De premières actions de rébellion contre la techno-surveillance généralisée

Ces dernières années, le secteur de la sécurité n’a cessé de faire son beurre en proposant des technologies toujours plus invasives et liberticides. Rien qu’en matière de vidéosurveillance, entre 2026 et 2033, le marché mondial des caméras devrait passer de 52,8 milliards de dollars à 118,1 milliards de dollars, soit une augmentation de 123,7%. Face à cela, aux États-Unis, des mouvements de résistance à la techno-surveillance généralisée s’organisent.
Désarmements collectifs contre la surveillance par IA
Aux États-Unis Flock, une entreprise spécialisée dans les appareils de vidéosurveillance, propose désormais d’en «finir avec l’insécurité», rien que ça. Ces dernières années, l’entreprise fondée à Atlanta a déployé massivement ses caméras dans tout le pays, en surfant sur la peur et la méfiance. Ses appareils dernier cri peuvent ainsi lire en temps réel la plaque d’immatriculation d’une voiture, mais aussi en détecter la marque, la couleur ou encore identifier précisément les autocollants sur la carrosserie, le tout évidemment agrémenté de l’heure, la localisation et l’endroit exact où le véhicule a été filmé. Des internautes avancent également que ces caméras, supposées filmer seulement les véhicules, capteraient aussi les personnes passant à proximité ou encore les mouvements.
Les données collectées par l’entreprise peuvent ensuite être transférées librement à des organisations gouvernementales ou privées sans autorisation préalable, faute de toute législation encadrant leur usage. En clair, l’entreprise fait littéralement ce qu’elle veut de cette manne d’informations ultra-sensibles, et a par exemple coopéré dans le cadre d’enquêtes de police visant à réprimer des manifestant·es ou encore des femmes ayant eu recours à l’avortement.
Mais face à ces entreprises et leur chantage à l’insécurité, un mouvement citoyen baptisé «Deflock» se propage dans tout le pays et appelle à mettre ce vaste écosystème de surveillance généralisé hors d’état de nuire. Sur TikTok ou Instagram, le hashtag #Deflock comptabilise des millions de vues, des sites répertoriant les emplacements de chacune de ces caméras sont créés, tandis que des utilisateur·ices des réseau sociaux se partagent joyeusement des conseils vestimentaires pour vandaliser des appareils en toute sécurité. Big Brother n’a qu’à bien se tenir.
Les PDG de l’IA ont des adresses
L’Intelligence Artificielle, et l’extractivisme qui va nécessairement avec, sont d’ores et déjà, au bas mot, responsables de dizaines de milliers de morts à travers le monde. En s’accaparant des ressources essentielles – l’eau, l’énergie – dans une planète qui en contient une quantité finie, le modèle économique sur lequel repose l’IA prive mécaniquement des pans entiers de population d’un accès à ces mêmes ressources. Pourtant, les dirigeants de la tech continuent d’être présentés dans les médias comme des «visionnaires», voire carrément les «sauveurs» de l’humanité. Mais face à cette inversion du réel, certains ont déjà compris que l’IA est le problème, pas la solution, et cherchent à lutter directement contre les dirigeants des empires de la tech.
À San Francisco, non loin de la Silicon Valley, c’est donc un jeune homme de 20 ans, baptisé Daniel Moreno-Gama, qui a lancé un cocktail Molotov sur la luxueuse villa de Sam Altman. Persuadé que le développement débridé de l’IA est un «danger existentiel» pour l’humanité, le jeune texan a évoqué devant les enquêteurs le risque d’une «extinction imminente». Bien que la galaxie MAGA ait immédiatement dénoncé une «tentative de meurtre» alors que l’engin incendiaire n’a fait que toucher le portail, ce type de protestation reste avant tout politique et symbolique. D’autant plus au regard de la «maison» dans laquelle vit le PDG d’OpenAI. Sam Altman détient en effet une propriété estimée à 3,4 millions de dollars dans le quartier très huppé de Russian Hill, l’un des secteurs les plus prisés de San Francisco, une villa vraisemblablement saturée de caméras et de gardes armés jusqu’aux dents.
Cette action n’est pas sans rappeler celle de Luigi Mangione, un jeune homme de 26 ans qui avait, en 2024, exécuté d’une balle dans la tête le PDG d’une énorme compagnie privée d’assurance maladie. Lors de son arrestation, la police avait retrouvé sur lui un manifeste qui expliquait son geste et dénonçait les inégalités de soin abyssal : «Je m’excuse pour tout conflit ou traumatisme. Mais il fallait le faire. Ces parasites l’avaient bien mérité». L’occasion pour nous de garder en tête que les dominants, aussi puissants soient-ils, ont toujours une adresse.
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