En 2024 Macron parlait d’une «grenade dégoupillée» pour qualifier sa dissolution, dans les mois qui viennent il veut dynamiter les élections

Une nouvelle dissolution de l’Assemblée Nationale juste avant les présidentielles, pour créer un maximum de chaos politique jusqu’au bout de son mandat ? C’est l’hypothèse évoquée par les journaux Le Figaro et L’Opinion le 19 juin. Un député centriste confie : «Autour d’Emmanuel Macron, certains pensent sérieusement que ça peut tous nous sauver car les gens feront un vote responsable. Moi, je pense au contraire qu’elle peut tous les précipiter dans l’abîme». Autrement dit, le macronisme en plein naufrage tenterait un ultime coup de poker doublé d’un chantage électoral de dernière minute pour sauver ses députés.
Cet élu trouve l’idée mauvaise : «Ce sont des malades et ça paraît complètement dingue : l’objectif serait d’empêcher le successeur d’Emmanuel Macron de décider de la temporalité des législatives». Un nouveau coup de force présidentiel, un de plus. «Le Conseil constitutionnel ne pourrait rien dire, d’autant qu’il est totalement à la botte de Macron» estime ce député. Un conseiller ministériel déclare au Figaro : «On mettrait tout le monde sous pression, en tentant un dernier coup tactique ».
L’hypothèse paraît folle, mais elle s’amplifie dans les médias des milliardaires. Sur LCI, l’éditorialiste Christophe Barbier vient de déclarer que «la dissolution d’intérêt général, c’est possible ». Donc déclencher une crise politique pour «notre bien». Ou plutôt, celui du clan Macron.
Si l’on considère la situation avec encore plus de cynisme, cette opération permettrait deux options au président : celui de diriger la France main dans la main avec l’extrême droite, car il espère, avec une dissolution, offrir une majorité au RN à l’Assemblée, et ainsi permettre une transition politique vers le néofascisme. Ou celui invoquer «l’état d’alerte de sécurité nationale», qui vient d’être voté dans la loi de programmation militaire, pour verrouiller la situation et se maintenir au pouvoir au nom de la «crise». Et pourquoi pas un peu des deux en même temps ?
Cette possibilité de nouvelle dissolution avait déjà été brandie en octobre dernier, lors de la ridicule démission puis réinstallation de Sébastien Lecornu au poste de Premier ministre. Hier comme aujourd’hui ces projets d’élections anticipées en urgence, avec une campagne de trois semaines seulement, sur fond de diffamations gigantesques contre la France Insoumise et d’hégémonie médiatique du RN, sont bien évidemment destinés à aider l’extrême droite.
Souvenez-vous au début du mois de juin 2024, Macron créait un chaos politique inattendu : juste avant l’été, au soir d’élections européennes qui avaient vu triompher le RN, il prononçait une dissolution de l’Assemblée. Toutes les conditions étaient réunies : le RN était plus haut que jamais, renforcé par son score aux Européennes, la gauche divisée et défaite, le camp macroniste détesté, les médias en ordre de bataille pour faire campagne en faveur de l’extrême droite et contre la gauche. Tout était prêt, jamais la situation n’avait été aussi favorable au RN.
Le 14 juin 2024, Le Monde révélait cet échange de Macron avec un «grand patron, familier de l’Élysée» qui lui avait demandé à propos de la dissolution : «Pas trop dures, ces journées ?» Réponse de Macron, amusé : «Mais pas du tout ! Je prépare ça depuis des semaines, et je suis ravi. Je leur ai balancé ma grenade dégoupillée dans les jambes. Maintenant on va voir comment ils s’en sortent…» En juillet 2024, la presse révélait même l’existence de dîners secrets entre des macronistes et le Rassemblement National avant la dissolution et les élections, manifestement pour se préparer ensemble à gouverner le pays après la dissolution.
Quelques mois plus tard, Le Figaro confirmait cette hypothèse : entre les deux tours du scrutin, Emmanuel Macron avait secrètement tenté de faire échouer le «front républicain», en appelant directement des candidats du bloc central engagés dans des triangulaires contre le RN et le NFP pour leur demander «de se maintenir» afin de faire gagner l’extrême droite. «Emmanuel Macron voulait une majorité RN. Il a été surpris par l’ampleur du front républicain», confirmait un proche du Président cité par le journal.
Souvenez-vous encore : pendant les trois semaines de campagne législative en 2024, les macronistes avaient cogné de toutes leurs forces contre la gauche, accusée de tous les maux. Le président avait lui-même dénoncé «l’immigrationnisme» du Nouveau Front Populaire, reprenant ainsi les mots et les idées de l’extrême droite. Édouard Philippe affirmait que «aucune voix ne doit se porter sur les candidats de la France insoumise» et répétait que la gauche était le vrai danger. Le Monde révélait que Darmanin aurait validé ces élections organisées en plein été avec ces mots : «Les blédards seront partis et ne voteront pas LFI».
Dans Le Point – pas vraiment un journal subversif – la journaliste Nathalie Schuck avait expliqué comment le chef de l’État confiait à plusieurs membres de son entourage son intention de nommer Jordan Bardella Premier ministre à partir de 260 députés RN, alors que la majorité absolue est à 289. Autrement dit, même sans majorité, le RN aurait obtenu les clés du pouvoir des mains de Macron dès 2024.
On le sait, le plan a échoué : le 7 juillet 2024, le Nouveau Front Populaire avait remporté les législatives. Et pour le coup, il était hors de question de laisser la moindre responsabilité à la gauche, même la plus modérée. Tout s’était arrêté. Il n’était plus question d’urgence, plus question de nommer un Premier Ministre dans la foulée des élections, plus question d’un nouveau gouvernement. Non, Macron appelait à une «trêve olympique», qui a duré presque trois mois. Du jamais vu dans l’histoire de la Cinquième République : un président qui refusait de se soumettre au résultat d’élections qu’il avait lui-même convoquées. Depuis ce coup d’État électoral, trois Premiers ministres de droite radicale ont été nommés et ont imposé des plans d’austérité, la répression est à son maximum, et la France est en crise de régime. Et la présidentielle s’annonce extrêmement tendue.
Aujourd’hui, la propagande pro-RN bat toujours son plein. L’antifascisme est diabolisé comme jamais depuis la Seconde guerre mondiale, et LFI présentée comme un démon absolu. Les instituts de sondage continuent de marteler que l’extrême droite est en tête. Comme en 2024, la classe médiatique est déjà en train de présenter une victoire du RN comme inéluctable.
C’est la nouvelle version de la démocratie. Le camp néolibéral autoritaire orientera les élections et fera voter autant de fois qu’il le faudra pour obtenir un verdict «conforme» à ses attente. C’est-à-dire le fascisme, qui pourra protéger ses intérêts et mettre au pas la population.
Rien ne dit qu’une dissolution aura bien lieu. Les annonces qui fuitent dans la presse sont généralement des «ballons d’essai» pour tester l’opinion, voir comment elle réagit à une annonce choquante. Mais une seule certitude : le clan Macron compte mettre une pression maximale sur les élections, et rien ne se passera comme prévu dans l’année qui vient.
Dans un tel contexte, attendre gentiment les élections présidentielles serait irresponsable pour notre camp. Il faut construire dès maintenant un mouvement de rue de masse, capable de nous défendre face à l’extrême droite mais aussi de mettre sous pression un éventuel gouvernement de gauche si, par miracle, il gagnait. Car en face, la bourgeoisie radicalisée est prête au pire.
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