Piraterie nantaise : retour sur une free party contre la loi RIPOST


Dans la nuit de samedi à dimanche, 400 personnes ont investi par surprise le cœur de la ville de Nantes pour une teuf revendicative


Dans la nuit de samedi à dimanche, 400 personnes ont investi par surprise le cœur de la ville de Nantes pour une teuf revendicative

Face à la répression et la loi RIPOST, le monde de la teuf contre-attaque. Depuis quelques jours, la rumeur courait qu’une free party aurait lieu à Nantes ce samedi 19 septembre. Le jour J, un premier point de rendez-vous est donné à la nuit tombée, place Viarme, aux portes des quartiers bourgeois. En moins d’une heure, plusieurs centaines de teufeurs et teufeuses se rassemblent avant de prendre la direction du lieu de la fête, tenu secret jusqu’au dernier moment. Le cortège passe devant l’hôtel de luxe Radisson Blu, traverse Saint-Nicolas, puis remonte derrière l’Opéra Graslin, jusqu’à un lieu abandonné depuis plusieurs années. Il s’agit de l’ancienne Maison du Peuple, haut lieu des luttes nantaises au cours de la dernière décennie, finalement expulsé en 2021.

L’organisation et le timing sont millimétrés, l’accès au lieu est sécurisé par les participant·es en quelques instants à peine. Le matériel de sonorisation est ensuite installé rapidement, dans les règles de l’art. Ici, pas de sangles pour faire tenir l’empilement de caissons, ces derniers sont directement vissés entre eux. Pas non plus de DJ, mais une clé USB sur laquelle des sets – des performances musicales, qui durent souvent une heure – ont été pré-enregistrés. Le public se prend au jeu et participe tant bien que mal au bon déroulement de la fête. Une superbe ambiance règne, des bolas sont enflammés à quelques mètres du mur de son tandis que les teufeur·ses prennent tranquillement possession des lieux.

Mais moins de deux heures après que les enceintes aient craché leurs premières basses, et malgré une tentative de médiation restée lettre morte, une compagnie de CRS débarque sur les lieux. La topographie est pourtant particulièrement inadaptée à une intervention policière : l’espace, plongé dans le noir quasi-complet, ne dispose que d’une seule sortie, et est cerné par 3 bâtiments qui rendent l’évacuation des gaz lacrymogènes très lente. Rien à faire, vers une heure du matin, plusieurs grenades sont tirées et des policiers en tenue anti-émeute pénètrent sur les lieux. Dans une pagaille totale, des personnes se réfugient sur le toit, tandis que d’autres confondent le bruit des munitions et des LBD avec celui de feux d’artifice.

À grands coups de matraques et de hurlements, les policiers évacuent tant bien que mal les dernier·es récalcitrant·es et commencent à détruire le matériel de son. De petit·es fripon·nes resté·es caché·es sur place racontent à Contre Attaque que les caissons étant vissés et, ne formant qu’un seul bloc, ont donné du fil à retordre à des policiers cherchant désespérément des poignées. Dans les rues alentours, des affrontements avec les forces de l’ordre continuent pendant une heure, avec plusieurs blessé·es à la clé et une interpellation, le tout dans un nuage diffus de gaz lacrymogène. Les beaux quartiers de Nantes auront rarement connu une telle pagaille. Encore une fois, l’intervention policière pour mettre fin à une free party semble avoir causé bien plus de nuisances que la free party en elle-même.

De son côté, le compte X de la police nationale du département de Loire-Atlantique a exhibé le matériel de son qu’elle avait volé comme un butin de guerre. Visiblement très satisfaite de son intervention, les autorités n’ont sans doute pas réalisé que le matériel qu’elles détenaient était de piètre qualité, et était destiné à être saisi. Sur la photo, un joli «Nik la police» dessiné sur un caisson donne un certain charme au trophée.

Sur la photo, un joli «Nik la police» dessiné sur un caisson donne un certain charme au trophée.

Finalement, malgré une répression policière violente, mais prévisible, le monde de la teuf démontre encore une fois sa capacité à surprendre et organiser des pirateries en plein centre-ville.

SOUTENEZ CONTRE ATTAQUE

Depuis 2012, nous vous offrons une information de qualité, libre et gratuite. Pour continuer ce travail essentiel nous avons besoin de votre aide : chaque euro compte !

Les cryptos-fascistes de la Big Tech peuvent supprimer Contre Attaque des réseaux « sociaux » du jour au lendemain, d’un simple clic. Pour renforcer l’autonomie des médias révolutionnaires, il est urgent de se doter de moyens de diffusion indépendants. Tous les 15 jours, recevez nos dernières actualités et bien plus directement sur votre adresse mail en vous inscrivant à la newsletter de Contre Attaque !