«Rendez-vous compte» : ils se moquent de nous plutôt que de démissionner

Il existe des pays comme le Japon, où les dirigeants ont la politesse de démissionner voire de se suicider quand ils ont commis une grosse erreur et mis en danger la population. Et puis il y a la France, avec sa classe politique sans foi ni loi, où un Premier Ministre ricane à la télévision à propos de sa gestion criminelle d’une catastrophe climatique.
«Le gouvernement a dû affronter une motion de censure de LFI et des écologistes parce qu’il faisait chaud, rendez-vous compte» : voilà, ce sont les propos moqueurs tenus le sourire aux lèvres par Sébastien Lecornu sur LCI, samedi 29 août au soir. Il était interrogé sur le prochain plan d’austérité qu’il compte infliger aux français, alors qu’il n’a ni majorité ni légitimité. Et il expliquait que l’opposition du Parlement ne lui fait ni chaud ni froid, car il a déjà surmonté la motion de censure déposée pendant l’été par Les Écologistes et La France insoumise. Cette dernière avait été rejetée alors que le pays traversait la pire crise climatique de son histoire.
Quand Lecornu dit qu’il «faisait chaud», on parle d’environ 10.000 personnes tuées par les vagues de canicules successives. Les services de l’État ont mesuré une surmortalité de 4.185 personnes en juillet par rapport à l’an dernier. En ce qui concerne le mois de juin, Santé Publique France comptabilisait «un excès de 5.764 décès». Les chaleurs extrêmes ont emporté une dizaine de milliers de vies, et cela devrait être LE sujet de la rentrée.
Selon Le Parisien, les chambres funéraires étaient saturées en Île-de-France, et ne pouvaient pas faire face à l’afflux de cadavres, en grande partie retrouvés dans des appartements surchauffés. Ce qui devrait être considéré comme un drame humain majeur, et devrait avoir des conséquences politiques, est balayé par le Premier ministre qui ironise.
Plus de 100.000 hectares de forêts ont brûlé a cause des mégafeux, en particulier dans le Sud-Ouest, et des dizaines d’autres incendies ont aussi eu lieu partout dans le pays, jusqu’aux portes de Paris et sur les côtes bretonnes. Des villages ont été dévastés. Les pompiers ont hurlé leur manque de moyens tout l’été, alors que le gouvernement a annulé des crédits pour acheter des Canadairs. Là encore, un tel scandale aurait dû provoquer la chute du gouvernement. Il n’en a rien été.
Dans les hôpitaux, les chambres sont devenues des fournaises et des mouroirs. Au CHU de Bordeaux, les syndicats dénonçaient des températures qui dépassaient 36°C dans des chambres de réanimation. Dans cet établissement comme dans de nombreux autres, le personnel a scotché des couvertures de survie sur les fenêtres, pour tenter de freiner un peu la chaleur avec les moyens du bord. Le personnel des écoles s’est également rué en juin sur ces couches de plastique réfléchissant. Ni dans la Santé, ni dans l’Éducation, le gouvernement n’avait pris la moindre mesure pour assurer la santé du personnel et des usagers ! Encore un choix criminel.
Même chose chez les particuliers : ruée sur les couvertures de survie et fenêtres badigeonnées de blanc de Meudon, une peinture à la craie, effaçable, pour atténuer un peu l’impact du soleil dans les logements. Aucun plan sérieux d’isolation des maisons, aucune mesure de protection des plus précaires dont les habitations sont des passoires thermiques. À la clé de ces choix politiques : des morts.
La production agricole s’est effondrée, et des millions d’animaux sont morts. Les organisations agricoles parlaient déjà au milieu de l’été de 30% de pertes pour le maïs, plus de 20% pour la récolte de légumes frais, des baisses massives pour les carottes, les oignons, et autres produits de base. Une possible pénurie alimentaire ? Lecornu rigole.
Dans les élevages, c’était aussi l’hécatombe. Une surmortalité de 200% constatée chez les porcs et 45% chez les bovins. La chaleur et la sécheresse ont provoqué une diminution de la production laitière. Des millions de volailles sont mortes de chaud, représentant des milliers de tonnes de cadavres. Les usines d’équarrissage chargées de détruire les corps d’animaux étaient en surcharge, et l’État autorise les éleveurs à enterrer les dépouilles dans la nature. Et c’est sans compter la faune sauvage : des millions de poissons morts dans les cours d’eau et étangs, des oiseaux foudroyés par la chaleur, etc. La moitié des petits cours d’eau étaient à sec, un choc irréparable par endroits. Lecornu se marre.
Ce monsieur ne devrait pas sourire mais s’excuser platement et quitter son poste. Après 10 années de Macron, aucun objectif de diminution des gaz à effet de serre n’a été tenu, aucun plan écologique n’a été appliqué : ces choix ont mis en danger la population.
En juin 2004, une journée de travail supplémentaire non payée était mise en place pour, soi-disant, financer des mesures contre la chaleur et pour protéger les plus vulnérables aux canicules. 22 années ont passé. 32 canicules et «vagues de chaleur» ont été recensées depuis l’an 2000. Elles ont tué des dizaines de milliers de personnes en France. La «journée de solidarité» a permis à l’État français de récolter entre 47 et 57 milliards d’euros. Comment cette somme énorme a-t-elle été utilisée ? Mystère. Aucune communication n’est réalisée. Lecornu pas plus que les autres ne l’explique. En tout cas, ces milliards n’ont pas servi à climatiser les hôpitaux, ni ouvrir des lits ou recruter du personnel, ni à isoler les logements. Ça aussi, c’est un scandale d’État.
Depuis 2022, le groupe macroniste à l’Assemblée a voté contre les mesures pour l’adaptation au changement climatique, main dans la main avec l’extrême droite, empêchant toute avancée. Pire, le gouvernement a criminalisé et réprimé dans le sang toutes les luttes écologistes, allant jusqu’à les qualifier «d’éco-terroristes».
Rendez-vous compte : le Premier ministre ricane plutôt que de se cacher.
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