«Pas d’eau, pas de radars» : le slogan est devenu le symbole des revendications faces aux problèmes d’accès à l’eau dans l’archipel et au mépris de l’État français

La Guadeloupe, colonie française des Antilles, vit depuis des années au rythme des coupures d’eau incessantes sur une large partie de son territoire. Pour des milliers de familles, l’eau du robinet ne coule que quelques heures par jour, elle est parfois même coupée pendant un temps indéterminé. Les habitant·es doivent se rationner, les douches se font à l’eau froide et avec des bouteilles, les machines à laver ne peuvent pas tourner. Un calvaire, sur un territoire administré par l’un des pays les plus riches du monde.
La raison ? Un mépris colonial, à mi-chemin entre vétusté délibérée, incidents techniques et manque de moyens. Le système d’eau potable est à l’abandon depuis 20 ans, et des milliers de fuites sont repérées, sans véritable intervention de l’État. Quel département métropolitain accepterait une telle situation ?
Les particuliers sont contraints de réaliser du stockage individuel dans des citernes et endurent des conditions draconiennes pour chaque geste du quotidien, comme utiliser ses toilettes. Le collectif «Nou vlé dlo» – Nous voulons de l’eau en créole – proteste depuis des années maintenant contre cette situation inadmissible, sans réponse du gouvernement. En parallèle, des manifestations et des blocages routiers ont été organisés, et n’ont rencontré que du mépris. Et la question de l’eau s’ajoute aux prix indécents des denrées alimentaires, à la répression, à l’absence de services publics, à la mainmise coloniale des békés sur l’île…
Dans ce contexte, la préfecture de Guadeloupe vient d’installer neuf nouvelles tourelles-radars dernier cri, très coûteuses, le long des routes. Les autorités françaises n’auraient pas de moyens pour acheminer de l’eau potable, ressource vitale, aux administrés guadeloupéens, mais trouvent de l’argent pour installer des radars et fliquer la population. Face à cette nouvelle provocation qui sonne comme un deux poids deux mesures, le mouvement pour l’eau hausse le ton. Ces investissements non-essentiels sont dénoncés sur les réseaux sociaux et par des automobilistes excédé·es au travers du slogan «Pas d’eau, pas de radars». Une publication virale met en parallèle l’achat de ces tourelles à 150.000 euros, alors que la réfection d’un mètre de canalisation coûterait entre 90 et 200€.
Au mois de mai, trois radars flambants neufs ont brûlé en Guadeloupe. L’un d’eux a été incendié seulement deux jours après son installation. En 2020 déjà, 11 radars avaient été détruits en quelques semaines, par le feu ou découpés dans la nuit. À l’époque, le gouvernement se vantait de faire de la Guadeloupe «un département pilote pour l’implantation de ces radars». Pas un département pilote pour les services publics, en tout cas.
«Il faut penser à nos priorités : l’eau, l’ouverture du CHU et l’état des routes» déclare une automobiliste au journal Le Parisien. D’autres guadeloupéens estiment que s’il n’y a pas d’eau, il faut arrêter de payer ses factures, et reprennent le mot d’ordre «pas de service, pas de paiement».
Si l’État français n’arrive plus à rançonner la population à travers ses radars et ses taxes, on peut imaginer qu’il réagira enfin. Et qui sait, peut-être qu’il assurera le strict minimum au peuple guadeloupéen : de l’eau pour vivre ?
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