« Révolution des flamants roses » et massacre écologique : le projet du clan Trump va-t-il faire tomber le régime albanais ?


En Albanie, le mouvement contre le projet hôtelier de luxe ne faiblit pas


Voici deux mois qu’une contestation populaire d’ampleur secoue l’Albanie. Elle est née le 31 mai 2026 en opposition au méga-projet touristique de luxe de Jared Kushner, promoteur immobilier et gendre de Donald Trump. Ce milliardaire, fanatique sioniste et soutien du génocide en Palestine, veut transformer une partie du littoral de l’Adriatique en vaste complexe hôtelier sur la péninsule de Zvërnec, près de la ville de Vlora et de l’île de Sazan. Kushner s’était déjà illustré en proposant de construire « une Riviera », station balnéaire pour riches, sur les cendres et les gravats de Gaza.

Le projet faramineux de 4,5 milliards de dollars prévoit de s’accaparer 1400 hectares de terres albanaises pour les bétonner. Le danger de voir l’artificialisation d’un espace naturel protégé a mis le feu aux poudres dans ce petit pays des Balkans. À cet endroit se trouve une zone humide servant d’habitat aux flamants roses et d’autres espèces menacées. Les protestataires nomment leur mouvement « la révolution des flamants rose » en référence à cet oiseau emblématique de la péninsule.

Depuis des semaines, le mouvement monte en puissance. Des milliers de personnes se relaient chaque jour, manifestent, occupent l’espace public de la capitale pour maintenir la pression sur le gouvernement mafieux du Premier ministre socialiste Edi Rama, qui défend le projet. Un mouvement protéiforme au carrefour des luttes écologistes, sociales et anti-corruption. Car le clan Trump souhaite coloniser le territoire albanais pour saccager une zone à la biodiversité extraordinaire avec l’appui des élites politiques albanaises pour une poignée d’ultra-riches.

Le 23 juillet, au 57ème jour de mobilisation, une manifestation a pris une tournure insurrectionnelle alors que les opposant·es marchaient sur un lieu de pouvoir. De sérieux affrontements se sont déroulés aux alentours du parlement durant de longues heures. Des véhicules de politiciens ont été pris pour cibles par des jets d’œufs et de tomates. Les manifestant·es ont tenté de renverser les grilles qui protègent le bâtiment. La police a fait usage de canons à eau et de grenades lacrymogènes contre la foule. Le 2 juin dernier, ils avaient encerclé le bureau du Premier ministre, en entonnant le slogan « L’Albanie n’est pas à vendre ».

Jared Kushner a déjà fait main basse sur les terres qu’il convoite en les privatisant illégalement. La justice albanaise soupçonne un homme d’affaires basé à Miami d’avoir vendu des titres de propriété falsifiés à des promoteurs liés au gendre du président étasunien. Il y a six semaines, des barbelés ont été posés pour délimiter la zone du futur projet de luxe. Elle est aujourd’hui surveillée par des milices privées. Sur place, des écologistes ont été brutalisé·es et expulsé·es par des individus masqués sous le regard bienveillant des autorités.

Des travaux préparatoires ont eu lieu tout au long du mois de mai à l’endroit où le site est envisagé. Plusieurs centaines d’hectares d’habitats naturels ont déjà été dévastés. Des images satellites datant du 4 mai 2026, obtenues par l’AFP, montrent une large zone déboisée, le tracé d’une route et un pont bâti pour enjamber un bras d’eau qui relie la lagune à la mer. Le biologiste marin Olsi Nika de l’ONG EcoAlbania explique : « Les bulldozers sur les plages ont déjà endommagé les sites de nidification des tortues caouannes ». Depuis 2015, cette espèce de tortue est classée comme vulnérable et menacée par l’Union Internationale pour la Conservation de la Nature. L’urbanisation du littoral pour le tourisme met en péril les lieux de ponte des tortues. Détruire un site de nidification nécessaire à la survie de l’espèce et sa reproduction la condamne à l’extinction.

Ces premiers aménagements portent aussi atteintes à de nombreuses espèces d’oiseaux à cause de la déforestation. Les dunes de Narta, près de Vlora, abritent un écosystème sableux remarquable : elles ont été endommagées, voire totalement rasées pour faire place à une route. En plus des milliers d’arbres coupés, du béton a été coulé sur les zones côtières. Les interventions sur un canal essentiel entre la lagune et la mer ont perturbé les échanges d’eau indispensables pour l’équilibre des zones humides, alertent les chercheurs.

Les scientifiques sont formels : les dégâts sont déjà irréparables et les travaux ont « entraîné une perturbation accrue des espèces d’oiseaux qui dépendent de la zone pour s’alimenter, se reposer et se reproduire ». Il s’agit d’un massacre écologique. Cependant, le professeur à l’université de Tirana Ferdinand Bego insiste sur le caractère décisif de la mobilisation qui a permis de suspendre le chantier.

Au-delà de la défense de la biodiversité et de l’opposition au colonialisme étasunien, le mouvement des « flamants roses » compte s’attaquer à la racine du problème : le système de corruption généralisée qui brade le pays aux investisseurs étrangers, au mépris des écosystèmes et de la population. «Je suis ici pour chasser le gouvernement», déclarait un manifestant le 23 juillet 2026, ou encore «Rama doit partir, c’est un voleur». «Merci Trump de nous avoir unis» entonnait le cortège en attaquant le parlement. Peut-être que le projet mégalo de Kushner sera le crépuscule du régime albanais.

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