Une canicule jamais vue avant même le début de l’été : qui aurait pu prédire ?


«Qui aurait pu prédire la crise climatique aux effets spectaculaires encore cet été dans notre pays ?» C’était la question faussement débile et réellement provocatrice prononcée par Emmanuel Macron le 31 décembre 2022, lors de son discours de fin d’année, après une vague d’incendies sans précédent.


Un poisson mort sur un sol écaillé par la sécheresse : qui aurait pu prédire la succession des canicules ?

Nous sommes trois ans et demi plus tard. Nous entrons, avant même le début officiel de l’été, dans la deuxième vague de canicule de l’année. Certaines prévisions anticipent des pics de température jusqu’à 45°C dans le Sud Ouest, et un thermomètre au dessus de 40°C sur la majeure partie du pays. Des records absolus, inédits dans les annales météorologiques, risquent d’être battus, avec la journée de lundi qui pourrait compter parmi les plus chaudes jamais observées en France. L’anomalie thermique moyenne des 7 prochains jours pourrait atteindre 9°C de plus que les normales de saison.

Pire encore, ces chaleurs extrêmes risquent de durer plusieurs jours d’affilée, sans doute au-delà d’une semaine avec des températures au dessus de 30°C. C’est donc un événement qui aura des conséquences catastrophiques pour la vie animale et végétale. La terre et les plantes vont sécher, les animaux souffrir, et le risque d’incendies sera très élevé.

Alors que nous n’avons quasiment pas connu un seul été sans canicule depuis 10 ans, aucun protocole de protection n’est mis en place pour les enfants dans les écoles, pour les nouveaux nés, pour les personnes âgées, pour les travailleurs manuels. Les boulangers, travailleurs du BTP, restaurateurs, ouvriers en usines et dans les entrepôts risquent tout simplement leur vie ces prochains jours s’ils vont travailler. Lors de la précédente vague de chaleur il y a trois semaines, Daniel, 19 ans, est décédé dans la Drôme après avoir travaillé pendant des heures sur un toit, alors qu’il faisait 31°C à l’ombre. Ces prochains jours, il fera 10°C de plus. À combien de morts doit-on s’attendre ?

Et les millions d’habitant·es vivant dans des tours de béton, dont les appartements se transforment en fours et dont la température peine à retomber la nuit ? Oublié·es aussi.

La chaleur prévue par les météorologues pourrait être plus élevée que la grande canicule de 2003, celle qui avait choqué le pays. Un décompte de l’Inserm avait calculé une surmortalité de 19.490 personnes en France cet été là, et 70.000 en Europe. Des corps avaient du être entreposés dans des chambres froides du marché de Rungis, et les hôpitaux avaient été saturés. En 2003, la canicule avait eu lieu en août, et pas dès le mois de juin. Nous sommes 23 ans plus tard, et rien n’a été fait. Alors, «qui aurait pu prédire» ? Tout le monde.

  • Dès 1972, le Rapport Meadows du Club de Rome alerte sur la croissance, l’épuisement des ressources et la pollution.
  • À partir des années 1970, des Sommets de la Terre sont organisées par l’ONU et réunissent les dirigeants du monde entier pour parler du réchauffement climatique et de la biodiversité.
  • En 1979, le scientifique Haroun Tazieff parle à la télévision d’un «effet de serre général avec un réchauffement de 2 ou 3 degrés de la température de l’atmosphère».
  • En 1990 le GIEC, groupe de scientifiques du monde entier, publie son premier Rapport d’évaluation sur le réchauffement climatique. 6 rapports sont parus à ce jour.
  • Depuis 1995 des COP sont organisées chaque année, et réunissent les dirigeants mondiaux pour parler du climat. Il y en a donc eu 31. Sans résultat.
  • En 2002, lors d’un Sommet de la Terre, Jacques Chirac déclare : «Notre maison brûle et nous regardons ailleurs. Le changement climatique nous menace d’une tragédie planétaire. Nous ne pourrons pas dire que nous ne savions pas !»
  • En 2018 Macron fanfaronne devant le congrès américain : «Make our planet great again».
  • En février 2022, le GIEC écrivait qu’il était encore possible de s’adapter au changement climatique «à condition que le réchauffement climatique soit limité à 1,5 ou 2°C».
  • En 2023 le ministre de la transition écologique, Christophe Béchu, déclare qu’il faut «se préparer au pire», c’est-à-dire «préparer notre pays à quatre degrés» de réchauffement, «ça veut dire anticiper beaucoup de changements».

Tout le monde sait depuis plus de 50 ans. Et nos dirigeants ont laissé faire. Pire, ils ont accéléré la fuite en avant. La firme française Total, soutenue par l’État français, poursuit sa recherche de pétrole et ses projets de pipelines, tout en recevant 400 millions d’euros d’aides publiques. Les 65 plus grosses banques mondiales ont accordé 750 milliards d’euros de financement aux entreprises du pétrole, du gaz et du charbon en 2024, contre 612 milliards d’euros en 2023, et plus encore l’an dernier.

Tout le monde pouvait prédire, mais il sera bientôt trop tard pour se soulever.

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