Un appel aux journalistes à «résister» à leur direction

Face à l’extrême droitisation des médias publics, la riposte s’organise. Ces derniers mois, les radios et télévisions d’État ont organisé une grande purge idéologique, viré des humoristes pro-palestiniens, recruté des militants néofascistes comme «éditorialistes», repris tous les narratifs réactionnaires sur l’affaire Quentin Deranque comme sur la Palestine ou les mobilisations sociales, et ils viennent encore de s’illustrer par une censure grotesque.
Le 9 septembre, sur France 5, l’émission La Grande Librairie recevait l’actrice Adèle Haenel, qui était invitée à tenir «une parole totalement libre» dans le cadre d’une séquence intitulée «Droit dans les yeux». La comédienne a donc déclaré, face à la caméra : «L’État d’Israël commet un génocide en Palestine, et la France est complice. N’acceptez pas l’inacceptable. Alors sanctionnez Israël, et libérez la Palestine». Alors que France Télévision présente ce format comme une «carte blanche» offerte à ses invité·es, la séquence d’Adèle Haenel a immédiatement été supprimée. Pire, sur le site de la télé publique, c’est toute l’émission de la soirée qui a disparu. «Droit dans les yeux», mais loin de celui des spectateurs.
Cette censure a provoqué une vaste polémique, mais France Télévision a maintenu sa décision. Alors dans la nuit du jeudi 17 au vendredi 18 septembre, près de Grenoble, un groupe d’activistes d’Extinction Rebellion s’est introduit, en escaladant les clôtures, sur le site d’Ici Alpes, le nouveau nom de France 3, situé à La Tronche. Sur les images mises en ligne par le collectif, on voit des silhouettes noires asperger la façade à grand coups de peinture rouge sang, puis coller des affiches sur le mur : «Adèle dit vrai. France TV censure. Stop génocide».
Enfin, devant le portail d’entrée, des tags inscrits au sol accusent les chaînes publiques de complicité avec le génocide, accompagnés du logo du mouvement. Des tracts ont également été laissés sur place, avant que les activistes filent, sans être rattrapés.

Sur ses réseaux sociaux, le mouvement réclame «une couverture médiatique honnête, impartiale et juste», «la fin de la complicité de l’État français dans le génocide» à Gaza, «la remise en ligne» de l’émission censurée et «le départ de Charles Sapin de France Inter», un sale type d’extrême droite venu du magazine Valeurs Actuelles, condamné à plusieurs reprises pour racisme.
Le communiqué précise néanmoins : «Nous ne visons pas les journalistes en tant que personne. Bien au contraire, nous soutenons celleux qui s’engagent à offrir une information juste, éclairée et indépendante. Nous les enjoignons à engager un rapport de force avec celleux qui bafouent ces principes, et à entrer en résistance». En effet, la direction du pôle médiatique public est entre les mains de macronistes radicalisés qui organisent sur ses antennes la transition vers un gouvernement RN. Espérons que cet appel au sursaut sera entendu.
Images : XR et France 3
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