Le retour des OGM ? Les NGT, nouvelle offensive agro-industrielle validée par l’UE


Avez-vous entendu parler des NGT, qui signifient «nouvelles techniques génomiques» ? Probablement pas, et c’est pourtant une nouvelle offensive majeure de l’agro-industrie en Europe, imposée sans traçabilité ni débat public.


Des épis de maïs, dont on ne pourra bientôt plus savoir s'ils ont été modifiés génétiquement à travers des NGT.

Les OGM – Organismes Génétiquement Modifiés – ont été stoppés en France il y a près de 20 ans, grâce à des luttes acharnées menées notamment par le mouvement des faucheurs volontaires. En juin 1999, un groupe de paysans et paysannes envahissait un Centre de recherche agronomique et saccageait une serre servant à concevoir du riz transgénique. C’était le départ d’une décennie de mobilisations. À partir de là, des dizaines d’actions de désobéissance civile fleurissaient dans toute la France contre ces OGM : des fauchages collectifs dans les champs, des actions ciblées contre l’agro-industrie, des campagnes. En juin 2005, les faucheurs revendiquaient avoir neutralisé 70% des essais commerciaux en cours dans le pays.

Cela n’était pas sans risque : des dizaines d’arrestations avaient eu lieu, des procès, des condamnations. Il y avait même eu des charges de gendarmes à coups de grenades dans des parcelles contre les faucheurs. Et pendant ce temps, les OGM progressaient : en 2007, 21.000 hectares de maïs génétiquement modifiés étaient semés. Heureusement, le mouvement des faucheurs avait fini par remporter une victoire. En juin 2008, une loi encadrait enfin les OGM en France. En août de la même année, c’est la société Monsanto qui jetait l’éponge, et annonçait dans un communiqué la destruction de ses essais d’OGM dans l’environnement, en publiant un communiqué rageur contre les «obscurantistes».

Ceux qui veulent privatiser le vivant ne reculent malheureusement jamais, et les OGM reviennent aujourd’hui par un moyen détourné. Le 17 juin, le Parlement européen a définitivement adopté une loi autorisant les Nouvelles Techniques Génomiques (NTG, pour «New genomic techniques» en anglais). Il s’agit de modifier, désactiver ou déplacer des gènes à l’intérieur d’une espèce de plantes, ou entre plantes sexuellement compatibles, pour les rendre plus «productives», plus optimisées, ou plus résistantes aux pesticides. Les OGM sont un peu différents, ils consistent à introduire dans l’ADN d’une plante un gène issu d’une espèce différente. Dans les deux cas, la science joue avec le cycle des cultures et la génétique du vivant pour engranger plus de profits.

L’agro-industrie est évidemment très favorable aux NGT, et affirme qu’elles permettront une meilleur «adaptation» au changement climatique. Comme souvent, les responsables du désastres proposent la solution aux problèmes qu’ils ont eux-mêmes créés. Les industriels promettent aussi que l’augmentation des rendements permettra une meilleure «souveraineté alimentaire», alors qu’en France, 43% des surfaces agricoles sont déjà destinées à l’exportation sur les marchés internationaux. Il faudrait au contraire produire différemment et mieux, en s’adaptant aux besoins de la population locale.

L’autorisation des NGT par l’Union Européenne est particulièrement inquiétante, car elle supprime le besoin d’étiquetage et de traçabilité pour ces produits génétiquement modifiés. Concrètement, la vente de ces semences et leurs produits dérivés ne sera pas affichée, contrairement aux produits OGM, qui doivent obligatoirement être identifiables pour les consommateurs. En clair, nous ne pourrons plus choisir de nous alimenter ou non avec des produits non génétiquement modifiés.

Mais le plus grave, le cœur du problème, c’est la privatisation des ressources communes. Ce sont des entreprises privées qui veulent créer de nouvelles espèces, les breveter et les vendre. Pour les agriculteurs il faudrait donc acheter, à chaque saison, de nouvelles semences NGT pour continuer à produire : comme les OGM, cela crée une dépendance totale des cultivateurs et donc des consommateurs vis-à-vis des multinationales. Les grains de blé, de maïs ou d’orge deviendraient des grains spécifiques made by Monsanto et autres agro-industriels.

La Confédération Paysanne alerte sur le risque de dispersion de ces semences modifiées d’un champ à l’autre : «Si des gènes brevetés par ces NTG contaminent nos champs via le vent, les pollinisateurs etc., nous pourrons être mis en procès par ces entreprises pour utilisation illicite de semences brevetées». C’est donc, à terme, le risque de voir toutes les cultures privatisées de fait et contrôlées par des firmes souvent basées aux USA.

Autrement dit, tout l’inverse de la «souveraineté» brandie par les défenseurs des NGT. Une poignée d’entreprises semencières privées, pour la plupart étrangères, aurait «le contrôle quasi total de la chaîne alimentaire» dénonce la Confédération Paysanne, qui parle d’une «aberration agronomique et écologique».

L’application effective de la directive européenne a été reportée de deux ans et s’appliquera à partir de 2028. Il reste donc deux ans pour informer et s’organiser sur ce nouveau front de lutte.

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