Bateau pirate antifasciste, boite d’allumette géante, centre de rétention en flammes, confettis, Macron explosion et déguisements en tout genre. C’était samedi 25 avril, à Rezé, commune du sud de Nantes, pour la 7ème édition du Karnaval sauvage, populaire et autogéré. L’occasion de réitérer le succès festif des années précédentes éditions tout en proposant un évènement politique. La thématique du moment : «Embrasons-nous».
Historiquement, le Carnaval est un moment de défoulement populaire, de révolte, de renversement des valeurs établies. On nomme un faux «roi» temporaire, on se déguise, on inverse les genres et les rôles, on fait la fête et on brûle les idoles. Le capitalisme contemporain a détruit le sens des carnavals, qui sont devenus des processions encadrées, touristiques et sinistres, contrôlées par l’État. À Nantes, le Carnaval officiel a été complètement aseptisé par la mairie : il n’y a plus rien de spontané ni de subversif dans ce défilé entouré de vigiles, dépolitisé et cadré.
Mais à Rezé, c’est cette tradition qui garde toute sa vitalité, en écho aux Carnavals populaires de Marseille, Montpellier et ailleurs. Cette année au sud de Nantes, c’est sous un beau soleil de printemps que des centaines de festivalier·es se donnent rendez-vous. Dès 14h, une foule bariolée, multicolore et pleine de bonne humeur se retrouve dans les rues du quartier Pont Rousseau. Et les participant·es jouent le jeu : plusieurs chars aux thématiques originales fabriqués entre potes, des déguisements loufoques et joyeux, et plusieurs sonos qui crachent de la musique sur laquelle petit·es et grand·es commencent à s’ambiancer.
Comme les années précédentes, les sujets d’actualité et les luttes sociales s’incarnent parmi les festivalier·es, et apparaissent dans des messages parfois discrets, souvent humoristiques, mais toujours avec une vraie portée politique. Précisons que l’événement n’a pas été déclaré auprès de la préfecture ni auprès de la mairie, afin d’en garder le caractère spontané et autonome. Et en l’absence de policiers, tout se passe parfaitement bien.
Une fois la piñata éventrée et cette victoire célébrée par une nuée d’enfants aux mains remplies de bonbons, le cortège s’élance pour une déambulation dans le quartier, menée par un char flamboyant évoquant le feu transformateur sur lequel est inscrit «Embrasons-nous». Tout le quartier semble s’animer au passage du cortège, et pendant que les plus jeunes écrivent à la craie sur l’asphalte, d’autres colorent les murs de graffitis et de slogans. On y retrouve notamment l’appel à la mobilisation «Guerre à la guerre» prévue le 8 mai prochain à Saint-Nazaire.
Comme un clin d’œil à cette prochaine mobilisation, c’est justement place du 8 Mai à Rezé que s’achève la déambulation. Suivant la coutume, les festivalier·es ont alors à cœur d’enflammer leurs chars et d’initier une danse frénétique circulaire, au rythme des caissons sonos qui ambiancent la place. Un feu de joie bienvenu brûle alors pendant plusieurs heures au cœur de la place.
La tombée de la nuit n’entrave en rien l’énergie et la joie des festivaliers·es, et le soleil couchant laisse place à une frénésie de feux d’artifices. Plusieurs centaines de personnes continuent de vibrer sur les rythmes de la techno dans une atmosphère printanière. Un drapeau palestinien est accroché au sommet du mur de son, sous les acclamations de la foule, tandis que des corps sont portés en triomphe au-dessus de la marée humaine.
Photos : Estelle Ruiz et CA
AIDEZ CONTRE ATTAQUE
Depuis 2012, nous vous offrons une information de qualité, libre et gratuite. Pour continuer ce travail essentiel nous avons besoin de votre aide.









