Canicule sur les pelouses et orgie pétrolière

«Le compte à rebours du coup d’envoi du match avec Aramcoooo» criaient les speakers dans les stade avant les matchs de la coupe du monde aux USA. Le logo de la firme s’affichait en permanence le long des terrains, dans les tribunes et sur des écrans géants. Mais en France, peu de gens connaissent Aramco. Il s’agit pourtant de la première compagnie pétrolière au monde par sa production. L’entreprise basée en Arabie Saoudite gère la quasi-totalité des ressources d’hydrocarbures de la pétromonarchie. Selon le «Climate Accountability Institute», les émissions de gaz à effet de serre engendrés par Aramco s’élèvent à 59,26 milliards de tonnes d’équivalent CO2 depuis 1965, soit la plus haute contribution aux gaz à effet de serre sur cette période, toutes entreprises confondues.
En plein chaos climatique, c’est donc le pire pollueur de la planète qui s’est offert une page de pub gigantesque pendant des semaines, auprès de milliards de spectateurs. En échange, Aramco aurait versé entre 75 et 100 millions de dollars à la FIFA.
Et le géant pétrolier compte bien continuer à capitaliser sur le foot : il construit actuellement le stade Aramco en Arabie Saoudite, prévu pour accueillir la Coupe du Monde 2034 dans la péninsule arabique.
Par une cruelle ironie, cette compétition sponsorisée par des écocidaires, dans le pays le plus émetteur de gaz à effet de serre du monde, a elle-même souffert du réchauffement climatique. Durant toute la compétition, la chaleur était suffocante dans les stades, au point de mettre en danger les sportifs et le public. L’organisation mondiale représentant les footballeurs professionnels – la FIFPRO – estime qu’au delà de 26°C, il faut des mesures de refroidissement renforcées, et qu’à 28°C, la température présente un danger nécessitant un «report ou une programmation» des matchs. Comme le capitalisme digère tout, la FIFA s’est contentée d’organiser des «pauses fraicheurs» qui ont permis de rajouter de la publicité, et de générer toujours plus d’argent. Mais cela ne durera qu’un temps : dans les décennies à venir, les championnats ne pourront sans doute plus avoir lieu en été.
En attendant, sur 104 rencontres sportives de la Coupe du Monde 2026, près de 30% des matchs ont dépassé 28°C, et ont donc «connu des conditions de chaleur dangereuses». 27 matchs au total, qui présentaient un risque de coups de chaleur élevé pour les athlètes, c’est-à-dire une surchauffe du corps au delà de 40°C en cas d’effort physique, pouvant entraîner la mort. Lors du match entre la France et le Paraguay, qui a eu lieu en plein après-midi, les températures ressenties ont dépassé les 40,5 °C. C’est un miracle que tous les footballeurs en soient sortis indemnes.
Faudra-t-il assister à des malaises ou des morts de sportifs de haut niveau en direct pour que les grandes compétitions capitalistes arrêtent de servir d’écran publicitaires aux rois du pétrole ?
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