Rennes, 24 octobre : une grenade explose dans un salon, un habitant blessé


Plusieurs munitions de maintien de l’ordre ont atteint des appartements ces derniers jours


En haut, un habitant de Rennes face à son parquet explosé par une grenade GM2L.
En bas la fenêtre cassée d'un appartement de Nancy qui a été noyé dans le gaz lacrymogène.

On entend souvent dire que, pour éviter d’être blessé par la police, il suffit de ne pas manifester. Mais même cette petite phrase immonde et culpabilisante est fausse : il arrive de plus en plus souvent que des munitions policières se retrouvent directement dans le domicile de personnes qui ne manifestent pas.

Les photos témoignent de la violence du choc : on voit le parquet boisé d’un appartement fracassé, et une table qui garde les stigmates de la détonation, brûlée par le souffle de la grenade. La munition qui a atterrit dans le salon de cette location rue de l’Alma, à Rennes, est une grenade GM2L, classée arme de guerre, potentiellement mortelle. Les débris et morceaux caractéristiques ramassés par les habitants le prouvent. C’est aussi cette grenade qui a été mise en cause dans la mutilation d’un jeune à Clermont-Ferrand le même jour, et qui a arraché plusieurs doigts à la victime. À Rennes, elle a explosé à quelques centimètres d’habitants qui ne s’y attendaient pas.

Vers 18h20, Benjamin explique auprès de France 3 avoir entendu des bruits dans la rue en bas de chez lui et avoir «voulu voir ce qu’il se passait». Alors qu’il observait les forces de l’ordre faire usage de gaz lacrymogène contre les manifestants en contrebas, il raconte avoir vu une étincelle, une cartouche rebondir sur la vitre avant d’exploser à l’intérieur de son appartement. Maëva, sa colocataire, relate l’apparition instantanée d’un épais nuage blanc : «On n’arrivait plus à respirer». Le jeune homme touché aux jambes et sourd pendant plusieurs secondes s’en sort miraculeusement avec des blessures superficielles.

En effet, la grenade GM2L combine un effet assourdissant et lacrymogène, mais surtout explosif qui peut arracher les membres et projette à très haute vitesse des éclats qui pénètrent dans la chair. Elle contient un «mélange pyrotechnique» de 48 grammes d’Hexocire : il s’agit de l’explosif RDX – cyclotriméthylénetrinitramine – mélangé à de la cire. Le RDX est 1,6 fois plus puissant que la TNT et compose le C4, l’un des explosifs militaires les plus puissant. La GM2L, envoyée en quantité industrielle à Sainte-Soline en mars 2023, est responsable de dizaines de mutilations et de blessures graves.

Le cas de ces deux rennais n’est malheureusement pas isolé, puisque nous avons pu recenser d’autres tirs en direction d’habitations. Dans la même ville, le même jour, un appartement près de la Place de la République reçoit une grenade lacrymogène dans une vitre, qui explose sous le choc. Son habitant, Roman, est encore sous le choc : «Ça aurait pu être mon visage, mes yeux». En effet, au moment du tir, il avait sa tête «presque collée à la fenêtre» car il observait ce qui se passait devant chez lui. Il aurait pu recevoir des éclats de verre ou la munition dans la tête. En allant parler à ses voisins, il constate «que les parties communes sont imprégnées de l’odeur de la lacrymogène».

À Nancy le lundi 5 octobre 2026, lors d’une mobilisation lycéenne, une grenade lacrymogène terminait sa course sur un balcon, cassant au passage une vitre du logement. Les palets ont dégagé un gaz dense, qui s’est engouffré dans un appartement, nécessitant l’intervention de pompiers. Ces munitions sont hautement incandescentes, et auraient pu déclencher un incendie, voire brûler vifs des habitants.

Même chose à Toulouse, où un policier a effectué un tir en direction d’un balcon développant un lourd nuage urticant et suffocant.

De tels gestes sont criminels : le 1er décembre 2018 à Marseille, une octogénaire recevait un tir tendu de lacrymogène dans son appartement, alors qu’elle se trouvait à sa fenêtre au moment d’une manifestation de Gilets jaunes. Zineb Redouane était au quatrième étage lorsqu’elle a reçu la grenade en pleine tête, provoquant son décès le 2 décembre à l’hôpital.

Les fous de la gâchette en uniforme sont donc dangereux pour les manifestants, mais aussi pour n’importe quel civil et pour l’environnement. En juillet 2024, un important incendie se déclarait après des tirs des force de l’ordre dans un champ durant une manifestation contre les mégabassines dans la Vienne. Le 10 septembre 2025 pendant «Bloquons tout» à Paris, des palets lacrymogènes déclenchaient un incendie dans un restaurant coréen, qui avait fini dévasté par les flammes. Plus récemment, dans le Pas-De-Calais et en plein épisode de sécheresse et de canicule, les gendarmes étaient à l’origine d’un départ de feu après avoir voulu empêcher des migrants de traverser la frontière en leur jetant des grenades. L’incendie, qui a eu lieu 12 août, à Dannes, a dévoré 190 hectares, dans une zone classée Natura 2000 et a entièrement détruit une maison.

SOUTENEZ CONTRE ATTAQUE

Depuis 2012, nous vous offrons une information de qualité, libre et gratuite. Pour continuer ce travail essentiel nous avons besoin de votre aide : chaque euro compte !

Les cryptos-fascistes de la Big Tech peuvent supprimer Contre Attaque des réseaux « sociaux » du jour au lendemain, d’un simple clic. Pour renforcer l’autonomie des médias révolutionnaires, il est urgent de se doter de moyens de diffusion indépendants. Tous les 15 jours, recevez nos dernières actualités et bien plus directement sur votre adresse mail en vous inscrivant à la newsletter de Contre Attaque !