Phase finale de la fascisation et de l’inversion des valeurs

La France est en train de faire sa transition d’une démocratie de façade à un régime autoritaire de plus en plus assumé. Dernier exemple avec le nouveau «Défenseur des Droits» : cette fonction ne servait pas à grand-chose, mais elle faisait croire qu’il existait encore un peu de pluralité et de contre-pouvoirs au sein des institutions. C’est fini. Le gouvernement vient d’y placer François-Noël Buffet, un néofasciste proche de Retailleau.
D’abord, de quoi s’agit-il ? Le «Défenseur des Droits» est une autorité «chargée de défendre les droits des citoyens», créée par Nicolas Sarkozy en 2008. Ça démarrait mal dès le début. Ce fonctionnaire remplaçait notamment la CNDS – la Commission nationale de déontologie de la sécurité – une autre institution dont le rôle principal était de publier des observations «indépendantes» sur les violences policières, mais que personne n’écoutait.
Le «Défenseur des Droits», c’est la même chose. Il est nommé par le président, n’a aucun pouvoir, aucune influence, ne prend aucune décision. Il rend des rapports, souvent intéressants d’ailleurs, mais qui finissent immédiatement à la poubelle. Par exemple, Jacques Toubon, ancien ministre de droite, a été «Défenseur des Droits» de 2014 à 2020, et il a pris son rôle au sérieux. Il a plusieurs fois dénoncé l’usage des armes de la police, les discriminations, la répression des manifs, les violences d’État dans les quartiers… Juste avant de quitter son poste, il a même rendu un long document dénonçant la totalité du «maintien de l’ordre» à la française. Qu’est-ce que ça a changé ? Absolument rien. Au contraire, durant son mandat, la police s’est militarisée et le racisme a augmenté. Un autre exemple : il avait exigé le retrait des LBD de l’arsenal policier. Dans les années qui ont suivi cette «préconisation» officielle, le nombre de mutilations par cette arme a explosé.
Pour le remplacer, Macron a nommé Claire Hédon, journaliste et juriste. Dès son entrée en fonction en 2020, elle expliquait à la radio : «Je n’aime pas ce terme général de [violences policières] qui voudrait accuser l’ensemble de la police». Pas terrible, elle parlait comme un préfet. Mais elle aussi a rendu plusieurs rapports accablants sur la répression française. Ce 8 juillet, elle a rendu un document sur la répression de Sainte-Soline en mars 2023. Claire Hédon y explique que «les autorités ont adopté une logique de confrontation ayant conduit à un lourd bilan humain, tant parmi les manifestants que parmi les gendarmes» et exige des sanctions contre «l’ensemble de la chaîne de commandement». Très bien, mais ça n’aura pas lieu, puisque Laurent Nunez a assumé à 100% et à plusieurs reprises le carnage de Sainte-Soline, même après la diffusion de vidéos de gendarmes en train de tirer sur la manifestation en s’écriant : «T’en crèves deux-trois, ça calme les autres», «Je compte plus les mecs qu’on a éborgné !», «faut les tuer», ou encore, en criant de joie : «Il l’a mis en pleine tête». Interrogé sur ces enregistrements, Nunez avait littéralement déclaré que c’était «proportionnel» selon lui, autant dire qu’il n’y aura jamais la moindre punition.
Cette fonction était donc cosmétique, elle faisait joli. Elle servait à montrer que, quand même, en France, l’État n’est pas monolithique et tout puissant. Mais même ça, c’était trop. La «défense des droits» aussi doit être réduite à néant. Macron a donc placé à la tête de cette institution un militant néofasciste, en guerre contre tous les droits humains : François‑Noël Buffet.
Appartenant à l’aile radicale du parti LR, Buffet a toujours été animé d’une fibre raciste. Dès 2006, il dirige une «mission d’enquête sur l’immigration» préconisant des expulsions massives. Il est ensuite nommé par Sarkozy comme chargé de l’immigration au sein du parti. Proche du clan Fillon, il manifeste contre le mariage homosexuel en 2013, avec toute la droite homophobe et religieuse. Il est hostile à l’IVG, aux droits LGBT+, et partisan d’une répression plus dure. Au Sénat, il soutenait encore récemment avec «force» une loi pour exclure les femmes musulmanes des compétitions sportives.
L’an dernier, François‑Noël Buffet était Ministre des Outre-mers, rattaché au ministère de l’Intérieur de Bruno Retailleau, celui qui appelait à liquider l’État de droit. Il y a recruté un conseiller «asile et intégration» issu de l’extrême droite, et a appelé à renforcer massivement les moyens des forces de répression dans les colonies françaises, en particulier en Kanaky et à Mayotte.
Après la mort de Nahel, Buffet réclamait «un renforcement des capacités de production des munitions et des armements de la filière industrielle ainsi qu’une augmentation des quotas de munitions des armes de force intermédiaire, ainsi que des armes classiques» pour violenter toujours plus la population. À ce titre, il a œuvré pour un «contrat stratégique de la filière des industries de sécurité», un cadeau aux producteurs d’armes du maintien de l’ordre. Il a aussi participé au «Beauvau des polices municipales», pour donner plus d’armes et de pouvoir à ces unités.
François‑Noël Buffet incarne ainsi tout ce qui va mal en France, toute la fuite en avant sécuritaire, raciste, l’intolérance et la fascisation du pays. Les macronistes trouvent ça formidable. Une soixantaine d’associations signalent que la carrière de cet homme est «marquée par plusieurs prises de position contraires aux droits fondamentaux», et une pétition contre sa nomination recueille des dizaines de milliers de signatures.
Pour autant, s’agit-il d’une provocation ? Ou simplement de la logique d’inversion totale qui prévaut dans tous les domaines. La gauche est accusée d’être antisémite quand les héritiers des nazis sont dédiabolisés. Les antifascistes sont traités de fascistes. Les mafieux et les évadés fiscaux sont placés aux plus hautes fonctions économiques. Ce gouvernement écocidaire se prétend «responsable et durable». Les plus grands des voyous portent des uniformes et des costards. Et donc logiquement, on installe un «Défenseur des Droits» qui veut les dynamiter.
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