Trois pompiers sont morts en tentant d’éteindre les feux ces derniers jours. Plusieurs ont été mutilés par la police ces dernières années.

167.000 personnes ont été évacuées en urgence dans le Sud-Ouest de la France ces dernières heures, c’est le plus grand déplacement de population depuis la Seconde Guerre mondiale dans notre pays. Le méga-feu qui dévaste la Gironde a parcouru près de 40.000 hectares en trois jours, quatre fois la superficie de Paris. Malgré une mobilisation massive des pompiers, les flammes progressent sur une végétation asséchée, vers la métropole de Bordeaux. Si la situation n’est pas contenue, il faudrait alors évacuer des centaines de milliers de personnes. Pourtant, la catastrophe était annoncée. Et les soldats du feu alertent depuis des années. Désormais, ils sacrifient leurs vies.
Deux sapeurs-pompiers sont décédés le 21 juillet 2026, pris au piège dans un incendie près de la commune de Mérignac. Le 8 juillet, un pompier volontaire de 22 ans avait été tué alors qu’il luttait contre un feu en Savoie. Derrière ce bilan humain déjà tragique, les pompiers inhalent des fumées toxiques en grandes quantités, qui causent des brûlures, des irritations, et augmentent les risques de maladies cardiovasculaires et de cancers. Ils subissent également depuis des semaines des conditions de travail éprouvantes. Le président de l’UNSA-Pompiers dénonce : «On a des gardes de plusieurs jours, 24h sur 24. Certains collègues sont lessivés, ils sont envoyés en renfort d’un département à l’autre». Cette fatigue accumulée augmente le risque d’accident, dans une situation déjà très difficile.
Pire, les pompiers luttent face aux effets du chaos climatique sans avoir les moyens nécessaires. «Il manque plus de 300 camions-citernes» alertait un syndicat de pompiers il y a quelques jours dans les médias. Après les incendies, déjà terribles, de l’année 2022, Macron avait fait des belles promesses : un «pacte» pour remplacer les véhicules vieillissants. Mais «la perte de 1000 engins entre 2004 et 2020» n’avait pas été compensée par les commandes, estime Sébastien Delavoux de la CGT. Un autre pompier syndicaliste interrogé par 20 Minutes expliquait que les vieux camions étaient même devenus dangereux, puisqu’ils «ne correspondaient plus aux normes minimales de sécurité pour protéger les sapeurs-pompiers à bord». Il manque aussi des avions : la France ne compte que 20 bombardiers d’eau, dont 12 Canadair vieillissants et 8 avions Dash. C’est moins qu’en Espagne ou en Italie, alors que le territoire forestier est plus étendu en France.
Malgré toutes les alertes de la profession, les pompiers ont systématiquement été méprisés, et même réprimés par le gouvernement Macron. Le 15 octobre 2019 à Paris, les pompiers organisaient une grande manifestation pour réclamer des moyens et des salaires décents. La répression policière avait été d’une extrême violence. Après de nombreuses charges, en fin de manifestation, un pompier avait été éborgné par un tir de grenade. Le choc a été tellement fort que le projectile avait cassé la visière de protection et touché l’œil, expliquait un pompier proche du mutilé : «Mon collègue était à côté de moi, il a levé la tête et il a pris un éclat de grenade sur le casque. Il est tombé à terre tout de suite, on l’a soutenu et on a appelé les collègues pompiers de Paris. C’était la panique totale». La victime, sapeur-pompier professionnel du Service départemental d’incendie et de secours de Dijon, garde des séquelles à vie.
Nicolas, un autre pompier qui était venu en aide à un de ses collègues qui avait fait un malaise à cause des gaz, avait reçu un tir de balle en caoutchouc dans la jambe à très courte distance. Un tir totalement gratuit, causant une plaie saignante et 11 jours d’ITT. Quelques jours plus tard, Nicolas avait fait connaître sa colère et son indignation par une vidéo, très partagée sur les réseaux sociaux. En représailles, il avait été immédiatement mis à pied. Le policier qui lui avait tiré dessus n’a jamais été inquiété.
Le 28 janvier 2020, même scénario : des dizaines de grenades explosives jetées contre les pompiers, des blessés innombrables, des nasses et des arrestations. Et toujours aucun respect pour les revendications. Malheureusement, cette répression ne date pas du mandat de Macron.
En 2013, les pompiers manifestaient à Grenoble pour de meilleures conditions de travail. La police chargeait et tirait des balles en caoutchouc. Quentin, soldat du feu, avait perdu un œil. Le 16 juillet 2010 à Nice, lors d’une autre manifestation de pompiers, un policier avait été photographié en train de mettre en joue des pompiers en tenue, désarmés, avec un lanceur de grenade à très courte distance. Il aurait pu tuer quelqu’un.

Hier ignorés et réprimés, aujourd’hui envoyés en première ligne, les pompiers sont la chair à canon du capitalisme fossile. Pendant ce temps, les vendeurs de pétrole ne risquent rien.
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