Plus de 50 collectifs ou «groupements» ont été dissous par Macron, un record absolu

« Front de rue » : un nouveau collectif antifasciste dissout
Mercredi 3 juin Maud Bregeon, porte-parole du gouvernement, annonçait après le conseil des ministres dissoudre plusieurs organisations par décret, dont le collectif lillois « Front de Rue ». Après le Groupe Antifasciste Lyon et Environs – GALE – en 2022 et la Jeune Garde en 2025, c’est la troisième organisation antifasciste visée par une procédure de dissolution sous le second quinquennat Macron.
« Front de rue » s’engage partout où il y a nécessité à faire reculer l’extrême droite et se revendique de l’autodéfense populaire. Ce sont des organisations vitales face à la montée des violences d’extrême droite dans ce pays. Mais le gouvernement a choisi son camp. Prononcer la dissolution d’un collectif antifasciste quelques jours avant la date de l’anniversaire de la mort de Clément Méric et après la descente armée de hooligans néo-nazis niçois en plein Paris à la fin du mois de mai est une infamie. C’est à se demander s’il ne sera pas bientôt interdit de critiquer le fascisme en France ?
Une mesure autoritaire et extra-judiciaire
Une dissolution devait être, en principe, une mesure exceptionnelle visant les ligues armées d’extrême droite. Les «dissolutions administratives» apparaissent dans les années 1930 dans un contexte de montée du fascisme dans toute l’Europe.
Le 6 février 1934, les ligues attaquent le parlement. Des scènes d’une violence inouïe se déroulent devant l’Assemblée. L’émeute fait plusieurs morts. En 1936, Léon Blum est lynché en pleine rue par des royalistes aux cris de « mort aux juifs ». Il est sauvé in-extremis par des ouvriers d’un chantier du voisinage. C’est pour se « protéger » de cette menace d’extrême droite que la République se dote à l’époque d’un outil extra-judiciaire pour démanteler un groupe ou une association. On sait maintenant que cette mesure administrative s’est montrée inefficace pour contrer la montée du fascisme, mais qu’elle se révèle hautement liberticide.
Un siècle plus tard cette procédure, initialement destinée à «barrer la route au fascisme», est appliquée contre l’antifascisme, par un retournement vertigineux. De Gaulle avait déjà utilisé cette procédure extra-judiciaire contre les organisations d’extrême gauche ou anti-colonialistes, mais en 2021 la «Loi séparatisme» votée à l’Assemblée est venue changer encore un peu plus la nature de la dissolution.
Elle permet de dissoudre non pas les associations qui «menaceraient la République» ou qui seraient des «milices de combat», comme c’était le cas en 1936, mais tout groupement «incitant à la violence contre les biens et les personnes», ou qui serait considéré de manière très floue comme «anti-républicain». Visant d’abord les collectifs musulmans et pro-palestiniens, les dissolutions frappent désormais de plus en plus de groupes militants.
Depuis 2017, plus de 50 « groupements » ont été dissous par les différents gouvernements Macron, un record. Aujourd’hui, cette mesure est utilisée contre l’ensemble du mouvement social. La dissolution de « Front de Rue » est une nouvelle attaque contre le camp antifasciste et nous nous devons de les soutenir. Faire front, faire bloc contre la bourgeoisie ensauvagée et les milices fascistes semble plus que jamais nécessaire.
Photo : un graffiti de soutien au groupe Front de rue, aperçu près de Nantes
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