Chronique de la guerre de classe : des canons à neige miniaturisés et des chambres glacées pour le «bien être» en plein désert

Cela fait longtemps que les possédants font sécession : les 1% des plus riches polluent autant que les deux tiers de l’humanité, et les 10% des plus fortunés au monde sont responsables des deux tiers du réchauffement climatique depuis 1990. Ils sont coupables des canicules que nous subissons, tout en vivant dans leurs résidences climatisées. Certains géants de la Tech’ se construisent même des bunkers pour échapper à l’effondrement.
Et pendant que la planète suffoque, les milliardaires se sont trouvés une nouvelle lubie : des igloos d’intérieur. C’est le dernier gadget à la mode : la «snow room» – chambre à neige – symbole d’une opulence sans limite. Les ultra-riches font reculer les glaciers et la banquise mais ils la recréent artificiellement à domicile.
Le New York Times décrit ainsi ces endroits : «Alors que la température ressentie à Frisco, au Texas, dépassait les 38°C, Katelin Schebler se détendait sur un banc dans une pièce aux allures d’élégante chambre froide. Enveloppée dans un peignoir, un mimosa à la main – un verre de champagne mélangé à du jus d’orange – elle écrivait dans son journal sous une douce chute de neige». Cette propriétaire «jointe au téléphone dans son igloo d’intérieur sur mesure» expliquait au journal : «C’est le genre de tempête dont on a envie de profiter».
Ainsi, la «snow room» est l’inverse d’un sauna. Une sorte de chambre froide qui prend des allures de caverne glacée et enneigée, présentée comme un espace «bien être» dans les spas les plus luxueux. Dans certaines d’entre-elles des flocons tombent même du plafond, explique le New-York Times, grâce à des canons à neige miniaturisés.
Ces chambres réfrigérées sont «devenue en deux ans» une «tendance dans les palaces du désert», s’enthousiasme le site Profession bien être, qui liste ces équipements à Dubaï et à Las Vegas, donc en zones arides, mais aussi aux Maldives, archipel particulièrement menacé par la montée des océans. Les concepteurs de ces chambres ont poussé le vice jusqu’à décorer ces espaces de bancs et de sapins enneigés, pour donner l’impression d’être en montagne.
Ce sont deux entreprises qui équipent les maisons, les yachts et les spas de leurs richissimes clients. L’une est italienne, TechnoAlpin, et l’autre étasunienne, Spa Butler : deux spécialistes de la neige artificielle. Les chambres à neige sont disponibles à partir de 130.000 dollars pièce, autant dire une bouchée de pain pour les milliardaires. Parmi les privilégiés qui ont goûté à cette nouvelle folie de l’hyperclasse mondialisée, on trouve Mukesh Ambani, 21ème fortune mondiale, homme d’affaires indien propriétaire du géant de la pétrochimie Reliance Industries, et proche du dirigeant nationaliste Narendra Modi. Ou encore Mohammed Ben Salmane, prince héritier de la pétromonarchie d’Arabie Saoudite, riche à milliards en vendant de quoi asphyxier la planète.
Pendant que la faune et la flore souffrent le martyr à cause des températures caniculaires et que la majorité de l’humanité crève littéralement de chaud, que les hôpitaux et les EPHAD français ne possèdent pas la moindre clim’, les plus grands pollueurs se pavanent en robe de chambre dans les igloos artificiels de leurs villas et navires de luxe.
En 2019, le rapporteur spécial de l’ONU sur l’extrême pauvreté, Philip Alston, décrivait un état «d’apartheid climatique» en ces termes : «Une dépendance excessive au secteur privé pourrait conduire à un scénario d’apartheid climatique dans lequel les riches paient pour échapper au réchauffement, à la faim, aux conflits, tandis que le reste du monde souffrirait». Nous y sommes.
Source : Courrier International
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