Insolite : ce politicien d’extrême droite cite Orwell pour critiquer l’antifascisme


George Orwell n’est pas seulement un auteur visionnaire, il s’est engagé contre le fascisme les armes à la main


François-Xavier Bellamy, le patron des "Républicains" qui ose citer Orwell pour critiquer l'antifascisme.

On le savait, la vérité historique et la droite n’ont jamais fait bon ménage. Après tout, la droite française n’a jamais été autre chose que le camp de la contre-révolution, du pétainisme et de toutes les régressions sociales. François-Xavier Bellamy, chef de file des Républicains, vient d’en faire la démonstration.

Le 1er avril, le député Raphaël Arnault sortait de son silence prolongé pour dénoncer les violences fascistes. Sa prise de parole en vidéo était partagée par Jean-Luc Mélenchon, qui saluait le «courage» de son collègue. C’est là que le politicien François-Xavier Bellamy, habitué des saillies réactionnaires, entre en scène, en répondant : «Orwell lui-même n’aurait pas réussi à imaginer ce tweet».

Pas de chance, George Orwell était viscéralement antifasciste. Il avait même combattu l’extrême droite les armes à la main. En 1936, le général Franco à la tête de troupes fascistes lance un coup d’État contre le gouvernement de gauche en Espagne. Son armée, aidée par Mussolini et Hitler, commet un véritable carnage et tente d’anéantir la révolution espagnole dans le sang.

Mais à cette époque, la solidarité internationale était bien vivante. Des milliers de militants et militantes de toute l’Europe rejoignent spontanément les combats, au sein de brigades internationales. George Orwell, jeune auteur britannique ayant démissionné de l’armée coloniale anglaise et devenu explorateur des bas fonds de la société, en fait partie. Il quitte l’Angleterre pour la Catalogne. L’antifascisme n’est pas seulement un slogan, il s’incarne en actes.

Lui qui est libertaire, il s’engage dans une milice liée au parti marxiste anti-stalinien POUM, le Partido Obrero de Unificación Marxista. Il se retrouve sur le front en Aragon, dans des conditions très dures, contre les franquistes, avant de retourner à Barcelone où il assiste aux affrontements entre les staliniens et les révolutionnaires, en plein déchirement du camp républicain. Renvoyé au front, il est blessé par un tir à la gorge en 1937, et doit être exfiltré clandestinement vers la France, puis l’Angleterre. Pendant ce temps, en Espagne, les communistes autoritaires répriment les anarchistes. En 1939, Franco remporte la guerre civile et installe sa dictature pour plusieurs décennies.

Orwell gardera de cette expérience terrible, toute sa vie durant, une colère intacte contre tous les totalitarismes, fascistes comme staliniens. Il dénoncera sans relâche la destruction du langage et l’autoritarisme. Aujourd’hui, dans notre époque de grande confusion et de dystopie, il est réutilisé à toutes les sauces, souvent dépolitisé, et son message se retrouve même dans la bouche de ceux qui auraient été ses pires ennemis.

S’il était tombé dans une embuscade lancée par des néo-nazis, Orwell se serait bien évidemment défendu avec ses camarades. Lui qui a littéralement traversé les frontières pour combattre des fascistes les armes à la main, au péril de sa vie.

Orwell dénonçait l’inversion des mots et la dépossession du réel. La diabolisation de l’antifascisme et la réhabilitation du nazisme par des pans toujours plus larges de la classe politique en font partie. S’appeler «Républicain» quand on piétine la République et que l’on s’allie avec les héritiers de Franco et de Pétain aussi.

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