti fasciste. Quatre décennies plus tard, maintenant que le PS a repris et appliqué de nombreuses mesures du programme du Front National quand il était pouvoir, il est aussi le parti le plus virulent contre la France Insoumise.

Mais venons-en au fond : Jean-Luc Mélenchon serait «antisémite» et «complotiste» pour avoir ironisé sur le nom d’Esptein, que les médias français ont prononcé «Epstine», tout en inondant le public d’articles trompeurs présentant le pédocriminel comme étant un agent russe.

Les propos ont été tenus le 26 février lors d’un meeting à Lyon, dans lequel Mélenchon a aussi fait l’éloge de la résistance antifasciste et appelé à déboulonner une statue de Saint-Louis, roi de France qui avait mis en œuvre des politiques antisémites durant son règne. Il a également rappelé que des groupes d’extrême droite ont tenté, par deux fois, de l’assassiner ces dernières années. Ces extraits auraient pu être montrés dans les médias, mais cela n’aurait pas servi le narratif anti-LFI. Aucun d’entre eux n’a été diffusé, il fallait isoler uniquement la partie sur Jeffrey Epstein.

On pourrait en rire, mais c’est dramatique. Les médias, de Médiapart à Valeurs Actuelles, ont rédigé plus d’articles en deux jours contre Mélenchon qui prononce le nom Espstein que sur l’affaire elle-même : les liens entre le pédocriminel et les élites françaises, le refus de Yaël Braun-Pivet d’ouvrir une commission parlementaire sur le sujet, les victimes de ce réseau en France, ses commanditaires et complices… Il y aurait matière à mener de grandes enquêtes sur l’un des scandales sexuels et politiques les plus effroyables de ce début de siècle. Mais il valait mieux se focaliser sur Mélenchon. Une manière de détourner les regards du sujet principal, de faire oublier l’incurie médiatique ?

Sur la forme, le chef des Insoumis a, une fois de plus, donné du grain à moudre à ses ennemis, alors qu’il faut être d’une netteté implacable dans la période. Oui, il est important de dénoncer le traitement médiatique lamentable d’Epstein. Oui, il faut, comme nous l’avons fait à Contre Attaque, évoquer les liens du richissime pédocriminel avec les intérêts israéliens et étasuniens plutôt que de faire comme si cela n’existait pas. Pour autant, il ne faut rien céder qui puisse jouer sur l’ambiguïté. Surtout pas dans la période.

Ceci étant posé, depuis un mois, ce sont différents grands journaux qui ont eux-mêmes longuement épilogué sur les manières de prononcer le nom Epstein, de 20 Minutes au Figaro en passant par Cnews, et personne n’y a vu quoi que ce soit d’antisémite. Le Figaro justement, a modifié son article en urgence. La première version de cette publication intitulée «’Ep-chtajn’ ou ‘Ep-stiin’ : comment bien prononcer le nom de Jeffrey Epstein ?» expliquait le 15 février : «En français, il devrait, en théorie, se prononcer formellement… ‘Ep-stin’. Cependant, cette prononciation ne s’entendra jamais : naturellement et même s’il n’existe aucune règle formelle, les Français auront tendance à reprendre la formulation à l’allemande. De même qu’en France, l’on dit le physicien ‘Ein-chtajn’ (pour Einstein) ou le pianiste ‘Rubin-chtajn’ (Rubinstein)».

Juste après le meeting de Mélenchon à Lyon, Le Figaro se déchaînait contre la France Insoumise, et modifiait discrètement son article : «Insister sur la terminaison en ‘ein’ d’un nom à la façon yiddish renvoie souvent à la judéité d’une personne». Selon le premier article, Mélenchon n’est pas antisémite, selon la nouvelle version, il le devient. Questionner cette prononciation était valable il y a deux semaines, cela devient suspect aujourd’hui. C’est orwellien.

Le Figaro aime modifier ses articles. Dans un éloge de Quentin Deranque, le journal de droite avait par exemple écrit que le Bastion social, un groupe néofasciste ultra-violent et dissout dans lequel militait le néo-nazi défunt était un «groupuscule nationaliste tourné vers l’aide humanitaire». Après que des lecteurs aient rappelé les différentes condamnations de membres du Bastion Social pour des violences gravissimes, Le Figaro avait «retouché» l’article.

Pendant ce temps, Médiapart hurle avec les loups, et s’en prend même à Contre Attaque. Le 27 février, le site publie un article intitulé «Complotisme et antisémitisme : Jean-Luc Mélenchon scandalise la gauche». Première erreur déontologique de nos confrères de Médiapart, qualifier le Parti Socialiste et François Ruffin de «gauche», et prétendre qu’il y aurait une unanimité à condamner la France Insoumise.

Dans l’article, le journaliste écrit : «Dans cette digression, Jean-Luc Mélenchon insinue que les médias français, en adoptant cette prononciation anglophone, ont cherché à faire ‘diversion’ par rapport aux ramifications de l’affaire en France. […] Une insinuation complotiste que d’autres ont déjà faite à gauche, particulièrement dans les sphères alternatives sur Internet. C’est le cas par exemple du site Contre Attaque».

Nous regrettons que Médiapart ne parle de notre petit média indépendant que pour cogner dessus, surtout en ce moment. Mais nous ne retirons rien à ce que nous avons écrit. Contrairement à la plupart des médias, nous avons listé un faisceau de preuves liant Epstein à divers services, notamment israéliens. Jeffrey Epstein lui-même, dans ses échanges, y compris avec Ehud Barak, ancien dirigeant israélien, ne laisse pas de place au doute. Nous dénonçons par ailleurs aussi les liens des réseaux Epstein avec l’extrême droite suprémaciste, aux USA comme en Europe. Quel est l’objectif de Médiapart en s’en prenant ainsi à Contre Attaque ?

Selon nous, le «complotisme» consiste davantage à voir la main de la Russie derrière tous les maux plutôt qu’à enquêter sur des pays alliés de la France et du bloc occidental. Mais l’accusation de «complotisme» a été tellement dévoyée ces dernières années pour imposer les narratifs du pouvoir et discréditer toute pensée divergente qu’elle a été vidée de son sens. Elle est même devenue un compliment, tant le conformisme a gagné.

Camarades journalistes de Médiapart, ne hurlez pas avec les loups quand l’hiver arrive. Notre ligne éditoriale n’a jamais été mélenchoniste, mais nous savons où sont nos ennemis mortels. Et ils ne se trouvent pas à la France Insoumise. Ne perdons pas notre boussole.

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