Contribution

Un lecteur nous envoie ce guide en 9 points pour créer une situation révolutionnaire, une réflexion stimulante à la veille du 17 octobre. Ces propositions sont librement inspirées de l’ouvrage «Révolution de notre temps», un recueil d’apprentissages par et pour des partisans de la révolution du XXIème siècle. Il est issu des expériences des soulèvements de la dernière décennie : Gilets jaunes, révolutions arabes, soulèvement au Chili et à Hong Kong, mouvement féministe en Amérique Latine, etc.. vécus par ses auteur·ices.
0. Prendre la révolution au sérieux
Ces derniers jours, le mot Révolution n’a jamais été autant en circulation. Plutôt que juste l’agiter de nouveau comme un fétiche, nous pensons qu’il faut prendre ce mot très au sérieux et alors se poser la question de ce que signifierait réellement une révolution dans ce pays. Pour cela l’expérience de ceux et celles qui ont vécu lors de la dernière décennie de véritables moments insurrectionnels et révolutionnaires en France et ailleurs peut nous aider.
1. Multiplier les fronts
La jeunesse des quartiers populaires a allumé la mèche. Elle a été rejointe par la jeunesse des centres-villes. Les périphéries lancent la révolte mais quand elles ne sont pas rejointes massivement par d’autres fragments des marges et par les dissident·es des centres alors elles ne peuvent pas obtenir de véritable victoire. Le 17 octobre nous offre cette occasion. Si cela n’arrive pas cette révolte, aussi belle et puissante qu’elle aura été, risque – à cause de la fatigue, la répression et l’isolement – de se fracturer sur les murs du pouvoir. Comme les autres avant elles : Gilets Jaunes, révolte pour Nahel ou insurrection en Kanaky.
2. Devenir un peuple révolutionnaire
Le pouvoir va tenter à tout prix d’empêcher notre rencontre car elle le terrorise. Instrumentalisant les actes, les intérêts ou les identités des un·es et des autres. L’union entre les insurgé·es forme un peuple révolutionnaire naissant, qui reste fragile. Car même si nous parvenons à tisser cette union, elle sera menacée dès que les moments d’intensité retomberont. Dans ces moments il faut être capables de nouer des discussions à même de ne pas uniformiser les situations, de travailler les nombreuses contradictions entre les révolté·es, nous rappeler d’où est venue la révolte. Et enfin ne pas oublier nos ennemis principaux, les centres de pouvoir de ce pays : milliardaires, grands médias, bourgeoisie raciste.
3. Mettre les organisations au service du mouvement
Partis, syndicats, organisations révolutionnaires, réseaux, collectifs, etc. tous doivent mettre leurs moyens financiers, matériels, lieux, réseaux sociaux, capacités humaines et visibilité médiatique à disposition de la révolte. Et non pas jouer des coudes pour prendre la direction ou représenter le mouvement alors que personne ne lui a demandé. Une organisation – tout comme les pages ou influenceur·ses des réseaux sociaux – est réellement révolutionnaire quand elle place ses intérêts derrière ceux du mouvement.
4. La force et la légitimité viennent des insurgé·es et des espaces d’organisation dont ils se dotent
Donc des blocages de lycées, les occupations de facs ou de bâtiments, les assemblées de quartiers, des boucles Snapchat. Il nous faut, au côté des espaces déjà existants et de la génération mobilisée, commencer dès maintenant à nous organiser pour construire de plus en plus d’auto-organisation de ce type. Ils sont du pouvoir populaire en germe.
