Les racistes qui nous gouvernent se donnent bonne conscience en pointant du doigt le Paraguay : une opération de blanchiment.

Depuis plusieurs jours, l’équipe de France, et en particulier son capitaine Mbappé, subit un torrent de propos négrophobes de la part de responsables politiques et de citoyens du Paraguay, mais aussi du reste de l’Amérique Latine. La sénatrice à l’origine du scandale multiplie les provocations, en organisant des conférences de presse et des discours toujours plus ignobles. Une manière d’exister médiatiquement, et probablement de gagner du crédit dans son propre pays. Car oui, malheureusement, le racisme paie électoralement.
Dans le même temps, en France, cet épisode donne lieu à une extraordinaire opération de récupération de la part de la classe politique et médiatique. Ceux qui propagent à longueur de journée des idées haineuses, appliquent des lois xénophobes ou dissolvent les organisations anti-racistes, se donnent bonne conscience en dénonçant une sénatrice quasiment inconnue à l’autre bout de la planète. Ils font ainsi croire que la France serait un paradis de tolérance en comparaison.
Rappelons d’abord qu’il y a 7 millions d’habitants au Paraguay, et qu’aux dernières législatives en France, 8,7 millions de Français ont voté pour le RN. Le fait qu’il y ait, en nombre, plus d’électeurs d’extrême droite dans notre pays qu’au Paraguay devrait d’abord nous inciter à plus de modestie – ce qui n’enlève en rien la gravité du racisme latino-américain.
Ce qui choque, surtout, c’est le bal des hypocrites.
Sur le podium du foutage de gueule, on trouve Bruno Retailleau, qui pérore sur les plateaux télé que «Kylian Mbappé a raison», que les propos de de la sénatrice «sont intolérables» et que «c’est le modèle républicain français qu’elle attaque». C’est le même homme qui a passé toute sa carrière à installer un climat rance, en particulier quand il était au gouvernement. ll a parlé de «français de papiers», vieille expression de l’extrême droite, mais aussi de la «régression ethnique» des descendant·es d’immigré·es ou encore asséné que «l’immigration n’est pas une chance».
Retailleau a littéralement organisé des rafles policières. Il a aussi affirmé dans le Journal du Dimanche que «l’État de droit, ce n’est pas intangible, ni sacré». Une déclaration néofasciste pure et dure. Bruno Retailleau a aussi salué le «combat» du groupe Nemesis devant le Centre de réflexion sur la sécurité intérieure. Il a déclaré que les statistiques ethniques ne devaient pas être utilisées pour la «discrimination positive», donc que la discrimination ne pouvait qu’être négative. Et c’est ce monsieur qui sort les violons sur la «République», en tentant de se faire passer pour ce qu’il n’est pas. Avec Retailleau, la famille de Mbappé n’aurait jamais pu vivre en France.
Macron également a partagé le message d’indignation de la star du foot, en publiant ce message : «Un but de plus pour Kylian Mbappé. Contre le racisme cette fois. Tout mon soutien.» C’est pourtant lui qui applique de larges pans du programme du RN, qui démantèle des organisations antifascistes, musulmanes ou pro-palestiniennes, vote la loi dite «séparatisme», organise une chasse aux abayas et aux imams ou parle de «rabzouzes» pour désignez les maghrébins…
Encore plus ironique, la sénatrice raciste, Céleste Amarilla, appartient au Parti libéral radical authentique – PLRA. Ce mouvement paraguayen fait partie de «la fédération mondiale des partis politiques et organisations citoyennes libérales», qui compte 104 partis du monde entier. Et on y trouve… le groupe Renaissance ! Donc le mouvement de Macron. La droite raciste et ultra-libérale latino-américaine appartient à la même coalition internationale que le gouvernement français.
La Fédération Française de Football, de son côté, affirme lutter «contre le racisme et toute forme de discrimination» alors qu’elle a interdit aux joueuses musulmanes de porter le voile et aux joueurs musulmans de jeûner, et qu’elle a rappelé à l’ordre les joueurs de football qui dénoncent le RN. Son ancien président Noël Le Graët estimait que «le phénomène raciste dans le sport, et dans le football en particulier, n’existe pas ou peu» après que Neymar, joueur brésilien recruté par le PSG, se soit plaint d’injures racistes.
Quand Kylian Mbappé expliquait qu’il avait failli arrêter de jouer pour l’équipe de France après avoir reçu des tonnes d’insultes racistes suite à la défaite de la France lors de l’Euro, il exprimait le fait qu’il n’avait pas été soutenu par Noël Le Graët : «Je lui ai bien expliqué que c’était par rapport au racisme et NON au penalty. Mais lui considérait qu’il n’y avait pas eu de racisme…»
De même, plusieurs ministres macronistes, comme la ministre des Sports Marina Ferrari, s’est dite «scandalisée» après les propos «abjects» et «racistes», mais elle ne s’oppose pas aux mesures discriminatoires dans les fédérations sportives ou lors des Jeux Olympiques. Comme Jean-Noël Barrot, ministre des affaires étrangères, qui sort les trémolos : «Le racisme est une tumeur de l’âme humaine, la bêtise transformée en haine». Dans la bouche de celui qui couvre le génocide à Gaza, les fascistes israéliens et l’impérialisme étasunien, ces propos laissent un goût amer.
Clou du spectacle, même l’extrême droite bleu blanc rouge joue un numéro antiraciste. Bardella retweete le message d’indignation de Mbappé. Pourtant, il lui tirait dessus quand le joueur soutenait la famille de Nahel. Sur Cnews, l’éditorialiste Marc Menant ose même déclarer que la réaction d’Emmanuel Macron contre le racisme lui «paraît un peu faible, alors que le capitaine de l’équipe de France a été humilié». C’est la même chaîne qui répand la xénophobie et l’islamophobie quotidiennement, et qui n’a pas hésité à salir les joueurs comme Mbappé quand ils prennent position contre l’extrême droite. La même chaîne remettait en cause la nationalité du joueur. C’est aussi sur cette chaîne que l’élu insoumis Bally Bagayoko a été comparé à un singe des propos d’une ignominie comparable à ceux du Paraguay.
Derrière ce numéro écœurant, toute la galaxie des réactionnaires de notre pays se rachète une image, prétend dénoncer le racisme lointain pour mieux faire oublier le racisme ici. C’est une opération de blanchiment, sans mauvais jeu de mot.
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