6 Octobre, déferlante de la jeunesse : et maintenant ?

Du monde dans les rues aux côtés des lycéen·nes : c'est une déferlante qui a eu lieu ce 6 octobre

Après deux semaines de mobilisations aussi héroïques que violemment réprimées, la jeunesse a relevé la tête. Et tout le pays avec elle. Écrasé par les hausses des prix, les humiliations, les reculs sociaux en tous genres et l’autoritarisme dans tous les domaines, le peuple français semblait terminer cette décennie de macronisme essoré, atone. Comme un boxeur K.O aux yeux vides qui attend qu’on l’achève.

Et puis il y a eu ce soulèvement parti de lycées de banlieue parisienne qui s’est répandu comme une trainée de poudre, et qui transforme la fin du quinquennat en cauchemar pour les puissants. Et en rêve pour toutes les personnes encore un peu vivantes, et qui aspirent à un meilleur avenir.

Ce mardi 6 octobre était un test : après les blocus lycéens spontanés, la foule allait-elle être au rendez-vous ? Une jonction allait-elle s’opérer entre le mouvement lycéen et d’autres secteurs ? La réponse est un grand oui.

Il y avait dans les rues des jeunes et des moins jeunes, des étudiant·es, salarié·es, parents d’élèves et personnels d’enseignement. Pour dire que les lycéens ne sont pas seuls face à la violence d’État, et appuyer leur cri de révolte. Il y avait au moins 450.000 personnes dans les rues selon la CGT. 100.000 a Paris, 30.000 à Toulouse, 25.000 à Lyon et Lille, 20.000 à Nantes, 15.000 à Strasbourg, 8.000 à Brest… Et dans des dizaines d’autres villes et villages. La terreur d’État avait pour but de faire rentrer la jeunesse dans le rang. Elle a échoué.

Plus impressionnant encore, selon l’Union syndicale lycéenne, plus de 1800 établissements ont été bloqués ce 6 octobre, soit quasiment deux lycées publics sur trois ! De même, 90% des universités étaient fermées. En enlevant les universités d’outre-mer et la Corse, 100% des facs en France continentale sont à l’arrêt. Du jamais vu depuis 20 ans. Ce mouvement répond à quelque chose de très profond dans toute une génération.

Un fait remarquable : ce mouvement ne s’est pas déclenché «contre une réforme» ou en «réaction» à quelque chose. Il a son agenda propre, et c’est précisément pour cela qu’il peut aller loin. C’est un mouvement offensif qui veut gagner.

Enfin, ces cortèges ont été globalement très calmes, en-dehors de quelques villes. Un calme étonnant vu la brutalité extrême qui s’est abattue ces derniers jours, et qui aurait tout à fait mérité de déclencher un embrasement généralisé. Depuis trois jours, le gouvernement et les médias avaient annoncé le chaos pour aujourd’hui.

Finalement, c’était une déferlante cadrée. Mais à présent, le gouvernement peut se vanter qu’il a calmé la contestation, qu’elle s’essouffle. En somme, que ça pète ou ne pète pas, le pouvoir aura donc toujours un narratif à son avantage : quand la colère est brulante, elle est criminalisée, quand elle est pacifique, elle est considérée comme vaincue. Nos modes d’action doivent donc reposer sur l’efficacité plus que sur l’avis de nos ennemis sur la lutte. Les organisations lycéennes et étudiantes appellent à une nouvelle journée de mobilisation jeudi 8 octobre pour accentuer la pression.

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