5. Se préparer au choc de notre propre victoire
Nous ne participons pas à ce mouvement comme à une parenthèse joyeuse mais éphémère. Nous essayons d’ouvrir une brèche révolutionnaire pour réouvrir l’horizon. Pour vivre la révolution il faut viser la révolution. Et contrairement à ce que disent les cyniques et les fatalistes, elle n’est pas impossible. Avant les gilets jaunes et le 1er décembre 2018, personne ne pensait que nous pouvions aboutir à une véritable insurrection populaire. Il faut chercher et se préparer à la destitution de Macron et ensuite à la chute du Régime. Pour cela nous devons faire des plans pour agir au cas où une situation aussi exceptionnelle se produit et éviter de rester sidéré·es, comme d’autres l’ont été avant nous. Car ceux qui ne le seront pas, c’est la foule des opportunistes que l’on verra accourir presque instantanément pour profiter à notre place de notre victoire.
6. La chute du régime n’est pas la fin de la révolution
En cas de chute et/ou de vacance du pouvoir, un risque vient des forces (partis politiques, leader auto-proclamé, syndicats etc.) qui tentent déjà d’imposer une solution au rabais pour donner «une issue politique» au mouvement. Politiciens et bourgeois, de droite comme de gauche, préféreront toujours un changement cosmétique et quelques concessions politiques pour conjurer l’avènement d’une révolution qui menacerait réellement leur pouvoir et leurs richesses. Nouvelles élections, liste de mesures, assemblée constituante… les idées sur la table ne manquent pas pour essayer de refermer le plus rapidement possible ce moment. Et quelques années plus tard nous nous retrouverons avec les mêmes visages aux mêmes tables. Il faut donc être capable – tant que le mouvement est fort – de refuser à tout prix ces pièges et viser une révolution qui ne soit pas de façade mais profonde. C’est-à-dire qui s’attaque aux racines du système. Des inégalités, de l’injustice, de l’humiliation.
7. Nous sommes le plan
Plutôt que de prétendre imposer un programme déjà conçu ou un projet déjà écrit par des idéologues, l’avenir de la révolution s’écrit depuis tous ces espaces qui sont issus directement du mouvement, de ses points d’auto-organisation : blocages, occupations, assemblées, ronds-points occupés, etc. Mais pour ne pas se faire voler une fois de plus les suites de la révolte, ils doivent se constituer en pouvoir populaire. C’est-à-dire parvenir à organiser la révolte, mais aussi la vie quotidienne et l’organisation de leurs quartiers et territoires. Et enfin énoncer une voie révolutionnaire depuis le cœur de la révolte pour l’après chute du régime. Ces pouvoirs populaires sont à la fois les moyens et les fins de la révolution.
8. Défendre la révolution
Si nous parvenons réellement à imposer la voix du pouvoir populaire, alors la révolution sera attaquée de toute part. Le plus grand danger réside dans les forces répressives, même si elles simulent provisoirement leur ralliement. Nous n’aurons aucune chance en cas d’affrontement armé, il faut donc chercher le désarmement de l’armée et de la police dès la chute du régime. Occuper les casernes et les commissariats, ne pas leur laisser la possibilité de contre-attaquer une fois un calme relatif revenu. Chercher un soutien international aussi pour empêcher toute répression sanglante.
9. Rupture par insistance
Le pouvoir a rarement été aussi faible et fébrile. Voilà la quatrième révolte de l‘ère Macron. Épuisé par les crises, une classe politique fracturée et une base réduite à peau de chagrin, ce régime est fissuré de toutes parts. Les révolutions profondes sont rendues possibles par des séquences de soulèvements qui rencontrent et dépassent leurs limites, à la recherche d’une rupture par insistance. Nous n’en sommes peut-être pas si loin. Ce moment est une occasion unique de régler nos comptes avec Macron et sa clique. Elle ne se représentera peut-être pas de si tôt. Pour cela nous devons jeter toutes nos forces dans la bataille. Injecter tout ce qui a été construit au préalable et qui a préparé ce moment. Cantines, collectifs, réseaux, connexions, expériences, outils capacités de coordinations etc. Tout doit être mis à disposition du mouvement. Et enfin, il faut accepter de prendre le risque de se jeter dans le vide. Car le futur que l’on nous promet est bien plus périlleux qu’une révolution.
Lucas Amilcar
«Révolutions de notre temps» – La Découverte
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