Israël tente d’effacer les traces du génocide


Gaza est une immense scène de crime, dans laquelle les tueurs tentent de faire disparaître les preuves


En haut : À Gaza, un bulldozer terrasse des gravats.
En bas : des drapeaux palestiniens recouvrent des cadavres.

«Je crains que les restes retrouvés jusqu’à présent ne représentent que la partie émergée de l’iceberg. Aujourd’hui encore, de nombreuses zones de Gaza où l’armée israélienne est déployée continuent d’être nivelées par des bulldozers, sans aucun respect pour les morts gisant sous les décombres» : c’est le cri d’alarme lancé le 15 septembre par Volker Türk, le Haut-Commissaire de l’ONU aux Droits de l’Homme.

Ce représentant des Nations Unies rappelle qu’on «exhume actuellement, sur des sites pulvérisés par les attaques israéliennes, les restes de ce qui semble être des familles entières» et que «la découverte d’un grand nombre de dépouilles sous les décombres ravive des préoccupations concernant des crimes de guerre et d’autres crimes atroces». Or, l’armée israélienne refuse toujours l’entrée de journalistes et d’observateurs extérieurs, depuis trois ans maintenant, afin d’appliquer son génocide à huis clos. Volker Türk réclame donc, avant qu’il ne soit trop tard, que des enquêteurs internationaux puissent accéder à toutes les zones pour «collecter les preuves».

En effet, des milliers de corps seraient encore sous les ruines, et il est impossible d’évaluer le nombre de disparus. Alors que le bilan officiel des décès reste autour de 70.000 victimes, plusieurs chercheurs estiment que plusieurs centaines de milliers de personnes pourraient avoir été tuées lors de l’anéantissement de Gaza. Mais il est impossible de le démontrer, car il n’y a presque aucun moyen de recherche, et qu’Israël tente de faire disparaître les corps en les broyant sous les décombres.

Malgré cela, des centaines de dépouilles continuent d’être retrouvées. Durant l’été, la Défense civile palestinienne dit avoir extrait 233 corps sous les ruines de 20 bâtiments détruits, dont 74 enfants et 106 femmes. Des familles entières, disparues depuis des mois. Le 6 septembre, les funérailles collectives de 100 défunts ont été organisées, ces corps ayant été retrouvés au Sud-est de la ville. C’est une course contre la montre qui est engagée, car les bulldozers militaires israéliens sont en train de parcourir les zones détruites pour réduire en poussière ce qui s’y trouvait.

Cette pratique est désormais documentée. Le 23 mars 2025, un convoi d’ambulances palestiniennes envoyé pour secourir des civils blessés, et qui était clairement identifié avec des gyrophares, était tombé dans une embuscade israélienne qui avait massacré les 15 secouristes. Puis les véhicules et les corps avaient été enterrés à la hâte par des bulldozers, et l’armée israélienne avait nié le crime. Mais finalement, la fosse commune a été découverte une semaine plus tard, et sur le corps d’une des victimes, un téléphone portable avec les images de leurs morts : des rafales israéliennes pendant 5 minutes ne leur laissant aucune chance.

En décembre 2025, le quotidien Le Monde publiait une enquête sur l’utilisation des bulldozers Caterpillar comme arme de guerre sioniste. Ces derniers ont été utilisés après les attaques militaires autour d’hôpitaux, pour raser les restes de bâtiments, écraser des tentes ou ensevelir des corps, voire des blessés encore vivants.

Des victimes sont également réduites en bouillie par des chars d’assaut, empêchant à tout jamais l’identification et la comptabilisation de la victime, en plus d’être une horrible profanation d’un défunt, empêchant une sépulture. L’organisation Euro-Med Human Rights Monitor – l’Observatoire euro-méditerranéen des droits de l’homme – a documenté l’usage d’un char israélien ayant délibérément écrasé un palestinien dans le quartier de Zeitoun le 29 février 2024 dans la ville de Gaza. L’ONG révélait que la victime avait les mains liées par des menottes en plastique et avait été broyée après avoir été interrogée. Dans certains canaux de communication israéliens, l’image horrible des restes de ce corps humain était diffusée avec des commentaires ironiques et des smileys amusés, selon le média Middle East Eye.

Euro-Med Monitor a recensé plusieurs dizaines de cas similaires, de palestiniens, vivants ou morts, passés sous les chenilles de chars et de bulldozers israéliens.

À la destruction des corps s’ajoute la destruction des registres et de la mémoire. Dès novembre 2023, les Archives centrales de Gaza étaient visées par un bombardement, touchant aussi la principale bibliothèque publique de l’enclave. Ces destructions visent aussi le patrimoine : les mosquées, les églises, les vestiges archéologiques et même les cimetières sont pilonnés et désagrégés à tout jamais.

De telles méthodes d’effacement, des êtres humains mais aussi de leur mémoire et traces officielles, ont été appliquées par les nazis pendant la Shoah : ils ont eux aussi délibérément mis en place des méthodes de disparition des corps pour que le nombre de victimes soit difficile à établir. Entre 1942 et 1944, l’opération Aktion 1005 visait à déterrer les dépouilles jetées dans les fosses communes après les exécutions de masse pour les incinérer, et ainsi dissimuler les preuves qui pouvaient être trouvées lors de l’avancée des troupes soviétiques en Europe de l’Est.

À Gaza : pas de corps, pas de registres officiels, pas d’anciens lieux de vie. Il va devenir difficile de prouver l’ampleur du génocide, et les relais de la propagande sioniste pourront diffuser leur négationnisme.

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