Vers une interdiction de toutes les initiatives non syndicales, qualifiées de non «légitimes» par le pouvoir

Les centrales syndicales sont-elles condamnées à rester les témoins passifs de la plus grande répression contre un mouvement social de l’histoire de la Cinquième République ? Ou pire, à accompagner l’instrumentalisation d’un régime aux abois sans réagir ?
C’est la question que l’on peut se poser après les dernières déclarations de Macron. Il vient d’annoncer sur France Info que «seules les manifestations organisées à la demande des syndicats seront autorisées samedi». Et à condition de manifester en-dehors des centre-villes, donc sans être vus ni entendus. Bref, des défilés inutiles, pacifiés et encadrés. Il s’agit, de la part du président, d’attaquer une nouvelle fois un droit fondamental, celui d’exprimer ses opinions. Et donc d’un pas de plus dans la dictature.
Le chef de l’État va également réunir un conseil de défense demain vendredi. Qu’est-ce qu’un Conseil de défense ? En période de crise et d’état d’urgence, ce ne sont plus les élus qui détiennent le pouvoir, mais un comité restreint politico-militaire, le «conseil de défense et de sécurité nationale». En France, il rassemble le président, quelques ministres et les hautes autorités militaires. Ce «Conseil de défense» définit les grandes orientations politiques, les opérations de guerre et doit gérer les «crises majeures». C’est donc une poignée de personnes non élues, issues de l’armée et de la police, qui gouverne de facto la France, et qui n’a pas de compte à rendre puisque toutes les réunions ont lieu sous «secret défense». Là encore, la France est le seul pays européen à être doté d’un outil aussi autoritaire.
Revenons aux syndicats : Macron annonce que «la doctrine arrêtée est que partout où il y a une volonté de se regrouper par des gens qui n’ont pas la légitimité, les manifestations seront interdites par les préfet». Sous-entendu : seules les centrales syndicales sont «légitimes», et la jeunesse, les organisations autonomes, les associations et collectifs non syndicaux n’ont aucune légitimité ni droit de s’exprimer. Autrement dit, elles ne sont rien.
Avant le 17 octobre déjà, les autorités invitaient les syndicats à encadrer la contestation qui débordait de partout. Après avoir humilié les organisations syndicales pendant 10 ans, après avoir méprisé les grèves massives contre la réforme des retraites, l’État demande aux «partenaires sociaux» de contenir une révolte qui lui échappe. Ces propos sont un aveu, et sont d’ailleurs insultants pour les syndicats : avec ces déclarations, Macron reconnaît que les initiatives syndicales ne lui font pas peur et le rassurent, alors que les mobilisations en cours le dérangent réellement.
Depuis un mois, la passivité des directions syndicales face aux rafles sans précédent d’enfants – 8.000 mineurs – et aux mobilisations massives et auto-organisées du 17 octobre est stupéfiante.
Nous l’écrivions il y a trois semaines : en mai 1968, les grands syndicats avaient appelé à une grève générale massive le 12 mai suite à l’expulsion de la Sorbonne par les CRS. Contre la répression de la jeunesse, les directions syndicales optaient pour une grève immédiate, alors même que cette répression était infiniment moins pire qu’aujourd’hui. À l’époque, il s’agissait de quelques centaines d’arrestations, qui étaient généralement de simples contrôles au poste, loin, très loin, des milliers de gardes à vue, de violences et de procès expéditifs. Et alors même que les combats de rue et les barricades étaient très importants. En 2026, une seule «journée» a été annoncée le 5 novembre. Réaction hors sol, arrivant avec plusieurs trains de retard, et absolument pas à la hauteur des enjeux. Alors même qu’à la base des syndicats, la colère bout, et que de nombreux travailleurs et travailleuses sont révolté·es par les violences infligées à leurs enfants.
Avec ces nouvelles déclarations, Macron tente de faire des syndicats un outil de maintien de l’ordre. De mettre d’un côté les manifestations dérangeantes, et de l’autre les «partenaires sociaux» qui ne le gênent pas. Il les utilise même comme prétexte aux interdictions systématiques de manifester. C’est pervers.
Les directions de ces organisations vont-elles le laisser faire ? Ou vont-elles le démentir, en assumant un soutien concret au mouvement, par des appels à la grève générale reconductible et expropriatrice dans les prochains jours, comme le stipule la Charte d’Amiens, texte fondateur de la CGT et du syndicalisme français ?
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