Inversion : quand la ministre chargée de « lutter contre les discriminations » valide un concept raciste


Macrolepénisme, nouvel épisode


Aurore Bergé, la ministre macroniste qui valide le concept raciste de grand remplacement sur une chaîne d'extrême droite.

La politicienne Aurore Bergé incarne à elle seule l’inversion des valeurs qui caractérise si bien le gouvernement actuel. Elle est actuellement «ministre chargée de l’égalité entre les femmes et les hommes et de la lutte contre les discriminations» alors que sa vie entière est consacrée à lutter contre l’égalité et à accentuer les discriminations. Et elle vient de le prouver une nouvelle fois.

Le 9 septembre, sur le plateau de Cnews, une chaîne d’extrême droite où le gouvernement a ses habitudes, elle est interrogée par un présentateur : «Est-ce que la théorie du Grand Remplacement est raciste ?» Réponse : «Non, je ne le crois pas… c’est un débat politique».

Le concept de «grand remplacement» insinue qu’un plan vise à faire disparaître la «race blanche» en submergeant l’Occident d’étrangers, et a été forgé par l’idéologue raciste Renaud Camus. Cette idée utilisée par les néo-nazis du monde entier sert d’assise idéologique à des attentats terroristes. En mars 2019, une attaque armée contre deux mosquées à Christchurch en Nouvelle-Zélande, fait 51 morts et quasiment autant de blessés. Le tueur de masse, un suprémaciste blanc nommé Brenton Tarrant, revendique l’attaque dans un manuscrit parlant du «grand remplacement», appelant à une guerre civilisationnelle. La même année, le terroriste Patrick Wood Crusius assassine 23 personnes au Texas, en disant vouloir tuer le plus de Mexicains possible pour empêcher un prétendu «remplacement culturel et ethnique». En 2022, dans l’État de New York, un autre militant d’extrême droite, Payton S. Gendron, abat 10 personnes et laisse un manifeste expliquant que les populations blanches seraient «remplacées». Partout autour du monde, ce concept est invoqué pour des crimes de masse, des meurtres, des agressions racistes.

Voilà ce que vient de valider cette ministre macroniste à la télévision.

Aurore Bergé est la pointe avancée du macrolepénisme. En février 2026, elle se déchaînait contre la gauche après le décès du néo-nazi Quentin Deranque. Criminalisant l’antifascisme, elle estimait que la France Insoumise était un «danger pour la démocratie» et appelait à faire «barrage» au parti.

Quelques semaines plus tard, elle estimait que «LFI, c’est un parti anti-France». Une expression pétainiste, créée par l’idéologue royaliste et antisémite Charles Maurras pour désigner les prétendus «ennemis intérieurs» : juifs, franc-maçons ou «métèques».

Issue d’un milieu privilégié, Aurore Bergé a commencé son engagement politique à l’extrême droite, au sein de l’UNI, un groupuscule étudiant qui soutient actuellement Zemmour, et dont plusieurs membres ont été filmés en train d’effectuer des saluts nazis. Elle travaille ensuite pour trois agences de communication et de lobbying, et milite en 2017 pour François Fillon avant de rejoindre Macron en pleine campagne présidentielle. En 2019 elle vote la proposition de loi d’Éric Ciotti, alors à l’extrême droite des Républicains, visant à interdire le port du voile aux accompagnantes lors des sorties scolaires.

En 2021, elle réclame le «démantèlement» de l’ONG Amnesty International qui lutte pour les droits humains, parce que l’organisation avait dénoncé «l’apartheid» israélien. Le 7 octobre 2023 n’avait pourtant pas encore eu lieu. Détruire les associations qui dénoncent la colonisation est une obsession d’Aurore Bergé. La même année, elle qualifie l’artiste Médine de «rappeur islamiste», alimentant une offensive contre lui, afin d’interdire ses concerts.

Aurore Bergé entre le 28 septembre 2022 au conseil d’administration de France Télévisions, ce qui est une démonstration flagrante de l’absence d’indépendance des médias. Depuis, tout le monde a pu constater la purge idéologique et l’extrême droitisation de la télévision publique.

En 2023, elle change de poste : quand Macron la nomme ministre «chargée de l’égalité entre les femmes et les hommes et de la lutte contre les discriminations», elle menace immédiatement les associations féministes. Elle annonçait son intention de «passer au crible» les collectifs féministes pour couper leurs financements s’ils ont des «positions ambiguës» sur le 7 octobre en Israël. C’est-à-dire : si ces associations soutiennent la Palestine ou ne reprennent pas le narratif de l’extrême droite israélienne. Une véritable chasse aux sorcières contre les libertés associatives. Sans surprise, Aurore Bergé est une fervente soutien des génocidaires sionistes, et s’est vue offrir des voyages en Israël par le lobby Elnet à plusieurs reprises.

Aurore Bergé ne s’arrête jamais. Elle a aussi discriminé une fonctionnaire au poste de «directrice régionale déléguée aux droits des femmes et à l’égalité entre les femmes et les hommes» de la région Centre-Val de Loire car elle avait milité au sein du parti de centre-gauche Génération·s. Cette fonctionnaire expliquait à Médiapart qu’après avoir été embauchée, on lui a «notifié que, finalement, le poste ne [lui] était plus destiné». Aurore Bergé en personne avait annulé ce recrutement, «en raison des opinions politiques de la candidate». C’est la même ministre qui reprend le lexique de l’extrême droite et place des réactionnaires partout où elle le peut.

En bonne ministre luttant contre les «discriminations», elle a bien évidemment soutenu son collègue Darmanin accusé de viol, et fréquente le studio de l’éditorialiste Frédéric Haziza, sioniste fanatique, accusé d’agression sexuelle.

Dans tous les sales coups, elle est aussi mouillée dans le scandale des crèches privées. Ces établissements sensés veiller sur les bébés mais qui maltraitent leurs employé·es comme les enfants, pillent les fonds publics, «optimisent» leurs impôts… Bergé était proche de la patronne de la Fédération française des entreprises de crèches. Sous serment, dans le cadre d’une commission parlementaire, la ministre avait juré n’avoir aucun lien personnel, intime ou amical avec cette femme, un mensonge démontré depuis. Elle n’a pas été poursuivie, alors qu’à elle seule, un tel parjure aurait dû provoquer une démission.

En reprenant désormais à son compte le terme de «grand remplacement», Aurore Bergé montre que, jusqu’au bout, le macronisme aura organisé la prise du pouvoir de l’extrême droite en France. Et son intervention sonne comme une offre de candidature pour un futur ministère sous Marine Le Pen.

SOUTENEZ CONTRE ATTAQUE

Depuis 2012, nous vous offrons une information de qualité, libre et gratuite. Pour continuer ce travail essentiel nous avons besoin de votre aide : chaque euro compte !

Les cryptos-fascistes de la Big Tech peuvent supprimer Contre Attaque des réseaux « sociaux » du jour au lendemain, d’un simple clic. Pour renforcer l’autonomie des médias révolutionnaires, il est urgent de se doter de moyens de diffusion indépendants. Tous les 15 jours, recevez nos dernières actualités et bien plus directement sur votre adresse mail en vous inscrivant à la newsletter de Contre Attaque !